Distinctions scientifiques, l’Afrique peu présente

Le 1er Août 2018 à Rio au Brésil, la liste des lauréats de la prestigieuse médaille Fields est rendue publique. Ce sont Caucher Birkar, Professeur à l’Université de Cambridge, Alessio Figalli, Professeur à l’ETH Zentrum, Peter Scholze, Professeur à l’Université de Stanford. Qu’est-ce que la médaille Fields ?

Il s’agit de la plus prestigieuse distinction décernée, tous les 4 ans, à des mathématiciens/mathématiciennes de moins de 40 ans par l’union mathématique internationale. L’objectif est d’une part de récompenser un travail exceptionnel en mathématiques, d’autre part d’être un encouragement à la poursuite des efforts dans la recherche mathématique. Elle a été créée par John Charles Fields, un mathématicien canadien de l’Université de Montréal en 1932, il souhaitait promouvoir la recherche mathématique dans le monde. Les premières médailles ont été attribuées en 1936, depuis sa création, jusqu’à ce jour, 58 médailles ont primées les efforts de mathématiciens venant du monde entier. Trois pays dominent le classement des pays dont les mathématiciens sont les plus primées, ce sont les États-Unis, la France et la Russie, Presque tous les continents sont représentés, sauf l’Afrique.

D’autres distinctions, plus connues, en, l’occurence les prix Nobel ont été attribuées. En dehors du Médecin Sud-Africain Max Theiler en 1951 et du chimiste égyptien Ahmed Zewail en 1999, aucun autre africain n’a été primé.

Ces distinctions, par leur prestige, semblent éloignées des problèmes réels, mais ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, le prix Nobel de Physique de 2010 a récompensé deux chercheurs qui ont réalisé une avancée majeure dans la conception de batterie ayant une plus grande autonomie. Samsung en a breveté un procédé de fabrication en série. Les avancées sur le problème du transport optimal faite par Cédric Vilani, médaillé Fields 2010, ont des applications aussi bien à la logistique qu’à l’économie.

Les chercheurs dans le monde et en Afrique

La répartition géographique de ces récompenses permet de se faire une idée de l’état de la recherche en Afrique par rapport au reste du monde. Un rapport de l’Unesco sur la science et ses projections à l’horizon 2030 indique que les chercheurs représentent 0.1% de la population mondiale soit 7.8 millions de personnes. En 2013, Israël enregistre la densité de chercheurs la plus importante avec la Corée du Sud, le Japon, les États Unis et l’Angleterre. Il se trouve que dans les domaines de l’innovation technologique, ces pays sont à la pointe des découvertes significatives. La part de chercheurs des 5 grandes puissances (Chine, États-Unis, Russie, Japon, Union Européenne) représente 72% de la proportion mondiale, avec un rattrapage important de la Chine par rapport aux États-Unis [1].

Aujourd’hui, le continent africain dans son ensemble comprend 2.4 % des chercheurs dans le monde tout en représentant 14% de la population mondiale. À titre de comparaison, l’union européenne représente 7.1% de la population mondiale, mais concentre 22% des chercheurs dans le monde.

Les publications scientifiques dans le monde et en Afrique

Depuis 2016, la Chine a pris la première place en nombre de publications scientifiques avec plus 426 000 études scientifiques, les États-Unis arrivent en seconde position avec 409 000 articles publiés [2]. Les autres puissances économiques ne sont pas en reste avec la Russie 59139 articles, le Japon, 96536 articles, la France 69430 articles. La mise en parallèle avec les pays africains est assez surprenante. On observe que le Nigéria (3821 articles), première puissance économique du continent est distancé notamment par le Maroc (4062 articles) et l’Afrique du sud (11881 articles). Les pays leaders en Afrique sont aussi ceux qui ont la production scientifique la plus importante. Un pays asiatique attire notre attention: la Corée du Sud. En 1960, ce pays a un niveau de développement proche de celui de la majorité des pays d’Afrique subsaharienne, aujourd’hui, la Corée du sud produit plus de 63000 articles scientifiques, soit plus que le Canada ou la Russie. C’est un pays qui a fait le choix d’investir dans l’éducation et la formation, il en tire les bénéfices. Technologiquement avancé, niveau d’éducation très élevé de la population, taux d’emploi extrêmement élevé (de l’ordre de 96% en 2017 [4]). C’est une véritable réussite et un exemple en de nombreux points.[3]

Le constat est alarmant, mais il y a de l’espoir

Depuis environ 10 ans, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Sénégal ont initiés des programmes de recrutement d’enseignants-chercheurs dans les universités et grandes écoles. Ces recrutements permettent d’une part d’assurer la formation d’une jeunesse en demande de formation, d’autre part de mettre en place des programmes de recherche dans divers domaines. La difficulté majeure, notamment pour les mathématiciens, physiciens, chimistes et informaticiens, résident dans le fait que les potentielles recrues ne sont pas rassurer sur la possibilité d’avoir les moyens de travailler dans de bonnes conditions mais aussi de pouvoir collaborer avec des équipes extérieures. Ces efforts de recrutement et de mise en place d’un environnement de travail stimulant doivent être maintenus sur la durée. De plus, des possibilités de collaboration avec les entreprises privées doivent être facilité pour un transfert de connaissance générateur de croissance et partant de prospérité. Un modèle de collaboration intéressant est à l’oeuvre chez Facebook qui recrutent pour ces laboratoires des universitaires à qui il est donné la possibilité de conserver un poste d’enseignant-chercheur à l’Université à temps partiel et le reste du temps dans les laboratoires de Facebook. C’est avantageux, d’une part, pour Facebook qui recrutent des personnes très compétentes à la pointe des dernières avancées technologiques, d’autres part pour ces chercheurs qui ont la possibilité de s’attaquer à des problèmes réelles et donc de faire rentrer leur science dans la vie quotidienne des utilisateurs. Le CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l’enseignement supérieur) a lancé le portail des revues africaines[5]. Il s’agit d’une édition électronique des revues scientifiques dont le but est de valoriser et diffuser la production scientifique africaine. C’est une initiative intéressante et positive qui peut aider au rayonnement de la recherche africaine.

[1] Rapport de l’UNESCO sur la science vers 2030

[2] https://www.sciencealert.com/china-just-overtook-us-in-scientific-output-first-time-published-research

[3] https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/IP.JRN.ARTC.SC?view=chart

[4] https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SL.UEM.TOTL.ZS

[5] http://publication.lecames.org/

Mamadou Ibrahima KONÉ
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