Etude du marché des trottinettes électriques en libre-service en France et dans le reste du monde (acteurs, enjeux, réglementations, actualités)

Guillaume Fauré
Dec 10, 2018 · 21 min read

Lorsque je commence à travailler sur un projet, j’aime bien étudier le marché pour comprendre les contraintes et les besoins des acteurs, afin de les prendre en compte dans la conception. Cela permet également de détecter des tendances et des perspectives d’évolutions, qui pourraient être intégrées dans la conception.

En piste !


Il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait une annonce sur le sujet et les mois de septembre et octobre ont été d’une intensité rare en annonces sur le sujet, à Paris, en France et même hors de nos frontières. (D’ailleurs ça a largement compliqué mon étude car du jour au lendemain les informations s’accumulent et changent.)

Grâce à l’outil que j’utilise pour la veille (Feedly), j’ai pu mettre des alertes sur mots clés « trottinette » et « scooter » (=trottinette en anglais) pour voir tous les jours, les articles publiés sur le sujet. Et autant vous dire que tous les jours depuis quelques mois, il y en a une sacrée tartine.

Mon flux Feedly contenant les articles au sujet des trottinettes

Après avoir sélectionné les meilleurs, j’ai épluché environ 160 articles pour vous en restituer la substantifique moelle.


Quand on arrive en ville ! 🎵

Moyens partagés de mobilité urbaine

En effet, aucun moyen de mobilité partagé n’avait suscité autant d’engouement.

Ce qui au début semblait une mode passagère, se révèle être une tendance plus durable. Soyons clair, le business des trottinettes électriques est sorti de nulle part et de nombreux « experts » ne l’avaient pas vu venir.

Qui aurait dit que la trottinette ferait son retour au premier plan ? Ce moyen de transport prisé des enfants, a refait son apparition dans les années 1990, grâce au suisse Wim Ouboter, avec son modèle compact et pliable, la Micro.

Les améliorations de l’engin et le passage à l’électrique lui l’ont donné un nouvel élan !

Bird et Lime, les deux “pionniers” du secteur, ont lancé les hostilités début 2018 en inondant des villes de Californie avec leurs engins. Et ensuite tout s’est accéléré.

A Paris, les premières trottinettes Lime sont apparues en juin, et depuis, 3 autres acteurs ont emboîté le pas.

La compétition fait rage entre les différents opérateurs, qui après des levées de fonds expresses et mirobolantes arrivent les poches pleines de cash pour déployer leur flotte d’engins de façon ultra rapide et agressive, dans plus de 100 villes à travers le monde. La rapidité de déploiement des trottinettes a de quoi susciter le respect (du point de vue logistique et organisationnel) mais pose aussi beaucoup de problèmes aux municipalités.

La plupart du temps, comme pour les VTC il y a quelques années, et en suivant l’adage cher aux startups « Mieux vaut demander pardon que la permission. » (c’est valable que pour le business hein ! #metoo), les acteurs sont arrivés dans les villes sans demander d’autorisation aux municipalités. Etre les premiers sur un marché et ensuite régler les problèmes juridiques, la stratégie a déjà fait ses preuves. Par ailleurs, tous les articles et publications évoquant le sujet sont autant de promo à l’œil. C’est tout bénèf.

Après quelques semaines ou mois de grand n’importe quoi, certaines villes ont décidé d’interdire complètement ces engins, alors que d’autres ont mis en place des réglementations.

Avant d’étudier les acteurs et les faits marquants, essayons de comprendre quels besoins comblent les trottinettes électriques en libre-service.


La micromobilité, un besoin grandissant

Les trottinettes électriques sans borne d’attache possèdent un certain nombre d’avantages :

  • Faciles à utiliser
  • Faciles à garer
  • Utilisation ludique
  • Flexibles (en libre-service, sans borne d’attache)
  • Faible coût (mais ça ça se discute et on y reviendra plus tard)

Ainsi ces engins ont fait leur place au sein des moyens de transports déjà existants.

Les différents moyens de micromobilité (source)

La consommation de la micromobilité commence à devenir comme d’autres types de consommations : sans abonnement, avec une facturation à chaque utilisation.
Les utilisateurs se sentent plus libres, car ils peuvent consommer de la mobilité tout le temps et comme ils le souhaitent.

