Je suis une femme et j’ai été membre de la ligue du lol.

Femme Ligue du lol
Sep 5 · 18 min read
Titre de l’article de Numerama sur la ligue du lol du 13 février 2019.

Sept mois ont passé depuis ce qui est devenu, en quelques heures, le « scandale de la ligue du lol ». Je tiens aujourd’hui à raconter ce que j’ai vécu au sein de ce groupe. Une réalité bien éloignée de ce que les médias ont raconté.

Si je ne me suis pas exprimée avant c’est parce que, suite au déferlement médiatique et aux répercussions engendrées sur moi, mon conjoint, mes enfants et mes proches, je ne m’en sentais pas encore psychologiquement capable.

Ce texte n’est pas signé de mon nom.

Si je choisis l’anonymat, c’est d’abord parce que je révèle dans ce texte des informations très intimes de ma vie privée que je ne souhaite pas voir associer à mon référencement. Il me semble néanmoins nécessaire de les raconter afin de remettre certaines choses en perspective dans le récit qui a été fait de la ligue du lol.

A une période très compliquée de ma vie, j’ai eu la chance d’avoir des amis pour me tendre la main et m’aider à remonter la pente. Je leur dois énormément. En février dernier, certains d’entre eux ont été accusés d’être des harceleurs de femmes dans les médias. Mon silence à ce sujet m’est devenu insupportable.

Si je choisis l’anonymat, c’est aussi parce que j’ai peur que moi et ma famille soyons la cible de nouvelles attaques et de ne pas avoir les ressources pour le supporter.

Dans ce contexte, j’espère que ceux qui me reconnaîtront comprendront et respecteront mon choix de ne pas dévoiler mon nom. Je les remercie par avance pour leur discrétion.


Ce que je raconte ici concerne mon histoire mais donne, je pense, un certain éclairage sur l’état d’esprit de ce prétendu « boys club ».

En 2009, je vivais en couple avec un homme très violent dont je cherchais à me séparer. Je pense que les gens sont aujourd’hui suffisamment informés sur les difficultés que représente une rupture dans ce genre de contexte, où n’importe quel prétexte déclenche des coups.

C’est un des “salopards” de la ligue du lol qui m’a aidée à sortir de cet enfer. Il a trouvé pour moi un appartement meublé et s’est porté caution auprès du propriétaire pour que je puisse m’y rendre rapidement et sans formalité. Ce que j’ai fait dans la foulée.

Il n’en a pas conscience, mais à ce moment-là il m’a sans doute sauvé la vie. Au-delà de l’aide matérielle, son geste m’a (re)fait prendre conscience que j’avais de la valeur en tant que personne, et que j’avais une vie à vivre.

Quelques mois après, j’ai été victime d’une agression d’une grande violence en rentrant chez moi un soir. Une tentative de viol avec coups et blessures. J’ai développé des symptômes de stress post-traumatique sévères. Là encore, j’ai été soutenue par des (futurs) membres de la ligue du lol.

Ils venaient chez moi pour préparer un dîner, regarder un film, m’accompagnaient à des rendez-vous ou quand j’avais besoin de m’aérer. C’est la seule chose qui, à l’époque, m’a permis de maintenir un lien social, et ainsi de me reconstruire psychologiquement.

Le temps a fait son œuvre et, en grande partie grâce à eux, j’ai fini par aller beaucoup mieux.

Voilà qui sont aussi certaines des personnes qui ont fait partie de la ligue du lol. Voilà comment j’ai noué avec eux des liens précieux. Ces personnes sont devenues de vrais amis, de ceux que l’on garde toute sa vie.

Quelques temps après (je ne me souviens pas de la date exacte), je suis entrée dans le fameux groupe Facebook privé la ligue du lol, dont la plupart des personnes dont j’ai parlé précédemment ont été membres. Il y avait également des personnes que je ne connaissais que par comptes twitter interposés, et d’autres encore que je ne connaissais pas du tout.


Scandale de la ligue du lol : les femmes comptent pour du beurre.

De par la nature des accusations proférées contre ce groupe, il aurait été logique (évident) de chercher à savoir combien de femmes faisaient partie de la ligue du lol et d’essayer de comprendre leur position au sein du groupe.

