Un an d’enseignement, bilan

23/04/2014

Le 27 mars 2014, nous avons clos notre première année d’enseignement au sein de l’école Bellecour, à Lyon. Une année riche en échanges, qui nous a permis d’affiner notre façon de parler du métier de designer interactif et d’aborder les relations humaines autrement. Récit de ces mois passés sur les bancs de l’école. Côté prof, cette fois.

La promotion 2012–2014 du Master Direction Artistique de l’école Bellecour

C’est durant l’année 2012–2013 que l’aventure commence. A cette époque, Joffrey Jochum, le fondateur du studio et ancien étudiant de l’école, est sollicité pour animer deux ateliers web (le premier en octobre 2012, puis en février 2013). Lors de ces cours à destination des deux promotions de la section Master Direction Artistique de l’école, les élèves explorent la création de sites web responsive et d’applications mobiles. Ces workshops de deux semaines sont une franche réussite. L’école propose alors à Joffrey de gérer l’enseignement hebdomadaire du volet “design interactif” des Master M1 et M2. Quatre heures de cours par semaine et par promotion. Le deal est accepté.

À partir du mois de novembre, Fantassin prend également en charge, en collaboration avec Mathieu Planson (atelier Tymeno) et Hugo Martin (Parasite Eyewear), le suivi des projets de diplômes des étudiants de deuxième année.

Le contenu des cours

Conscients de l’enjeu pour les étudiants et de la responsabilité que l’enseignement implique, nous prenons cette nouvelle mission très à cœur. L’équipe commence à travailler sur le contenu des cours pour être prête pour la rentrée. Les questions se multiplient : quelles thématiques doit-on aborder ? Dans quel ordre et avec quel type d’exercices pourrons-nous faire progresser au plus vite les étudiants ? Comment allier ambiance professionnelle et vie scolaire ?

Voici quelques sujets traités lors de l’année :

  • Mise à niveau logiciels (Photoshop principalement)
  • Grilles de mise en page appliquées au web
  • Typographie appliquée au web
  • Web et mobilité : les sites classiques, sites responsives, sites mobiles et applications, analyse des points forts et des points faibles de chacun
  • Travail de zonnings et de wireframe
  • Établissement d’un cahier des charges et d’une arborescence
  • Mise au point sur les questions de planning et de budget d’un projet

Au cours des mois d’enseignement, chaque sujet traité est accompagné de travaux à rendre (7 à 8 rendus au total). L’objectif : développer la pratique du design. Tous les rendus s’appuient sur des marques existantes. Il est en effet important de permettre aux étudiants de travailler dans des conditions proches de la réalité : typologie du client, positionnement, image de marque.

Les travaux des étudiants sont visibles sur cet espace et les cours sont accessibles à cette adresse.

Les bons points

Un domaine à défricher :

Le design interactif — les sites web comme les applications — sont un domaine de compétences jusqu’alors inconnu de la plupart des élèves. Le cours est donc reçu avec enthousiasme. C’est une première récompense et un soulagement pour Fantassin. La préparation d’une séance nécessite 2 heures mais ce temps passé à travailler sert à quelque chose !

Une proximité générationnelle :

Les étudiants et l’intervenant sont issus de la même génération. Cela aide à établir une relation différente de celle qu’entretient habituellement un professeur avec ses étudiants. Les règles sont simples : on se tutoie mais on arrive à l’heure, on gère le contenu du cours à sa façon mais on rend son travail à temps. En bref : on agit comme un professionnel. Cette proximité facilite le dialogue et permet un certain vrai franc-parler. Les choses sont parfois difficiles à entendre, mais elles font gagner du temps et de l’énergie à tout le monde.

Une expérience humaine :

Pour un prof, il n’y a rien de plus motivant que de voir l’intérêt d’un étudiant envers votre métier et la manière dont vous l’enseignez. Cet enthousiasme donne envie d’aider l’étudiant à progresser et de le pousser à sortir de sa zone de confort. Le plaisir est immense lorsque son projet de diplôme porte sur le design interactif ou que son stage de fin d’année se déroule en agence web. Pour info, 60 à 70% des projets de diplômes des étudiants de deuxième année de l’école Bellecour portaient sur le design interactif. Une réussite !

Les points d’ombre

La ponctualité :

Arriver à l’heure est un calvaire pour une partie des étudiants. «Le cours commence trop tôt», est probablement la phrase la plus répétée par une partie des élèves. Ce type de comportement laisse présager de belles scènes matinales une fois que ces étudiants auront trouvé leur premier emploi. On les soupçonne quand même d’arriver en avance à leurs entretiens d’embauche, les bougres.

La rigueur dans le travail :

Chez certains étudiants, la progression s’est arrêtée après les 3 premiers mois de cours. Le travail de veille visuelle que nous demandions est vite passé aux oubliettes et l’importance de travailler sur plusieurs versions d’un design pour le développer et l’enrichir n’a pas été comprise par tous (Ce travail par itération est la base pour obtenir de bons résultats. C’est un peu comme planter une fleur et espérer qu’elle pousse sans l’arroser). Pour un enseignant, ce manque de rigueur s’avère frustrant, surtout lorsque l’on sait que les compétences sont là.

Bien sûr, il ne s’agit pas ici de critiquer les étudiants. Ces points faibles sont souvent l’œuvre de quelques élèves seulement. Il faut aussi savoir regarder en arrière et se souvenir. Dans notre jeunesse, nous sommes tous déjà arrivés en retard en cours, et nous avons tous déjà bâclé un rendu d’école. Pour nous, enseignants, il s’agit surtout de chercher à comprendre comment rendre la façon d’enseigner exaltante pour un étudiant et comment parvenir à créer une ambiance proche de celle du milieu professionnel. A l’école, l’étudiant n’a pas la pression d’un supérieur, il ne perçoit pas forcément l’importance du budget pour le client. Être au plus près de la réalité, voilà ce vers quoi il faut tendre à l’avenir.

Les ajustements à apporter

Voilà les évolutions d’enseignement auxquelles nous avons réfléchies :

  • Prévoir plus de temps pour effectuer les travaux, afin d’aller plus loin dans les idées et de pouvoir explorer différentes pistes
  • Augmenter le nombre de sujets prospectifs pour les étudiants de deuxième année
  • Organiser des sessions de speed working (réalisation d’un sujet simple dans un délai très court), pour cultiver les compétences techniques
  • Accroître la place donnée à la veille visuelle
  • Ajouter des contraintes budgétaires aux projets des étudiants
  • Étaler les cours théoriques dans le temps

Bilan général

Cette première année d’enseignement a été très riche. L’enthousiasme était au rendez-vous chaque matin en allant à l’école. Enseigner une matière aussi particulière que le design interactif signifie aussi être obligé de synthétiser son savoir et trouver un moyen de transmettre les choses simplement et rapidement. Une tâche difficile. Surtout dans le cas d’un métier comme celui de designer interactif, qui évolue sans cesse. Une fois que l’on y parvient, on est plus à même d’expliquer notre profession à nos élèves et donc à nos clients. Un atout inattendu qui est toujours le bienvenu !

Enfin, être choisi pour enseigner est très flatteur. Ce sont les compétences des élèves qui nous sont confiées, c’est donc une mission à prendre au sérieux. Nous espérons avoir donné aux étudiants l’envie de poursuivre dans cette voie. Peut-être serons-nous amenés à travailler avec certains d’entre-eux dans les années à venir. Nous l’espérons en tout cas !

Et vous, avez-vous déjà enseigné ? Quelles leçons en tirez-vous ?