La #HashtagDiplomacy appliquée aux start-up

Emmanuel Macron à l’IPO de Showroomprivé (Photo @EmmanuelMacron)

Mouvement des #geonpis, accusations d’un Etat déconnecté des préoccupations du quotidien des entrepreneurs, revendications auprès de la commission des affaires économiques… Depuis le début du quinquennat de François Hollande, les start-uppers ne likent pas vraiment les décisions de l’exécutif.

Signe de la rupture entre les entrepreneurs et l’Etat, Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi, a même demandé récemment aux députés d’arrêter de travailler : «Si vous pouviez ne plus rien faire, ce serait bien!»

Plus que des bonnes décisions, la dirigeante de la cagnotte rachetée par Crédit Mutuel Arkéa préfèrerait simplement bénéficier d’un environnement législatif et réglementaire stable. L’objectif principal des start-up est de pivoter au bon moment et dans le bon sens pour valider au plus vite leur business model.

Dans ce contexte, on se dit que les relations entre les députés, les ministres et les patrons de start-up doivent être légèrement tendues.

Et pourtant… dès qu’un(e) ministre se déplace dans les bureaux d’une start-up, toute l’entreprise se met sur son 31.0 pour recevoir cet invité prestigieux comme il se doit.

Une banderole pour remercier le ministre de l’économie de sa venue chez Sarenza (Photo @EmmanuelMacron)

Nous l’avons vu avec Emmanuel Macron chez Sarenza, LeBonCoin ou pour l’IPO de Showroomprivé, avec Michel Sapin chez Lydia, ou encore en mars dernier avec François Hollande et Axelle Lemaire chez Webedia.

Sur les réseaux sociaux, les photos souvenirs et autres selfies pleuvent.


Visite de ministre, la hashtag diplomacy en action

Sur le plan de la stratégie de communication, le patron doit avoir une vraie annonce forte à faire car une telle exposition médiatique ça ne se gaspille pas. La visite d’un ministre peut également être une excellente opportunité pour évoquer une problématique législative ou réglementaire, en clair : s’assurer le soutien du ministre en lui posant les bonnes questions. Dans ce second cas, il s’agira de garantir ou de développer les différentes sources de chiffre d’affaires de l’entreprise.

Sur les réseaux sociaux, l’entreprise doit dans l’idéal annoncer la visite du ministre en amont afin d’accroître la visibilité de la marque en s’appuyant sur la notoriété sociale de ce décideur public et de préparer subtilement le terrain pour le jour de la visite. Twitter, Facebook, Instagram, LinkedIn, aucun réseau ne doit être sous-estimé. Même si le dernier cité n’est pas encore utilisé par les membres du gouvernement, au contraire des candidats à la présidentielle américaine comme Hillary Clinton.

Le jour J, une équipe social media doit être prête à faire vivre la visite ministérielle sur les réseaux sociaux en live en utilisant tous les formats existants : texte et photo avec Twitter et Facebook et LinkedIn, photo avec Instagram, vidéo live avec Periscope.

Enfin, l’idéal sur les réseaux sociaux c’est de partager la phrase du ministre qui met le plus en valeur l’entreprise: « C’est une de mes fiertés » ou encore « Une vraie réussite française. »

Alors soudain, l’entreprise est adoubée par le ou la Ministre, ce n’est plus seulement une entreprise, non… c’est beaucoup plus que ça : c’est un succès de la France, une fierté nationale !

COCORICOOOOO (Photo cover Facebook de La FRENCH TECH)

On voit même apparaître des hashtags spécialement créés pour l’occasion avec par exemple lundi 9 novembre #SatyaInParis, qui a été lancé par Microsoft pour la visite de Satya Nadella, PDG du groupe de Redmond. Ce hashtag créé pour l’occasion par Microsoft France a généré plus de 1800 tweets lundi, sans compter les tweets et posts Instagram de l’Elysée qui ne mentionnaient pas le fameux mot-dièse. Les retombées presse ont été aussi larges que les parts de marché de Windows sur les PC, tellement importantes qu’elles ont incité le Canard enchaîné à s’intéresser à cette visite présidentielle, dans un article publié le 11 novembre.

Cette nouvelle tendance ne touche pas uniquement l’hexagone mais aussi les Etats-Unis ou encore l’Asie. Lors de son récent déplacement en Chine, François Hollande a eu droit à un selfie avec Jack Ma et sa perche à selfie.

Selfie pris par Jack Ma avec François Hollande (Photo George Chen)

Cette photo prise par le patron milliardaire d’Alibaba s’est retrouvée dès le lendemain en une du Wall Street Journal… Puissant. Il est d’ailleurs intéressant de noter que Jack Ma n’a pas de compte Twitter. La presse s’approprie désormais les codes des réseaux sociaux en choisissant des selfies, formats nés sur les réseaux sociaux.

Une du WSJ du 4 novembre 2015

Nous nous trouvons donc dans une situation totalement paradoxale, contraire à l’air du temps : on pensait le politique et le business sur deuxplanètes éloignées de plusieurs année lumières, surtout après des mouvements comme les Pigeons mais finalement les entrepreneurs croient encore au pouvoir du politique. La frontière politique / business s’estompe peu à peu, il y a de moins en moins de différence entre un entrepreneur et un ministre. Ils sont tous les 2 des entrepreneurs du succès, celui des entreprises et de la France.


Les ministres, des entrepreneurs au service du succès de la France

À leur tour, les ténors du gouvernement utilisent les codes des start-up pour vendre leurs réformes.

Lundi 9 novembre nous avons vu Emmanuel Macron faire la publicité de sa future réforme #Noé. Oui, HASHTAG Noé, c’est important, car le hashtag est partout, à commencer par la couverture du dossier de presse, puis repris dans les dépêches AFP.

Couverture du dossier de presse #Noé

Le ministre de l’économie ne s’est pas contenté de tweeter son discours, il a également monté une scène digne d’un TedX, avec des speakers prestigieux :

@mazaic de BlaBlaCar

Xavier Duportet, fondateur d’Eligo Bioscience

@dr_l_alexandre

Rand Hindi

Une sorte de TedX donc, avec des speakers qu’on pourrait voir au Djamel Comedy Club tellement ils étaient à l’aise sur scène.

Emmanuel Macron a utilisé les codes des entrepreneurs, dès son introduction. Et en s’appropriant les codes des start-up, Emmanuel Macron n’est plus ministre, il devient entrepreneur de l’avenir de la France.

D’ailleurs, il le dit lui-même :

Il applique le test and learn à ses réformes :

« Je ne sais pas quelles sont les bonnes réformes.

Peut-être n’y en a-t-il pas ? »

Qui pourra contredire cette posture d’humilité face aux changements majeurs de l’économie ?

Champ lexical à développer donc pour Emmanuel Macron, on attend désormais les « Vous savez… Si vous n’avez pas honte de votre réforme, c’est que vous l’avez sortie trop tard…» comme une start-up avec son nouveau produit…


Emmanuel Macron, un entrepreneur de la République… vraiment ?

Lundi dernier avaient lieu la conférence #Noé et la visite en France de #SatyainParis. Un ministre ou le PDG de l’une des entreprises les plus célèbres de la tech. Le match semble un peu déséquilibré sur le plan de la communication. Alors qui a été le plus puissant sur Twitter ?

Large victoire pour @EmmanuelMacron donc. Ce n’est plus le ministre de l’économie qui vend sa loi pour de nouvelles opportunités économiques, mais les entrepreneurs eux-mêmes. On l’a dit, la frontière est bien en train de s’estomper entre le politique et le business…