Quartier latin
Quartier des possibles?
Hiver-Printemps 2015
À l’aube de travaux importants sur la rue St-Denis, au coeur du Quartier Latin, plusieurs s’entendent que sa revitalisation devrait miser sur les milliers d’étudiants, de travailleurs, de touristes et de commerçants qui s’y côtoient chaque jour. Ces citoyens, combinés à la vie urbaine de jour et de nuit pourraient permettre d’y créer un endroit qui reflète la créativité de Montréal.
Le fiasco de l’Ilot voyageur qui n’est pas terminé depuis 10 ans et le taux d’inoccupation des locaux commerciaux à 13 % alors qu’il est en moyenne à 8 % à Montréal ne sont que deux illustrations du travail qu’il reste à faire dans le Quartier latin.
Le chroniqueur urbain à La Presse et directeur du livre «Rêver Montréal», François Cardinal, estime par contre que ces deux aspects négatifs dans le secteur peuvent se transformer en éléments phares.
Le taux d’inoccupation des locaux commerciaux pourrait «permettre de diversifier l’offre pour qu’il y ait autre chose que des bars et des pizzas pas chers». Cette diversification doit émaner de la Société de développement commerciale (SDC) du Quartier latin selon lui. «Quand il y a une SDC dynamique, ça peut changer les choses. Cela ne peut pas venir de la ville, et pas vraiment des citoyens dans ce secteur», explique-t-il.

En ce qui a trait à l’Ilot voyageur, le chroniqueur croit que les mots-clés derrière le succès de son parachèvement sont: intégration et interaction. «S’il y a une offre commerciale ayant pignon sur rue, devant la Grande Bibliothèque qui attire des millions de visiteurs, on pourrait retenir les gens dans le quartier», estime celui qui rêve d’un meilleur Montréal. Tout au moins, il ne faut pas s’inspirer du Palais des congrès de Montréal à son avis. «C’est un gros bloc qui n’a pas de relation avec le quartier dans lequel on l’a construit, il n’y a pas d’ouverture sur Saint-Antoine, pas de façade intéressante sur Viger», dénonce-t-il.
Sans exclure les avancées que pourraient apporter ces éléments, le membre du de l’exécutif de l’Association du design urbain du Québec (ADUQ), Jérôme Glad, mise sur une mixité d’usage du quartier. «Avec la station Berri-UQAM et l’université, c’est un des endroits les plus stratégiques de Montréal. Il ne faut pas en faire qu’un quartier résidentiel.»
Il indique aussi qu’il faut bâtir en considérant l’offre existante, par exemple «le Métropolis, les Foufounes électriques, la Place des arts ainsi que l’UQAM. Cela permettrait de ne pas catégoriser le secteur en seulement trash ou seulement étudiant», note-t-il. Ainsi, l’ensemble des Montréalais pourrait se le réapproprier.
Ces approches sont d’ailleurs invoquées dans le Programme particulier d’urbanisme (PPU) du Quartier des spectacles — Pôle du Quartier latin, adopté en 2013. Ce programme municipal, qui fait suite à une consultation publique, propose des actions pour revitaliser le secteur. «Avant le PPU, toute l’attention était sur la rue Saint-Denis. Maintenant, on voit que la ville veut donner plus d’épaisseur et de diversité à ce quartier», remarque Jérôme Glad.
Malgré cela, le PPU n’est pas une panacée pour François Cardinal. «Le programme est intéressant, mais il faut en faire une réalité, indique-t-il. On sent que l’attention a été portée dans le Village et près de la Place des arts. C’est comme si on avait abandonné le secteur du Quartier latin».
Urbanisme tactique contre lenteur bureaucratique
Si le leadeurship politique et commercial se fait attendre trop longtemps, les citoyens du Quartier latin pourraient se laisser tenter par une nouvelle tendance en aménagement urbain : l’urbanisme tactique.
Cette expression du designeur new-yorkais, Mike Lyndon, se rapporte à du «design urbain ascendant, des initiatives à petites échelles […] qui impulsent des changements profonds, mais en douceur», selon le journaliste Chris Turner dans un texte de Nouveau Projet 03. C’est donc l’opposé de l’urbanisme envisagé par les institutions politiques et « imposé » aux citoyens.
Jérôme Glad fait toutefois remarquer que, normalement, ce genre d’actions «se fait surtout dans des quartiers avec un sentiment de communauté. La communauté la plus présente dans le quartier, ce sont les étudiants de l’UQAM». Le représentant de l’ADUQ souligne donc que si urbanisme participatif ou tactique il y a, il passera probablement par des projets d’étudiants de l’UQAM.

Ces étudiants et ceux du Cégep du Vieux-Montréal sont d’ailleurs derrière une bonne partie du potentiel du Quartier latin selon François Cardinal. Le réaménagement du secteur, sa dynamisation et sa diversification d’usage passeront entre autres par eux et par la possibilité d’ajouter encore 4 500 nouveaux logements.
Le meilleur est peut-être à venir pour le Quartier latin.