Le journal d’Henri — 4 juin 1940

Après le travail retour sur nos positions. Nous étions arrivés depuis une demie heure lorsque l’artillerie allemande se mit à donner. Il était près de quatre heures. Ce coup ci cela semblait sérieux car le tir revêtait une intensité jusqu’à présent jamais égalée. Les chutes d’obus se suivaient sans interruption.

Baoum!! Baoum!! Baoum!!

Il pleuvait une formidable mitraille, tout le sol tremblait sous nous. Bientôt une fumée à travers laquelle nous Ne voyions plus rien envahit le bois, cela nous prenait à la gorge et nous avions les yeux qui pleuraient, en plus de cela une odeur de poudre, et toujours le baoum, baoum, baoum. Le tir s’intensifiait encore.

Que devenait la Cie au milieu de ce déluge? Personne ne pouvait le dire, car chacun dans son abri était terré et attendait la fin de cet ouragan de feu. Pour sûr il devait se passer quelque chose d’anormal!! 
Nous entendions également nos batteries à gauche qui avaient également ouvert le feu. Dans nos trous, le nez dans la terre, nous attendions. Cela devait durer jusque passer 8 heures, puis petit à petit les chutes s’espacèrent pour enfin se terminer.

Et chacun de mettre le nez en dehors de son trou, nous nous interpelions: un tel, un tel, est-ce qu’il est là? Enfin nous nous hasardâmes à sortir, le bois restait empli de fumée, tout autour de nos abris des éclats partout, des arbres coupés, d’autres tronçonnés, des branches partout.

Je fis l’appel de mon groupe, personne d’atteint. Je me précipitais au bureau de la Cie pour me renseigner sur nos pertes, il devait y avoir de la casse!! Profonde fut ma surprise tous les renseignements parvenus, il n’y avait pas un seul homme de touché. C’était un vrai miracle. Cependant, nous devions notre immunité à notre position tout à fait spéciale, en voici la raison. Le bois se trouvait très en pente, celle-ci était bien de 30 à 40 degrés, or les obus tombaient soit en avant du bois, ou derrière. En effet lorsqu’ils tombaient en avant, seuls les éclats nous parvenaient, et ceux qui nous étaient destinés, arrivant au point mort du côté de la crête, allaient percuter dans le vallon derrière nous. D’ailleurs, la fumée dissipée, nous explorâmes les différents points, partout des trous d’obus, partout des éclats, réellement cette fois nous l’avions de nouveau échappée belle.

Quant à la raison de ce bombardement, nous l’eûmes peu de temps après. Les Allemands avaient attaqué dans notre secteur afin de nous déloger de nos positions, iLs avaient été repoussés en laissant parait-il des pertes énormes. Dans cette même journée, nous apprîmes que les Allemands attaquaient depuis la Somme jusqu’aux Ardennes, et qu’il fallait s’attendre à la réitération de cet essai du matin.

L’après-midi, encore quelques tirs de harcèlement suite à la visite des coucous. Ceux-ci venaient à différents moments, inspectaient nos positions, et dès qu’ils avaient repéré quelque chose de louche, lançaient une bombe fumigène afin de signaler l’emplacement à leur artillerie. On pouvait être certain que cette obus fumigène serait suivi un quart d’heure après d’une volée de mitraille.

22h30, départ en plein tir de harcèlement, nous allons fort distancés les uns des autres pour enfin parvenir à notre lieu de travail.

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