Pachacamac II : Passages, partages

Le territoire, c’est l’espace saisi. Au bord de cette eau, qui n’est ni tout à fait la mer, ni tout à fait la Loire, tu trouveras celui longtemps dévolu au travail des hommes. Aujourd’hui, c’est différent. Repense aux temps mittérandiens, peut-être avant. La cohésion-des-territoires pensée en cabinet interrogeait alors le devenir de ces espaces de travail gigantesques, cœurs battants de beaucoup de cités, raisons d’être d’un grand nombre. Et en même temps, à quelques pas de là, la culture-pour-beaucoup était écrite à plusieurs mains. Remplir le vide laissé, panser la plaie béante de l’inactivité forcée. Par ici on connaît je crois. C’est en tout cas ce qui s’y joue depuis plusieurs décennies, tu sais.
Flâner en familier
Aux heures de ferveur
L’émotion retrouvée
En bandoulière.
Pense à « Brigadoon », ce film dans lequel Gene Kelly incarne en gros un randonneur romantique, du genre à faire des pas-de-bourré entre deux dénivelés. L’important c’est que lui et d’autres types de son temps découvrent un endroit, un village, des gens qui n’existent pas vraiment. Ce village apparaît puis disparaît, régulier comme tout. C’est le désir de vivre dans cette dimension parallèle, où seul son bonheur, cette femme, existe, qui le fait renoncer au monde. Ce qui est hyper monacal si tu y pense.
Moi l’édile pas en mal de direction
Je capitaine ton territoire en loulou
Vois-y des couleurs vives
Et de quoi tenir la corde encore un peu…
Quoi qu’il en soit, une appropriation aussi ponctuelle que culturelle, c’est de la chose publique pensée pour raviver le territoire, paradoxalement le faire exister en le remplissant de charmants péquines et péquins venus prendre du bon temps et baguenauder au son des Naïve New Troubadours. J’évacue le fond de l’air capitalistique, qui a son intérêt mais pas ici. Pas maintenant.
Saisi, à point, juste cuit par le frottement des pas, ton territoire, redécoupé pour la sécurité, la circulation des stands et de tous ces gens festivalisés le temps d’une fin de semaine d’été comme d’automne, le recyclage des déchets et les espaces sélectifs, a des habits tous neufs, encore plus chamarrés que ceux de l’an dernier.
Pense tout de même à ces présences, ceux et celles qui ne sont jamais vraiment venus par là pour s’en payer une bonne. Tu traverses leur quotidien passé. Leurs histoires de cantine, de pauses rigolardes, d’heures en plus ou en moins, volées ou gagnées, frôlent tes errances endiablées. Souris-en, regarde le ciel et dit merci à la dame pour les frites.
fantômes