Mais personne n’a jugé utile de chercher à s’entretenir avec l’une d’entre nous. Le sujet de la présence de femmes dans ce groupe a été balayé d’un revers de main, évacué à la manière d’un caillou dans une chaussure qui ne doit surtout pas perturber un récit médiatique très bien huilé.

Seule Martine Delvaux, professeur de littérature, dans une interview donné au Point, a tenté d’apporter un éclairage sur cette question, en nous qualifiant de “schtroumpfettes”.

Extrait de l’interview de Martine Delvaux dans le Point, paru le 14 février 2019.

Cette analyse ne tient pas la route.

Dans le groupe de la ligue du lol, on n’a pas « laissé passer une femme ou deux ». Sur une quarantaine de personnes qui sont passées par le groupe, un quart était des femmes, dont l’une a directement participé à la création de ce groupe.

Et puis, aucune d’entre nous ne s’est sentie « une proie désirée et haïe ». Nous étions dans ce groupe pour les mêmes raisons que les hommes : l’envie d’échanger en privé sur ce qui nous faisait rire sur Internet.

Surtout, cette universitaire a exprimé son opinion sans même savoir qui sont ces femmes de la ligue du lol, sans leur avoir jamais parlé, et sans avoir consulté un seul échange publié dans ce groupe privé, comme toutes les personnes qui n’ont pas hésité à s’exprimer sur l’affaire.


La précipitation des médias pour parler de la ligue du lol a induit de nombreuses “erreurs” sur lesquelles, je le conçois, il est difficile de revenir sans se dédire, notamment quand des rédactions sont en cours de procédures judiciaires suite aux licenciements de certains journalistes. Et pourtant ces erreurs ont été nombreuses dans le story-telling qu’ils ont propagé.

La ligue lol n’a jamais été un réseau d’entre-soi professionnel : je ne suis pas journaliste, comme deux tiers des personnes du groupe. Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais vu les journalistes de ce groupe échanger entre eux pour obtenir des faveurs professionnelles (ils n’en avaient de toutes façons pas le pouvoir) ni comploter contre un journaliste extérieur au groupe.

Jamais la ligue du lol n’a incité ou coordonné d’opération de harcèlement contre qui que ce soit. La ligue du lol était un espace de discussion, pas d’action. Interrogé dans le premier papier de Libération, un membre expliquait : “C’est l’endroit où je me suis tapé les plus grosses barres de rire à l’époque”. Peut-on sincèrement croire qu’il aurait évoqué en ces termes un groupe voué au harcèlement face à un journaliste ?

Je ne dis pas que les personnes qui se sont dites victimes de la ligue du lol n’ont pas réellement été harcelées sur les réseaux sociaux. Mais si les victimes ont eu le sentiment d’avoir été harcelé par “la ligue du lol” dans son entier, ce n’est pas le cas. Elles peuvent avoir été harcelées par certains membres du groupe, mais aussi par des personnes qui n’en faisaient pas partie. Certains médias ont par exemple, pour illustrer leurs articles sur la ligue du lol, utilisé des captures de tweets d’une personne qui n’a jamais fait partie de ce groupe.

Jamais dans ce groupe il n’a été à propos de poster des commentaires haineux contre les féministes ou contre le féminisme. Mais parce que des militantes ont commencé à être sur le devant de la scène médiatique, il est effectivement arrivé que certaines d’entre elles soient l’objet de plaisanteries dans le groupe. Mais on peut plaisanter en privé de la posture médiatique d’une féministe, ou du “personnal branding” d’une femme, sans pour autant détester les femmes, les féministes ou le féminisme. On peut même être féministe et se moquer d’une féministe.

Je me rappelle au sein de la ligue du lol, d’un commentaire cynique concernant une militante féministe, auquel Vincent Glad avait répondu sèchement: “Les anti féministes seront toujours du mauvais côté de l’Histoire”. Ce clash, comme d’autres qui avaient lieu en privé dans ce groupe, s’était soldé par le départ immédiat de son interlocuteur, vexé.

Pourtant, médiatiquement, c’est bien le récit d’un groupe organisé, qui complotait et orchestrait des raids de harcèlement contre des femmes qui a été adopté et copié-collé dans les médias.


