Pachacamac IV : Estivale forteresse

La bannière de Radio-Télé-Luxembourg flotte au vent de l’ile du Petit Maroc.

Passé le Grand Gardien du port, cet immeuble irréel de surplomb, cette vigie qui bavasse avec le bassin, celui qui montre à tous sa forteresse anciennement nazie, l’écrin festivalier s’offre à ces territoriaux d’une fin de semaine.

Les poussins bénévoles s’égayent ça et là. La Plage à la Presse, la presse à la plage, la chance, mais le club de la cité invitée, la très techno-soul Détroit, est ouvert à tous. Il s’y pousse de disques jusqu’à tôt le matin. Un espace qu’il est moteur quoi.

Le jumelage artistique pousse à interroger les invités. Que savent-ils de cet ici qui ne sera plus jamais leur ailleurs ? Pas grand-chose, c’est ce qu’avouent les gentils Passalacqua ; mais la découverte n’effraie pas ces étasuniens que la plus modeste scène du raout, qu’ils foulent pour régaler, ravie.

On évoque leur épicentre artistique, eux membres de la colonie michiganaise venue en nombre, et qui se sert les coudes et s’encourage entre scène et fosse. On cherche le fantomatique, confesse-t-on, mais ils ne seront pas ceux qui nous raconteront l’âme perdue de la ville de rouille. Il y aurait bien eu Martha Reeves, cette belle part de l’âme Motown. Celle-là en aurait à raconter, pensez-vous, cinq décennies au service de la musique-à-l’âme, du love en tube à 45 tours minutes.

Et Passalacqua de s’enthousiasmer par contre la néo-vitalité de leur région, car à Détroit il faut adjoindre Flint, d’où arrive -sans ses costumes habituels apparemment, mais entouré de ses deux danseuses- le charismatique Tunde Olaniran. A le voir, à l’entendre, on peut penser au futur. Pas parce que seul des bandes l’accompagnent, que sa voix live répond à sa voix pré-enregistrée, que son beau corps rond, qu’il évoque en chanson, à l’harmonie de sablier, ne l’encombre nullement pour danser. Parce qu’il s’entoure de sons certes en vogue, mais qui appellent ce futur musical incertain, chamarré, qui tutoie le tribal en diable, le tout sur des sons synthétiques à faire rougir les jupes de cuir de Kanye West circa 2012.

Qu’apprendre de ces histoires-là? Que ce qui fantôme ici, c’est le désir de produire de quoi faire le point sur l’horizon. Écrire son monde plutôt que seulement lire celui des autres. De part et d’autre d’une grande flaque de différence, par-dessus laquelle on aura été invité à sauter.

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