“On voulait des voitures volantes, et on a eu des trottinettes électriques.” (15 marches)

Par ailleurs, on se rend compte que le couple application-moyen de transport prend de plus en plus de place. En plus des trottinettes en elles-mêmes, les applis qui permettent leur utilisation ont un rôle important à jouer dans la facilité d’usage d’une part, mais également dans la bonne utilisation des services (contraintes pour satisfaire les réglementations, …). L’application peut compenser les lacunes des engins (et de l’utilisateur).

Les startups de trottinettes ont les dents longues et commencent même à jouer des coudes pour prendre un peu plus de place et se répandre en France et dans le monde.


Petit récap de l’arrivée des différents acteurs à Paris et en France

Trottinettes Lime, Bird, Bolt, Wind

On peut remarquer que l’écart de temps entre l’apparition des trottinettes aux USA et le reste du monde est relativement faible. Les entreprises (Bird et Lime notamment), ont très vite décidé d’aller conquérir l’international en inondant les villes de leurs engins afin de prendre rapidement des parts de marché.

Faisons un petit tour d’horizon des 4 acteurs présents dans la capitale.

Lime

Elle part ensuite à l’assaut du reste des Etats-Unis et du monde entier en un temps record, arrivant notamment à Paris le 22 juin 2018.

Les trottinettes vertes de Lime cartonnent tellement dans la ville lumière, que l’entrepris déclare le nombre hallucinant de 1 million de trajets réalisés à Paris, seulement après ses 120 premiers jours sur le territoire. Elle revendique en Novembre 2018, 11,5 millions de trajets effectués, dans le monde (ce qui correspondrait à une moyenne de 8 000 locations par jour).

Comme le remarque les Echos, à titre de comparaison, il a fallu dix mois à Ofo (vélos en libre-service), pour obtenir le même nombre de trajets à Paris.

Je pense qu’à Paris Lime et Bird, ont également bénéficié d’un été radieux et des mois de septembre, octobre, novembre, exceptionnellement beaux. Forcément un trajet en trottinette c’est plus sympa quand le soleil brille, que quand il pleut des sceaux d’eau.

Jour après jour, Lime continue son expansion fulgurante, et déploie chaque semaine, ses trottinettes dans de nouvelles villes : de la Belgique à la Nouvelle-Zélande, en passant par l’Espagne ou la Suisse. La startup est actuellement présente dans plus de 100 villes et visent les 150 villes d’ici la fin de l’année 2018.

L’entreprise, déjà valorisée plus d’1 milliard de dollars, compte parmi ses investisseurs Alphabet (Google) et Uber et a déjà levé 467 millions de dollars.

Bloomberg révèle même, que Lime serait à nouveau en négociations pour lever encore plusieurs centaines de millions de dollars supplémentaires, ce qui pourrait porter sa valorisation à plus de 3,3 milliards de dollars.

Lime, semble insatiable et tout en se déployant un peu partout, diversifie ses services. Petit tour des dernières informations :

Villes où sont présents Lime (à gauche) et Bird (à droite). (sources Lime et Bird)

Bird

L’entreprise fait ses premiers pas à Santa Monica, dans la banlieue de Los Angeles, en septembre 2017. Fort du succès rencontré, elle commence à lancer son service dans d’autres grandes villes californiennes début 2018. A ce moment, Lime entre en jeu et la bataille est lancée.

Suite aux nombreux problèmes générés par l’apparition des trottinettes, San Francisco décide d’interdire toutes les trottinettes en juin 2018. Puis lorsque la ville réglemente les services de trottinettes et autorise plusieurs opérateurs à effectuer un programme pilote, Bird et Lime en sont exclus, pour les sanctionner des libertés prises à leur arrivée.

Mais la startup ne s’arrête pas là, et, comme Lime, forte des succès sur son territoire et avec du cash plein les poches, elle lance son service dans de nombreuses villes, à une vitesse vertigineuse. Les 100 villes sont atteintes à l’automne 2018 et les 150 sont visées pour fin 2018.

Tout cela est rendu possible grâce à l’afflux massif d’argent frais des investisseurs. Ainsi après un an d’existence, Bird a levé 415 millions de dollars pour atteindre une valorisation de 2 milliards de dollars (!).

La startup est même devenue la « licorne » (entreprise valorisée plus de 1 milliard de dollars) la plus rapide de l’histoire (à peu près 8 mois après sa création !).

Bird revendique, en septembre 2018, plus de 10 millions de trajets depuis ses débuts. Juste pour vous donner une idée, Uber et Lyft avait mis 3 ans pour réaliser ce nombre de trajets.

