Le journal d’Henri — 25 mai 1940

Nuit calme pour notre secteur, mais à quelques km à notre gauche, les deux artilleries font un tintamarre du diable. Cela dure de minuit jusque 3 heures, nous voyons dans la nuit des incendies, plusieurs villages brulent, il doit se passer quelque chose. Le jour se lève sans rien amener de nouveau. Nous apprenons simplement qu’une attaque ennemie a été enrayée dans le secteur du « Chesne ». C’était là la raison de ces tirs d’artilleries.

Quelque part en France. La 3ème Compagnie, cadre sous/officier. 18ème Bataillon d’infanterie légère d’Afrique. Henri est le 4ème en partant de la gauche en haut

Toujours aussi de mauvaises nouvelles, on se bat dans tout le Nord. Pourvu que ma famille soit à l’abri. Père m’écrit qu’il est sans nouvelles de Raymond, Jean, Maurice, Nelly et Papa. J’espère qu’ils ont eu le temps de fuir, mais quel problème cela pose, surtout avec l’état de Nelly. Si la retraite est coupée peut-être sont ils passés en Angleterre. Je vais écrire à Marescaux, député du Nord, pour savoir à quoi m’en tenir.

Lorsque je pense à mon petit coco qui verra bientôt le jour (dans quelles conditions mon Dieu!!) l’angoisse me saisit. Essayons de n’y pas penser, les heures sont graves ici également. Il n’y aura pas de relève ce soir, nous resterons sur nos positions pendant que les premières et deuxièmes sections feront de nouvelles installations, car il n’est plus possible de descendre au repos dans la ferme. C’est trop dangereux.

Toute la journée se passe dans le calme, on dirait que l’ennemi renonce à progresser dans ce secteur. En effet nous tenons depuis « Le Chesne » jusque dans la région de « Longuyon », toute la ligne maintient ses positions mais c’est le front de la Somme qui craque, hier d’après les journaux, nouveau recul dans ce secteur et cela jusque Paris Plage. Nous lisons également dans ces mêmes journaux les récits de la grande bataille du Nord, après la trahison du roi Leopold de Belgique, et la capitulation de la Hollande.

Ce soir c’est le groupe Bonnamy qui part à l’écluse. Au moment où il doit partir quelques obus tombent. Il est dans l’obligation d’attendre; cette mission devient de plus en plus dangereuse car les Allemands ont l’air de vouloir faire sauter les écluses afin d’assécher le canal. Aurions-nous bientôt une attaque par chars?!!

A 23 heures une forte détonation, le génie vient de faire sauter ce qui restait du pont. Nous avions été prévenus, tout est miné.

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