Le Chemin

Mon précédent (et premier) article sur cette plateforme fut bien accueilli et relayé. C’est chouette ! Mais comme je suis d’un naturel insatisfait, j’ai tendance à écouter davantage ceux qui ne sont pas d’accord avec moi.

Parce que c’est en se remettant en question régulièrement qu’on avance.

Une critique récurrente revient face à mes arguments et face à la candidature citoyenne et collective de Charlotte Marchandise. Pour rappel, cette candidature préconise une Assemblée Constituante, éventuellement tirée au sort, amenant à une VIème République plus démocratique. Pour cet objectif, elle fait appel aux électeurs afin de les amener au pouvoir tel que c’est possible dans le cadre de la Vème République : par l’élection présidentielle.

Face à ce programme dans lequel je me retrouve, de nombreux citoyens continuent de me dire qu’il faut vraiment arrêter de voter, car cela “légitime le système actuel”. Mais alors que faire ?

Il me semble que pas mal de citoyens assoiffées de démocratie confondent le chemin vers la solution et la solution elle-même.

La solution : une réelle démocratie où l’intelligence collective de TOUS les citoyens garantie l’intérêt général.

J’ai l’impression que le besoin de plus de démocratie est partagé par une immense partie de la population, même ceux qui ne pensent ou votent pas comme nous.

Le chemin : atteindre les organes décideuses du pouvoir pour changer, dans le cadre légal et donc légitime, les règles de la République.

Pour atteindre la solution, trois chemins se dessinent à mon sens :

  • L’acceptation / l’inaction
  • La réaction émotionnelle
  • La réaction réfléchie

Ces trois chemins sont personnels, proches et parallèles sur la montagne qui se dresse face à nous, le passage de l’un à l’autre est facile.

L’acceptation

Elle est l’apanage, je crois, d’une immense partie de la population, pour le moment.

Par facilité, par impuissance, par méconnaissance ou encore par foi en un système établi et usé de ces 60 ans d’existence : la Vème République date de 1958, la France, alors au cœur des 30 Glorieuses, baignait dans le plein emploi, avait 23 millions de citoyens de moins que maintenant et n’avait pas conscience des limites de la planète Terre. Le système est obsolète mais on le maintient en vie, en soins palliatifs.

Lorsque l’on prend la “Route Nationale de l’Acceptation”, on file droit. On vote toujours pour les mêmes (PS, Centre ou Droite “républicaine”) ou alors on s’abstient car on ne croit pas, voire on conchie les extrêmes assimilés depuis bien avant 1958 aux fachos ou aux cocos ; deux idéologies ayant abouti aux pires dictatures que l’humanité ait connue.

Alors, les usagers ont confiance en ce qu’ils connaissent et peur de l’inconnu. Ils se disent que la solution arrivera tôt ou tard, malgré le brouillard dans lequel ils avancent, et qu’ils n’ont pas vraiment de pouvoir là-dessus. Ils avancent, tout droit, parce que la ligne droite, c’est le chemin le plus court, c’est bien connu.

Les villes traversées par la Route Nationale de l’Acceptation sont connues de nous tous, c’est un peu la Nationale 7 au mois d’août. On y passe par les bourgades de Tous-Pourris, QuiCestQuiPayeToujoursLesMêmes, StatutQuo et Vote-Utile. On fait le plein à la station essence de Consumérisme et on lit le journal Défaitisme à l’arrière de notre Peugeot Soumission dont on est Propriétaire grâce à notre banque familiale, la Caisse de notre SacroSainteEpargne.

La réaction émotionnelle

L’autoroute de la réaction émotionnelle maille notre territoire national depuis quelques décennies avec la complicité inconsciente (ou pas) des médias.

Cette voie rapide vers la solution évidente (selon ses usagers) passe par un renversement du système radical et des boucs émissaires (au choix : les Arabes, les Riches, les Juifs, les Pauvres…). Solution de facilité, on casse tout pour tout reconstruire, sans forcément savoir ce qui adviendra quand le chaos sera là.