Le premier article sur la ligue du lol, signé par le journaliste Robin Andraca de Checknews, a tout de suite donné le ton du traitement médiatique.

La question des faits et des preuves a été immédiatement écartée, créant ainsi avec les internautes un pacte de lecture qui est devenu un fil rouge tout au long de la médiatisation de l’affaire : dans cette histoire de la ligue du lol, les témoignages suffisent. Si les preuves manquent, c’est qu’elles ont été supprimées. Ainsi, la charge de la (contre) preuve revient de fait aux accusés, ou plutôt aux présumés coupables. Un exercice qui s’inscrit totalement à contresens des règles fondamentales de la justice française.

Extrait de l’article de Checknews de Robin Andraca sur la ligue du lol, daté du 8 février 2019.

Sept mois après, dans cet échange, Checknews a reconnu à demi-mots que son article est critiquable, et admet que l’emballement médiatique qu’il a suscité a été « hallucinant », sans se demander ce qui a bien pu le provoquer.


Extrait du billet de blog de Matthias Jambon-Puillet sur la ligue du lol, daté du 10 février 2019.

Dans la foulé de cet article, Matthias Jambon-Puillet, qui affirme avoir été victime de la ligue du lol, diffuse, à ses dizaines de milliers de followers, une liste soit disant exhaustive (et pourtant inexacte), des membres de la ligue du lol.

Cette liste, dont on ne sait toujours pas comment et par qui elle a été constituée, a servi de référence aux médias, mais aussi à des employeurs pour licencier ou écarter, dans la foulée, près d’une quinzaine de personnes.

Conscient de l’illégalité de sa publication, Matthias Jambon-Puillet a vite effacé son tweet, dans lequel il incitait tous ses followers à faire une copie de la liste. Il expliquera à ceux qui se sont indignés de sa méthode, qu’il craignait “que les noms ne sortent pas assez”.

Les noms sont sortis. Partout. Sur Twitter, sur Facebook, sur Linkedin.

Quelques minutes après la diffusion de cette liste, un grand nombre de personnes du groupe ont reçu des rafales de messages orduriers. Insultes, menaces physiques, menaces de mort, parfois en mentionnant l’adresse exacte des personnes visées.

Personnellement, c’est un message en particulier qui m’a fait fermer mon compte twitter en me faisant basculer dans un état d’angoisse dont j’ai toujours du mal à me défaire aujourd’hui : « On sait qui tu es, où tu habites, et que tu as des enfants. A bientôt grosse pute. »

Je n’arrivais plus à dormir, à me nourrir ou à boire. Je passais mes journées cloîtrée dans ma chambre à tenter de respirer. Je n’arrivais plus à m’occuper de mes enfants et j’étais terrifiée à l’idée qu’on me les enlève.

On m’a conduite aux urgences psychiatriques. La médecin qui s’est occupée de moi m’a fait rapidement savoir qu’elle comprenait « le pourquoi du comment » car je n’étais pas la première de ce groupe « la ligue du lol » à débarquer dans un état problématique dans sa section.

Je suis repartie de l’hôpital avec une ordonnance, et une attestation d’ITT psychologique de 20 jours, et j’ai entamé un traitement antidépresseur que j’avais peur de commencer, mais que j’ai désormais peur d’arrêter.

Après mon retour de l’hôpital, mon aîné s’est mis à faire des cauchemars, et a développé des troubles anxieux très symptomatiques dans ce contexte. Je me suis sentie submergée par une tristesse profonde qui ne me quitte toujours pas aujourd’hui.

Pendant des semaines, j’ai eu l’impression que le scandale médiatique s’infiltrait partout chez moi. J’étais assaillie par le sentiment coupable d’être une mauvaise mère qui ne sait pas protéger ses enfants.

Quelques jours après le début du scandale, mon conjoint dont le nom figure dans la liste diffusée par Matthias Jambon-Puillet, a été mis à pied, pour être ensuite licencié.

Une annonce totalement inattendue, puisque sa direction l’avait rassuré : “Je ne t’accuse de rien.”, “Je sais bien que tu n’es pas un harceleur. ».