Bird serait à nouveau en recherche de quelques centaines de millions de dollars pour continuer et accélérer son développement et grappiller des parts de marché à Lime. L’entreprise pourrait ainsi atteindre dans les prochains mois la valorisation astronomique de 4 milliards de dollars.

Récemment la startup s’est lancée près de Londres, dans le cadre d’un programme pilote.

Valorisation de Lime et Bird (source) / Comparaison des nombres de trajets effectués par Lime et Bird (source)

Bolt

Taxify est la première application « multimodale » de micromobilité, présente en France, c’est-à-dire qu’elle permet de réserver plusieurs moyens de transports différents sur son application (VTC et trottinettes).

Actuellement peu de chiffres sont disponibles sur l’utilisation du service à Paris, car le service est relativement récent.

Wind

On remarque un écart énorme entre les levées de fonds des prétendants et celles des géants Bird et Lime.

Levées de fonds parmi les startups vélos et trottinettes en libre-service (source)

Mais avant de continuer, pour bien cerner le sujet, faisons un petit détour pour comprendre comment fonctionne la location de trottinettes.


Alors Jamy, les trottinettes électriques comment ça marche ?

Jamy dans “C’est pas sorcier”

Pour emprunter une trottinette électrique, la marche à suivre est la même que pour les vélos sans station (Ofo, Mobike) ou les scooters en libre-service (Cityscoot, Coup).

Il vous suffit de :

  • Télécharger une appli sur votre téléphone très intelligent.
  • Créer un compte.
  • Enregistrer un moyen de paiement.
  • Repérer une trottinette géolocalisée sur une carte.
  • Vous rendre jusqu’à la trottinette que vous avez repérée.
  • La déverrouillez en scannant le QR code qui se trouve sur son guidon.
  • Et en piste !
  • (les étapes en italique sont à faire uniquement à la première utilisation)

Une fois que vous avez terminé votre trajet, vous mettez fin à la location sur l’interface de l’application (après avoir consciencieusement garé l’engin, bien entendu).

Le tarif

Wind, de son côté, facture 1€ le déblocage de la trottinette et les 20 premières minutes d’utilisation, puis 0,15 cents la minutes d’utilisation (au-delà de la 20e minute).

Les utilisateurs voient généralement le côté peu onéreux des trottinettes, cependant, en faisant un calcul relativement simple on s’aperçoit que pour une utilisation quotidienne (pour se rendre au boulot par exemple), ça peut vite grimper.

Disons qu’une personne l’utilise 15 min le matin (= 3,25€) pour se rendre au travail et 15 min le soir pour rentrer (= 3,25€). On est donc à 6,5€ sur la journée. Pour un mois de 20 jours travaillés, la facture s’élève tout de même à 130€ (à comparer avec les 70€ d’un passe Navigo).

Les trottinettes

La vitesse des engins est bridée à 25km/h et l’autonomie à pleine charge est annoncée à 50 km.

Les engins mis à dispositions sont régulièrement remplacés par des trottinettes plus récentes et proposant plus de fonctionnalités sur le tableau de bord présent sur le guidon. Les opérateurs tentent de se différencier par des trottinettes toujours plus perfectionnées.

Trottinette Bolt

Le chargement

Un chargeur de trottinettes (source)

Des réglementations pour mettre fin à la récré

Des trottinettes et des problèmes

Les principaux problèmes constatés, en termes de partage de l’espace public ou de sécurité, sont :

  • Des risques de collision pour les piétons, dus aux utilisateurs qui roulent sur les trottoirs.
  • Des risques d’insécurité (peur, appréhension) pour les piétons, à cause des trottinettes qui les peuvent les frôler à tout moment.
  • L’encombrement des trottoirs par des trottinettes garées n’importe comment.
  • Des trottinettes garées là où elles ne devraient pas (comme les parcs ou les cours d’immeuble).
  • Des accidents de la route.

Il est important que remarquer que ces problèmes ont été répertoriés partout où les trottinettes ont débarqué et ne constituent pas une spécificité française.

Comme souvent, lors de l’apparition d’un service pratique et flexible, une régulation (du fournisseur et/ou du régulateur) doit être mise en place pour limiter les abus. Ainsi les utilisateurs qui utilisent correctement le service paient pour ceux qui en font n’importe quoi.

