Le numérique et la déshumanisation ?

Ce Robot-Barista présenté au CES de Las Vegas cette année n’a même plus besoin de client pour faire le café… (source SFGate)

J’ai encore eu la chance inouïe de participer à Shake eCommerce, cette grande rencontre qui se tient chaque année dans le sud de la France.

Cette année, les organisateurs ont invité Eric Sadin à débattre de l’impact de la numérisation. Des échanges passionnants, et de nombreuses réflexions, notamment autour de la déshumanisation du monde.


Pour faire simple ? La question est de savoir si le digital tel qu’il s’étend et s’entend aujourd’hui laisse une place pour l’humain.

Si la première “ère” du digital était celle — très enthousiasmante — de l’accès à la connaissance, on arrive aujourd’hui, quasiment deux générations plus tard, à une digitalisation qui nous cartographie (tout devient “capteur” et se veut capable de mesurer nos actes, nos réactions, voire nos sentiments et nos sensations…) et entend réagir à cette cartographie.

C’est l’enjeu de nombre projets d’Intelligence Artificielle aujourd’hui : comprendre notre quotidien, notre vécu et en tirer des conclusions afin de mieux nous suggérer des actes (des achats, des actions…) voire même de les opérer à notre place. Mais l’intelligence artificielle n’est pas la seule en cause…

Est-ce que le “Plus simple”, c’est la même chose que le “Moins d’impactant” ?
Joshua, l’ordinateur du film Wargame, emblématique de la disparition de l‘humain dans l’acte de décision (source Film of the 80s)

Les interfaces vont également dans ce sens : la simplification des interfaces numériques (le bouton DASH d’Amazon, mais également l’omniprésence annoncée des interfaces vocales…) va dans le sens d’une action plus rapide du consommateur dans son quotidien. Mais, on peut se demander si cette simplification n’est pas quelque part une “minimalisation” de la réflexion humaine, une diminution de la perception des impacts d’un geste. On re-regarderait bien à nouveau Wargame de John Badham, ou Dr Strangelove de Stanley Kubrick, avec cette lecture. La complexité du geste est complémentaire de la mesure de sa gravité. Les notions d’effort et d’engagement restent cruciales dans la conception de l’interactivité humaine.

Dans la même logique, les abonnements qui fleurissent pour de multiples services — on aura même vue récemment des start-ups proposant des abonnements à des bars — sont une simplification des échanges commerciaux mais aussi une déresponsabilisation face à la transaction individuelle. S’ils ne sont pas inhérents aux modèles digitaux, ils sont grandement facilités par l’omniprésence des “tuyaux” et la simplification des flux.

Moindre impact des actions, engagements “longtermistes” simplifiés… s’ajoutent à cela l’Intelligence Artificielle et la Data capable de prévenir nos désirs, de nous suggérer nos actes, voire de les anticiper en toute indépendance. De commander du café avant même que nous nous rendions compte que nous allions en manquer.

Ce monde technologique a-t-il encore réellement besoin d’une part d’humanité pour fonctionner ?


Pour y réfléchir, une lecture qui ne vous coûtera pas grand chose. Dans ce grand classique que sont Les Chroniques Martiennes de Ray Bradbury, penchez-vous sur “Viendront des douces pluies” qui décrit comment les machines — et au-delà la nature — continuent à vivre sans l’humanité…

Et pour la suite ?

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