Usés, nous avons dû expliquer à nos enfants pourquoi leur père n’irait plus travailler. Nous avons dû puiser loin dans nos ressources pour trouver l’énergie de répondre aux questions, sans mentir, mais en étant les plus rassurants et contenants possible.

Mon conjoint a dû (et doit toujours) douloureusement se faire à l’idée qu’il ne pourra plus jamais faire son métier. Il a donc dû se résoudre à « repartir de zéro », mettre quinze ans de sa vie professionnelle de côté, et chercher un moyen de se réorienter. Mais comment chercher du travail alors son nom est aujourd’hui associé sur Google, même indirectement, à des accusations de harcèlement de femmes, et quand le réflexe de 90% des recruteurs est de googler le nom des candidats avant de les rencontrer ?

Malgré les explications et les preuves matérielles qu’il a soumises aux rédactions (qui ont bien voulu les voir), et qui démontrent qu’il n’est pas ce prétendu harceleur, malgré le fait que rien ne lui a été reproché de tel dans le cadre de son activité professionnelle, certaines rédactions restent implacables et refusent toujours aujourd’hui d’anonymiser son nom dans leurs articles.

Jusqu’à quand devra-t-il rester au ban de la société alors qu’il n’existe aucune plainte et aucune preuve contre lui ? Jusqu’à quand devra-t-il faire face à l’angoisse de voir, pas association, le nom de nos enfants référencé lui aussi à ces articles aux titres plus outranciers les uns que les autres ?


Si certains dans ce groupe ont personnellement commis des actes moralement ou juridiquement répréhensibles sur Internet dans leur vie, il en va de leur responsabilité.

Pourtant après la diffusion de “la liste”, dans tous les articles sur la ligue du lol, c’est un groupe dans son entier qui a été tenu pour responsable d’actes individuels.

Comme la majorité des autres membres de la ligue du lol, je n’étais par exemple pas au courant de plusieurs méfaits, comme ces photomontages produits il y a une dizaine d’années par deux membres du groupe, dont j’ai pris connaissance via les médias.

La libération de la parole des victimes est une question importante. Etant donné les étapes que j’ai traversées dans ma vie, je suis bien placée pour le savoir. Mais une victime peut aussi, de bonne foi, déformer les faits et se tromper de coupable. Je sais que cela est difficilement audible aujourd’hui, mais il arrive aussi que certaines personnes qui disent avoir été victime mentent, comme c’est parfois le cas quand des drames font l’objet d’une forte médiatisation.

Même si le combat contre le harcèlement est impératif, je ne pense pas qu’il doive faire oublier cette règle de base du journalisme : un témoignage se vérifie avant d’être publié.

Ce médium « Ce que les médias n’ont pas cherché », revient par exemple sur le récit, diffusé dans Slate, d’une journaliste qui accuse la ligue du lol d’avoir orchestré une campagne de harcèlement contre elle sur Twitter qui aurait impactée sa carrière. Comme le montre les tweets en question, la ligue du lol n’a rien à voir avec cela.

Dans cet autre médium, Alexandre Hervaud (ex membre de la ligue du lol, licencié par Libération) revient également sur les accusations de la même personne. Il explique pourquoi Slate a dû finalement retirer son nom de l’article après avoir démontré, archives à l’appui, qu’il ne l’avait jamais harcelée.

Dans “Ce que les médias n’ont pas cherché”, on a aussi pu constater que parmi celles et ceux qui ont dénoncé la ligue du lol, beaucoup tenaient à l’époque des propos problématiques.

Comme ce texte de blog de Daria Marx sur “Les putes à black” :

Connasses, pouffiasses, unissez vous parce qu’on est plein à vous détester, à avoir envie de vous tabasser, à vous envoyer en camp de réeducation en Slovénie, vous voir gratter des montagnes de patates crues avec vos ongles niqués, vous filmer en train de chier dans la neige le cul dans les orties, ça ferait une putain de télé-réalité, je serai la kapo de cette belle assemblée, je te ferai tellement trimer que tu chialeras”.

Ou encore ce genre de tweets, toujours en ligne au moment où j’écris ce texte :

Retweet manuel de Laurent Dupin, qui dénonce, en creux, la violence du propos de Daria Marx.
Retweet d’une publication de l’ancien compte Twitter de @tomsias.