La réglementation en France

En effet, ces nouveaux véhicules électriques individuels (NVEI) n’existent pas dans le code de la route.

Ainsi le 23 octobre dernier, Elisabeth Borne (ministre des transports) a annoncé que dans la cadre de la loi d’orientation des mobilités prévue en 2019, une nouvelle catégorie de véhicule serait créée.

Ceci permettra d’établir des règles précisent pour cette nouvelle catégorie d’engins et de clarifier où ils peuvent rouler et où ils ne peuvent pas.

Ensuite, une deuxième partie du problème vient du fait que les trottinettes (comme les vélos (Ofo, Mobike) ou les scooters (Cityscoot, Coup)) sont sans station et borne d’attache (« free floating »). Ceci provoque l’encombrement des trottoirs et autres espaces partagés.

Quels lieux de garage autoriser ? Des places de parking doivent-elles être créées ? Des lieux spécifiques au dépôt des engins en nombre doivent-ils être mis en place (ce qui revient à recréer des stations…) ? Autant de questions sur lesquelles, les élus devront se pencher.

Exemples de zone réservées au stationnement des trottinettes, aux USA (source)

Dans l’attente du projet de loi d’orientation des mobilités, certaines villes ont pris les devants et ont tranchés, pour réduire les nuisances et protéger les piétons.

Par exemple, la mairie de Paris a annoncé la mise en place de 7 mesures visant à encadrer l’usage des NVEI :

  • 1) Une campagne de communication pour garantir le respect de la sécurité des piétons.
  • 2) La verbalisation des utilisateurs roulant sur les trottoirs (135 euros).
  • 3) La verbalisation des stationnements gênants ou l’enlèvement des engins direction la fourrière.
  • 4) La création d’espaces de stationnement (identifiés et marqués au sol)
  • 5) Une charte pour les opérateurs (comme pour les opérateurs proposant des vélos en libre-service et sans borne d’attache).
  • 6) Le partage gratuit des données récoltées par les opérateurs, avec la mairie.
  • 7) La mise en place d’une redevance pour chaque engin en service dans la ville.

Autre ville, autre exemple. A Toulouse, la totalité des trottinettes Lime a été retirée par l’opérateur, seulement 3 jours après leur déploiement, en attendant qu’un accord soit trouvé entre la mairie et la société californienne. Cet accord prévoit notamment un déploiement progressif des engins après une phase de test et le paiement d’une redevance annuelle.

Pour finir, la Fédération des professionnels de la micro-mobilité planche actuellement sur une norme européenne qui donnerait des règles pour les producteurs d’engins de déplacement personnel afin que la vitesse soit limitée à 25 km/h (c’est déjà le cas pour les trottinettes en libre-service) et qu’un mode « piéton » qui limite la vitesse à 6 km/h soit disponible. Ceci permettrait aux utilisateurs de pouvoir utiliser la trottinette sur le trottoir comme les trottinettes mécaniques (en utilisant ce mode là).

Et comment ça se passe ailleurs ?

Pour y mettre fin, on constate, comme en France, plusieurs écoles. Il y a ceux qui interdisent totalement les trottinettes et ceux qui règlementent afin d’en avoir les avantages en réduisant les inconvénients.

Voici quelques exemples de mesures mises en place aux Etats-Unis :

  • Limitation du nombre de trottinettes
  • Programmes pilotes avec montée en charge progressive.
  • Demander une répartition équitable des engins dans les différentes zones de la ville.
  • Demande du partage gratuit des données collectées par les opérateurs, afin pour améliorer la mobilité urbaine.
  • Interdiction de rouler sur les trottoirs.
  • Interdiction de se garer dans certaines zones.
  • Sanction du stationnement gênant.
  • Port du casque obligatoire.
  • Développer des systèmes incitatifs et contraignants pour le stationnement des véhicules
  • Éduquer les utilisateurs à la sécurité
  • Nécessité d’une licence de la ville pour déployer des trottinettes.
  • Mise en place d’une redevance (1$ par engin / jour) pour aider à financer la création de pistes cyclables.

Afin d’illustrer le propos, revenons quelques instants sur le point zéro de la propagation, San Francisco.

Après un débarquement du jour au lendemain et sans autorisation, en Avril 2018, Lime, Bird et Spin ont dû retirer leurs flottes des rues de la ville début juin, avec en prime de grosses amendes.