Pour eux, la solution est une révolte, une révolution un peu comme en 1789, en tout cas comme on nous a appris dans les manuels scolaires. On nous a appris que les gens du peuple avaient pris les armes (sans savoir que les hommes d’affaires leur avaient fournis) pour renverser les institutions politiques en quelques années (sans savoir que ce changement de système a en fait duré jusqu’en 1870 et la chute du 2nd Empire, parsemé de Terreur, d’Empires, de dictatures, de peines de mort sans jugement, de Monarchies…).

Le précédent processus de révolution relativement désordonnée sans prévoir “l’après” a donc duré 80 ans. Une vie.

L’autoroute, peu éclairée, de la réaction émotionnelle passe par les agglomérations de Lutte, Conflit, Anarchie, Frustration, Casseurs, Colère, Drames, Violence et Répression. Le principal problème de cette autoroute (hormis ces charmantes agglomérations traversées) est le coût du ticket de péage. On sait quand on entre, on ne sait pas trop quand on sort et quel en sera le coût… humain.

Car si on peut avoir l’impression que l’autoroute de la réaction émotionnelle est le chemin le plus rapide vers une transformation profonde du système actuel, il est aussi le plus accidentogène et incertain.

La réaction réfléchie

Les sentiers étroits et tortueux de la réaction réfléchie se méritent. Cachés derrière des buissons, entrecroisant Nationale de l’Acceptation et Autoroute de la Réaction Émotionnelle, ils n’ont rien de très accessibles. Il faut le vouloir pour les voir. Ils se dessinent au fur et à mesure que des “randonneurs” les défrichent.

Les sentiers de la réaction réfléchie sont comme ceux que l’on voit parcourant une montagne : multiples au début, partant dans tous les sens, désordonnés mais ils montent tous sans trop se poser la question du chemin le plus court. Le principal est même peut-être l’expérience du chemin plus que le but ultime.

Et même ce but ultime, on ne sait pas trop ce qu’il est : un sommet, une arrête, un plateau, une falaise à pic ? Qu’importe, la vie, l’Évolution nous impose de monter, de nous élever, il faut trouver des solutions, vers le haut.

Certains sentiers s’égarent et se terminent en cul de sac, l’expérience a échoué mais le défricheur saura ne pas faire les mêmes erreurs. Certains débouchent finalement sur l’Autoroute de la Réaction Émotionnelle car il est souvent décourageant de défricher et d’emprunter de modestes et lents sentiers quand une autoroute vous drague à quelques mètres. Parfois même, on se retrouve sur cette autoroute sans le voir venir , les chaussures crotteuse et la grise mine ; c’est parfois mon cas sur les réseaux sociaux.

Les sentiers de la Réaction Réfléchie nous font traverser des hameaux, où l’on boit le pastis à 17h et où tout le monde se connait un peu. Les hameaux traversés sont peu peuplés mais nombreux : Expérience, Douceur, Bienveillance, Débats, Échanges, Collaboration, Transition, Tests, Erreurs, Convivialité.

Près de ces sentiers, on y vit un peu “à l’ancienne” mais la normalité des modes de vie doit-elle se juger à l’échelle des 50 dernières années ou à l’échelle de l’Humanité entière ?

Tout cela pour mettre en exergue au moins une chose : nous sommes au bout du chemin. La solution est à l’autre bout.

Il ne faut pas confondre le chemin et la destination.

Nous sommes 40 millions d’adultes français à l’entrée du chemin et nous ne sommes pas tous d’accord, loin de là. Le défi est d’arriver à être suffisamment nombreux sur le même chemin pour l’élargir, lui donner plus de place que l’autoroute et avancer plus vite. Cela passe par beaucoup de discussions. Car des échanges et de l’écoute naissent l’empathie, puis la prise en compte des besoins des autres et enfin les consensus.

Ne pas se parler, s’ignorer, c’est ne pas se comprendre et rester campé sur ses positions. Et alors continuer dans les petits sentiers laborieux.

Alors parlons, réunissons-nous et quand l’autre dit quelque chose avec lequel nous ne sommes pas d’accord, disons-le. Avec calme, avec justification, avec bienveillance. Ce n’est pas toujours facile, j’en sais quelque chose, mais c’est définitivement cette attitude qui rendra le chemin moins lourd.

Et vous, quel chemin prenez-vous ?

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