A ma connaissance, aucune de ces personnes n’a eu à rendre des comptes ou n’a été licenciée pour avoir publié de genre de littérature.

Pourquoi encore ces éléments, et d’autres, n’ont jamais été relayés dans les médias, malgré la passion que le sujet avait suscité chez eux ?

La youtubeuse Florence Porcel a par exemple dénoncé un canular téléphonique réalisé par David Doucet, sur lequel le journaliste Jean-Marc Manach est revenu.

Le journaliste a exposé ici en détail le contexte de ce canular. Les années passant, ni Florence Porcel ni David Doucet ne semblaient s’en souvenir : cette semaine-là, les deux participaient à une émission sur les trolls que Jean-Marc Manach produisait, et c’est dans ce contexte que le canular a été produit et diffusé.

“Elle m’a par ailleurs confirmé qu’il ne l’avait pas, par ailleurs, harcelé d’une quelconque autre manière”, écrit le journaliste.

Ce qui n’a pas empêché pas la jeune femme d’appeler publiquement David Doucet à la démission sur les réseaux sociaux. Il sera finalement licencié.

Aucun journaliste n’a cru bon de vérifier non plus les témoignages de deux femmes accusant Vincent Glad de les avoir harcelées, alors que, comme il a vainement tenté de l’expliquer et de le prouver à ses interlocuteurs, c’est bien lui qui a été harcelé.

Je l’affirme, d’une part, parce que j’ai été témoin du harcèlement de ces femmes à son endroit, notamment de l’une d’elle, qui a contacté à plusieurs reprises un grand nombre des proches de Vincent Glad à l’époque, des amis, des membres de sa famille et des collègues, pour rentrer à tout prix en contact direct avec lui.

Son supérieur hiérarchique de l’époque à Slate était tout à fait conscient de la situation, à tel point qu’il a même un jour enjoint Vincent, dans un mail que j’ai pu lire, à rester travailler chez lui un jour où elle était à Paris, par peur qu’elle ne débarque à la rédaction et l’agresse.

Quand Vincent Glad était chroniqueur au Grand Journal, le service de sécurité de Canal+ avait été chargée de bloquer l’accès à cette femme si elle tentait de s’introduire dans les locaux ou d’assister à une des émissions.

En 2010 Vincent Glad a déposé une main courante pour harcèlement contre cette personne. Cet élément n’a pas été pris en compte par les journalistes, considérant qu’il ne pouvait être que le coupable, et elle la victime.

Je l’affirme également parce que j’ai subi, ainsi que mon conjoint et d’autres proches, des dommages collatéraux du harcèlement de cette femme envers Vincent Glad. Elle était à un moment persuadée que j’entretenais à l’époque une relation amoureuse avec lui et a cherché à me joindre pour que l’on “s’explique”, ce que j’ai refusé.

Suite à mon refus, elle a tweeté à plusieurs reprises mon numéro de téléphone à ses nombreux followers sur Twitter.

Capture d’écran du tweet avec mon numéro de téléphone.

A ceux qui lui demandaient pourquoi elle diffusait publiquement mon numéro, elle répondait « Défoulez-vous c’est une sorcière ». Elle envoyait également à l’époque des salves de messages à mon conjoint, en lui demandant expressément de s’entretenir par téléphone avec lui, et en l’incendiant parce qu’il avait, selon elle, incité Vincent Glad à ne plus la suivre sur Twitter.

Elle envoyait aussi des messages, parfois par mail, à de nombreux “twittos” de l’époque, pour leur diffuser des informations très personnelles sur Vincent Glad, comme son adresse ou celles de membres de sa famille, les noms de ses ex petites amies, et les mots de passe potentiels de ses boîtes emails. Elle menaçait Vincent de publier ces informations sur un blog s’il ne répondait pas à ses appels.

Je l’affirme enfin parce que j’ai vu un grand nombre de preuves matérielles accablantes qui prouvent que cette femme a menti et a harcelé Vincent Glad. Dix ans après les faits, elle a été interviewée par de nombreux médias (Mediapart, 20 minutes, Paris Match, Numerama), sans que jamais son témoignage particulièrement virulent ne soit remis en cause.