Après plusieurs mois d’interdiction, la ville a mis en place un programme pilote pour encadrer les flottes de trottinettes.

Il y a eu 12 prétendants qui souhaitaient obtenir un licence pour participer à ce programme et seulement 2 élus : Scoot et Skip.

Bird, Lime et Spin faisaient partie des postulants, mais ils n’ont pas été choisis, pour sanctionner le fait qu’ils n’aient pas demandé d’autorisation lors de leur premier déploiement dans la ville.

Ainsi, depuis octobre Skip et Scoot ont le droit de mettre en service 625 trottinettes chacun et pourront doubler ce chiffre dans 6 mois si le début du pilote est concluant.

Autre ville, autre ambiance. Beverly Hills a totalement interdit les trottinettes électriques sur son territoire. En représailles, Bird a attaqué la ville en justice en novembre 2018…

Revenons en Europe. Alors que Barcelone a interdit les trottinettes, Madrid les a tolérées pendant quelques mois. Ensuite elle les a interdites début décembre 2018. Les entreprises pourront à nouveau tenter leur chance quand elles satisferont complètement les critères demandés (mieux informer les utilisateurs sur les restrictions de circulation, notamment).

On voit que rien n’est joué pour les startups du secteur et qu’elles devront se plier aux demandes des municipalités (ceci aura un impact sur les applications), au risque de devoir plier les gaules.


Des acteurs toujours plus nombreux

On l’a vu, à San Francisco, 12 entreprises ont postulé pour avoir une licence d’exploitation de trottinettes électriques. Madrid, quant à elle, déclare pas moins de 18 postulants pour les mêmes services.

Le marché est déjà dense, alors qu’il a 1 an d’existence et chacun cherche à faire sa place.

Passons rapidement en revus d’autres acteurs présents sur le marché mondial (en dehors de Lime, Bird, Bolt et Wind dont nous avons déjà parlés).
(entre parenthèse le pays d’origine de l’entreprise)

Applis de trottinettes sur mon iPhone

A noter que Pony, fondé en Angleterre par 2 français, teste en ce moment des trottinettes électriques à Angers afin de compléter son service de vélos en libre-service.

Pour le moment, le marché est jeune et peu de chiffres sont disponibles quant aux parts de marché des différents acteurs sur leurs différents marchés.


Les gros veulent croquer aussi

La croissance extrêmement rapide des startups pionnières du secteur, ainsi que les prévisions, attirent la convoitise des géants des VTC. Ils commencent également à s’inquiéter de leur concurrence sur leur marché de prédilection, à savoir les trajets en ville.

Ainsi, on voit de gros acteurs de la mobilité urbaine diversifier leurs activités (généralement par des rachats de startups) et proposer d’autres moyens de transport : vélos, scooters, trottinettes, voitures, cochons volants…

Même les acteurs du monde de l’automobile et des transports sont sur la brèche, comme nous allons le voir.

Lyft et Taxify se sont déjà placés

Puis, rapidement, Lyft a lancé son propre service de trottinettes électriques via son application de VTC, dans quelques villes des Etats-Unis.

Taxify, de son côté, a lancé son service Bolt depuis son appli, comme nous l’avons vu plus haut, et constitue le troisième acteur à Paris, en nombre de trajets.

Uber muscle son jeu

Le conseil d’Aimé

Le géant américain des VTC, lui aussi mise sur la diversification de ses services.

En effet, Uber a récemment :

Les différents services (trottinettes, vélos) sont ou seront disponibles via l’application de Uber.

Vélo électrique et trottinette électrique Jump (source)

Uber pourrait frapper un grand coup et mettre tout le monde d’accord. En effet, depuis quelques jours des rumeurs de discussions avec Lime et Bird, pour une acquisition, se font insistante dans la presse spécialisée.

Si l’entreprise mettait la main sur une de ces startups (pour un prix de plusieurs milliards de dollars), elle pourrait rapidement devenir le leader du secteur.

Les constructeurs automobiles entrent en piste

L’arrivé de la firme de Détroit dans l’univers des trottinettes vient compléter l’offre de sa division Ford Smart Mobility et montre sa volonté de devenir un acteur majeur dans la micromobilité.

Le géant de l’automobile déclare d’ailleurs vouloir déployer ses trottinettes dans plus de 100 villes d’ici 2020 et ainsi refaire son retard sur Bird et Lime.

Daimler, le constructeur allemand, se tourne également vers les nouveaux moyens de mobilité.

