Est-ce qu’il y a quelqu’un ?

Il est difficile d’expliquer ses sentiments. De les décrire si bien, qu’ils rapprochent une réalité de l’autre. Malgré tout mon bagou, malgré tous mes mots, je suis toujours tombé dans le bégaiement dès l’instant où il s’agissait d’expliquer le plus profond de mon être. Ce qui fait ce que je suis. Ce qui explique ce que je choisis. On est si prompt à décrire, qu’on ne sait plus expliquer le pourquoi du comment. Qui suis-je ? Pourquoi ? Et surtout, de quoi ai-je vraiment besoin ?
Les questions s’additionnent et les réponses sont souvent aux abonnées absentes. Alors on ne se construit pas, on avance, en laissant des miettes sur notre passage, pour espérer retrouver le chemin de la maison si besoin. Mais vous connaissez l’histoire, les miettes sont bouffées ou balayer par le temps de nos déceptions. Pas le choix, on tâtonne avec une lampe torche qui s’éteint bien trop souvent pour qu’on devienne des êtres courageux. Au fond on ne s’explique plus à soi même et encore moins aux autres. Je te dis quoi à toi, si je ne sais pas pour moi ?

Je n’ai jamais su ma vérité. Toute ma vie je la chercherais. Parce que c’est un combat quotidien, pointer mes failles pour en comprendre leur cause. Je suis fatigué d’épaissir les couches de scotch sur une fuite d’eau ; j’ai beau redoubler d’efforts, la nature reprendra ses droits sur mes efforts. Alors je suis là, emmitouflé dans ma solitude, de janvier à décembre, sans savoir si je m’enfonce ou je subis.

Mon premier souvenir était une odeur. J’avais 4 ou 5 ans, assis sur une tapis de couleurs dans un endroit qui semble être la maternelle. Autour de moi, tout me parait lent, le bruit ambiant, les parents qui viennent voir leur gosse, les consignes des professeurs. Si lent que ça m’ennuyait au point où je réfléchissais sur ce que je faisais là. Cette odeur, des années plus tard est devenue une angoisse. La première de mon Pokédex. Depuis, elle me suit, toujours cachée au carrefour de mes difficultés, comme pour me rappeler qu’elle sera là, peu importe mes efforts, peu importe mon courage. Ma solitude est élastique, plus je l’éloigne, plus elle revient fort. C’est un cycle continu qui me rappelle au quotidien les frontières de ce dont je suis capable. J’ai du mal à l’exprimer logiquement dans un environnement où tout me porte à être plus entouré, à accepter ma condition.

La solitude est une arrogance de tous les instants, un désert d’assistance où les quelques espoirs se transforment en mirages. Et l’on croit se créer un bouclier en fabriquant un rempart de confiance qui n’a pour but que d’éloigner les inutilités, alors que l’on repousse sa vérité.

Est-ce qu’il y a quelqu’un ? Si oui, qu’il me réponde.

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