Lorsqu’on est accusé, et dans cette affaire présumé coupable, notre parole devient inaudible. On se retrouve dans l’impossibilité de se défendre sans alimenter davantage la haine que les gens nourrissent à notre endroit.

Pendant l’explosion de l’affaire de la ligue du lol, plusieurs membres du groupe ont diffusé des excuses publiques qui ont été considérées comme autant des preuves de leur culpabilité.

Je sais qu’il est difficile a priori de comprendre comment on peut faire de telles excuses si l’on n’est pas coupable. Mais il faut comprendre qu’à ce moment-là, ces personnes recevaient une avalanche de messages d’insultes et de menaces, et n’avaient pas du tout conscience de l’ampleur qu’allait prendre cette affaire dans les médias.

J’ai vécu cet état de stress intense, qui mène à une forme de paranoïa, en même temps que ceux qui ont fait des excuses. Je n’ai été accusée de rien à titre personnel, mais j’ai quand même totalement perdu mes moyens, au point de finir aux urgences psychiatriques, en état de choc intense, persuadée que les services sociaux allaient débarquer chez moi et me retirer mes enfants. A ce moment-là, je n’avais moi aussi qu’une chose en tête : il faut que “ça” s’arrête.

L’exemple de David Doucet qui s’est platement excusé auprès de Florence Porcel pour son canular est parlant :

“Je ne sais s’il pourrait s’agir d’une forme de syndrome de Stockholm, mais il s’agit ce me semble en tout cas d’un faux aveu fait sous l’emprise de la pression médiatique autour de cette affaire, et du poids de la culpabilité vu les témoignages des personnes harcelées”, a écrit à ce sujet Jean-Marc Manach.


J’entends certains dire « Ne vous inquiétez pas, ça va passer » . C’est faux. Ça ne passe pas, et ça ne passera pas.

L’affaire de ligue du lol, c’est :

- Une trentaine de personne qui ont été la cible de messages haineux pendant des semaines : insultes, menaces physiques et menaces de mort.

- 14 personnes qui ont perdu la totalité de leur activité professionnelle, 6 autres de manière partielle.

- Des personnes qui voient aujourd’hui leurs noms référencés dans des articles de presse qui les associent publiquement à des faits de harcèlement de femme, ruinant ainsi les chances de ceux qui sont désormais au chômage de retrouver un emploi, même si aucun élément factuel ne les met en cause.

- Une personne du groupe qui a tenté de mettre fin à ses jours, et certaines personnes qui ruminent toujours des envies de suicide.

- Plusieurs personnes traumatisées, qui ont été hospitalisées, et certaines personnes désormais atteintes de dépressions parfois sévères.

- Des personnes ont vu leur couple exploser, et leur enfants être perturbés.

Comme la majorité des personnes qui ont composé ce groupe, je ne crois pas être une représentante de la masculinité toxique. Pourtant, et alors que je n’ai harcelé personne, les conséquences dans ma vie ont été, et sont encore aujourd’hui, très difficiles à supporter.

Je tiens à souligner le courage, puisqu’il en faut dans ce contexte, des quelques journalistes qui ont osé questionner, voire dénoncer, le traitement médiatique qui a été fait sur la ligue du lol. Leurs voix ont été essentielles pour aider beaucoup d’entre nous à tenir.

J’ai appris que leur prise de position a parfois été l’objet de vives critiques, de harcèlement sur les réseaux sociaux, et a même engendré des difficultés professionnelles, et j’en suis profondément désolée pour eux.

Je sais qu’aujourd’hui que le traitement médiatique sur la ligue du lol est un sujet qui divise certaines rédactions, dont celles qui ont publié les articles les plus virulents sur le sujet. Je vois certains journalistes faire preuve d’ouverture d’esprit, s’intéresser au fond, et commencer à remettre en question leurs préjugés sur cette affaire.

J’espère sincèrement qu’ils prendront conscience de l’importance que leur honnêteté professionnelle peut avoir aujourd’hui, notamment pour les gens qui subissent de manière injuste les conséquences du traitement médiatique de la ligue du lol.

    Femme Ligue du lol

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