L’entreprise a racheté My Taxi en 2014 pour mettre le pied dans le monde des VTC. MyTaxi vient d’annoncer vouloir déployer des trottinettes électriques à Lisbonne d’ici la fin de l’année. Les trottinettes seront utilisables via l’application dédiée : Hive.

Daimler a également annoncé le lancement d’un service d’autopartage à Paris début 2019 via l’appli Car2Go.


Vers des plateformes multimodales

Nous allons voir dans les prochains mois, comment les acteurs vont faire pour proposer plusieurs moyens de transports différents sur la même application. Ces choix auront une influence importante sur l’interfaces des applications et leur conception.

Actuellement Bolt propose un bouton en haut à droite de l’écran pour passer du mode VTC au mode trottinette, alors que Lime affiche ses trottinettes et voitures électriques sur la même carte.

Bolt et Lime : 2 gestions différentes de la multimodalité

Par ailleurs, en l’état actuel des choses, certaines applications sont plus adaptées et pensées pour la multimodalité que d’autres. Ainsi, si Lime et Bolt ont une interface relativement adaptée à l’ajout d’autres moyens de transports (il suffira de changer l’icône du moyen de transport et de mettre son prix), de son côté Bird devra revoir sa copie, car son interface est faite pour un seul type d’engin.

Il sera intéressant de voir si les acteurs choisiront de proposer de nouveaux services en nom propre (comme Lime) ou sous un autre nom (comme Uber (Jump) et Taxify (Bolt)).


Et l’UX dans tout ça ?

Pour réaliser des applications qui répondent à tous les impératifs, les opérateurs devront inclure plusieurs composantes dans la conception de leurs applications :

  • Les besoins de l’entreprise
  • Les besoins des utilisateurs
  • Les réglementations
  • La sécurité et les besoins des non-utilisateurs
Les différents besoins à prendre en compte dans la conception des applis de trottinettes électriques

Les besoins de l’entreprise

Ensuite, comme nous l’avons évoqué dans la partie précédente, les entreprises multimodales devront également trouver une façon élégante et fonctionnelle de proposer leurs différents services dans la même application.

Les besoins des utilisateurs

Répondre à des questions telles que “Est-ce que la trottinette a assez de batterie pour arriver à destination ?”, “Où est la trottinette la plus proche ?”, “Comment je fais pour bien visualiser les trottinettes sur une carte surchargée d’engins ?” est nécessaire pour bien répondre aux attentes des utilisateurs.

Le réglementation

Les demandes suivantes devront, par exemple être intégrées dans l’interface (si elles s’appliquent):

  • incitation à ne pas rouler sur les trottoirs.
  • mise en place contraintes pour le stationnement des engins.
  • éducation des utilisateurs à la sécurité.

Par ailleurs, comment appliquer des restrictions locales à une appli mondiale ? Je laisse aux startup le soin d’y répondre.

Il faudra ainsi faire en sorte que l’intégration des règlementations ne complexifie pas l’utilisation des applications.

Cette partie est primordiale, car si les trottinettes sont interdites, fin du business.

La sécurité et les besoins des non-utilisateurs

En plus des problèmes de sécurité dus à la circulation sur les trottoirs, ou de l’encombrement des trottoirs qui rend parfois difficile le passage des poussettes ou de personnes en fauteuil roulant, des fonctionnalités des applications peuvent causer des nuisances aux non-utilisateurs.

Prenons par exemple la fonctionnalité qui permet de faire sonner une trottinette, à distance, depuis l’application (dispo sur Lime et Bird). Sur les nouvelles trottinettes de Lime, lorsque qu’un utilisateur fait sonner un engin, la sonnerie peut être entendue à environ 200 m à la ronde (!!!).
Ceci est totalement irresponsable de la part des startups. C’est la porte ouverte à tous les abus. Depuis son canapé, une personne peut faire sonner une après l’autre toutes les trottinettes de la ville.
Il faut penser que si les non-utilisateurs ne sont pas contents, ce n’est pas bon pour les affaires, car les trottinettes risquent de finir au fond de la Seine ou du canal Saint-Martin.


Si vous avez trouvé mon analyse pertinente vous pouvez me contacter sur Linkedin ;-)

Guillaume Fauré

Written by

UX Designer, passionné d’expérience de l’utilisateur, de design, curieux de tout et content d’apprendre tous les jours. www.guillaumefaure.design