Saison pentue

avec ou sans accent…

L’été, ce ne serait pas une saison comme les autres.

Ce serait, à tous les âges, un moment hors temps.

La ville, si tu y as habité comme moi, change.

Les travaux lui barrent le visage, les chemins sont détournés.

La chaleur se répand dans les corps.

Les adolescents le savent, les autres ont parfois choisi de l’oublier, cette saison n’est pas toujours celle de l’amour, ce sentiment qui ne touche pas tous les êtres. Oui, n’en déplaise aux romantiques et à certains croyants, on est pas tous traversés. Pas toutes emportées. Pas intégralement abonnés aux transports.

Mais je m’égare. C’est très estival. Le rythme change. D’élève on redevient ancien enfant, pas encore adulte -l’est-on facilement ces temps-ci ?- qui cherche à occuper les longues semaines sans parents, surtout sans eux, à essayer. De se transformer loin du regard des pairs. De plaire à cette fille, à ce garçon si attirant qui n’était pas dans la même classe mais habite tout près, et qui connaît un copain. L’aubaine. C’est l’été, on osera l’impensable quand il y a école, et qu’on se soumet à la loi tacite de la cour, de ses rumeurs.

Les relations se recomposent. On travaille un peu, découvre les longs trajets, les lueurs matinales. Les visages qui se multiplient, ceux, familiers le temps d’un été perdu, qu’on aura croisé chaque matin au même horaire, jusqu’à se demander si tout va bien pour elle, qui n’est pas au rendez-vous…

La nuit s’apprivoise. Pour certains, elle attire hors les villes, dans l’entre-deux des sous-bois découpés par les nationales. Ou sur les toits un peu hauts, à la lueur des portables, au son des ballades éculées et interminables, peut-être psychédéliques et dépassées, pour certains. De la production accrocheuse dernier cri pour d’autres, parfaite pour faire emballage de tout être de chair.

L’été girouette.

Toi je te bois.

Tu t’en viens par là,

J’ose, j’ose le pas.

On est pas soi-même en été, dépense et se détend si la chance et le reste y sont. On boit un coup, comme tout un chacun terrassé. Ou bien on partage le pack à la fraîche, avec les autres, celles et ceux qui ont adopté l’économie de groupe, car les terrasses, après tout, ne se remplissent que par l’opération de vases communicants : les gens remplissent la terrasse, qui les rempli de bière, de café, de cocktail en tout genre aux saveurs plus ou moins frelatés, tout en vidant leur porte-monnaie. Peut-être parfois même leur réserve de dignité, lorsqu’il se fait tard et que le sentiment de l’été vire à la lourdeur, à l’orage social. Du sexisme par là, du mépris de classe par ci.

Ta jupe !

Ton short !

Tes pecs’ impecs’ !

Tes lèvres !

Tes lunettes !

Le temps s’est allongé. Quand vient la mi-août, on se dit que ça y est, s’en est fait. Ou plutôt que l’été se défait.

C’est mal le connaître. Oui, ce pourrait bien être un masculin. Un peu farceur, un rien lutin. Et qui fin août, début septembre, poursuit son inexorable œuvre de dilatation des résolutions. Sa conquête sans heurt de tes heures les plus précieuses, lorsqu’il faut y retourner, charbonner, abattre, besogner pour grimper, cotiser, exister .

Qui investit en fielleux la réclame et te fait de l’œil pour que tu ne le quittes pas. Ne le quittes pas. Il est partout où le soleil déploie ses rayons. Où, te susurre-t-il, des corps sont comme ses plages, privatisés. A porté de monnaie(s).

En bref. Il faut oublier. Comme le parasol que d’aucuns auront eu la chance -congés payés pour tous ?- de faire finalement plier, tout peut donc se plier à la fin de l’été. Oublier qu’il a fallu jouir, et qu’on a raté.

Qu’il y avait les autres, les oubliés de l’été.

Que vraiment, quelle belle saison ce serait pour manifester.

Que tout, ou presque, de ce chamboulement psychédélique qui nous amène vers des choix fous et de beaux à-côtés recommencera.

Un beau jour.

saisonnier fantôme

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