Le journal d’Henri — 11 juin 1940

Cette nuit est la répétition de la précédente, tous les villages que nous traversons sont encombrés de convois et de matériel de toutes sortes, nous avançons péniblement. Je me traine comme je peux, m’accrochant tantôt à une fourragère, tantôt à un canon ou à un véhicule quelconque. Et ce long calvaire dura ainsi toute la nuit.

A 4h30 ce fut enfin la pause dans un petit bois; nous repartirions à 8 heures en échelons dilués afin de joindre la forêt d’Autry. J’étais un peu reposé lorsque nous reprîmes la route, et enfin à 11h nous atteignîmes Autry, puis la forêt. Au village d’Autry une grande nouvelle, ou plutôt plusieurs grandes nouvelles m’avaient presque rattrapé. Voici ce qui nous avions appris: La Russie attaquait la Pologne Allemande et cela avec 140 divisions. La Turquie et la Roumanie avaient déclaré la guerre à l’Allemagne et les Etats-Unis nous envoyaient 3000 avions ainsi que des pilotes. La guerre allait changer de face.

Sitôt arrivé en forêt je montais de nouveau la tente car le ciel menaçait, et de nouveau je plongeais dans le sommeil. Il n’était plus question de soupe, nous avions perçu une boite de singe, une boite de sardines et un pain, nous devions nous débrouiller avec cela jusqu’à nouvel ordre car le ravitaillement ne suivait plus.

Je ne me décidais à ranger mes affaires qu’à la toute dernière minute avant le départ, car il pleuvait comme vache qui pisse. A 22h debout et sous l’averse, en route!! La retraite continue, où cela va-t-il nous conduire!!

Avant le départ, j’avais eu soin de demander l’itinéraire car je suis décidé à ne plus suivre cette cadence. Je me débrouillerais moi même, j’en sortirais certainement plus facilement. A minuit 30 à Saint Thomas j’avais lâché la file et je marchais avec le chasseur Triviaux qui avait fait comme moi.

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