Quel avenir pour le Weather Festival ?

La quatrième édition du Weather Festival a eu lieu ce week-end, et bien que le nombre de festivaliers ne soit pas honteux (les chiffres n’ont pas encore été dévoilés), il apparaît clairement que le festival a eu du mal à remplir :

  • Depuis une semaine, le festival finit l’intégralité de ses posts sur Facebook par un lien vers la billetterie, même quand le post en question n’a pas vraiment de rapport
  • Le festival a multiplié les offres promotionnelles, proposant l’achat de places à prix réduit pour les détenteurs de places pour un autre jour (le billet pour dimanche à 30€ au lieu de 50€ en vente sur place le samedi par exemple). Ce n’est probablement pas par bienveillance pour les porte-feuilles mais bien parce que le festival était inquiet des chiffres.
  • Quiconque était sur place dimanche (et, dans une moindre mesure, vendredi) a pu constater l’absence manifeste de public, même devant des têtes d’affiches comme Nina Kraviz ou Ricardo Villalobos. Si ça a l’avantage de rendre le site plus agréable, ça fait évidemment moins d’entrées d’argent. Actress y jouait pour la première fois à Paris depuis 3 ans, et pour la première fois en France depuis deux ans. Devant lui : 17 spectateurs (moi compris) (vous pouvez compter) (ça fait même 18 si on compte le mec de la sécu)
  • Toute la semaine et jusqu’à dimanche soir, on a vu sur Facebook (notamment sur le groupe Weather Festival Music et son pendant «initié» PWFM) des pass être revendus à des prix bradés (50€ les trois jours) quand ils n’étaient pas, parfois, offerts. Ce qui handicape fortement la billetterie “last minute” (probablement déjà bien handicapée par dix jours de pluies diluviennes).
  • Même s’il n’est pas interdit de mentir à son public (😊😊😊) et que le festival gère sa billetterie comme bon lui semble, il est évident que les places pour le dimanche au tarif “Regular” n’étaient pas vendues à 95% le 1er juin, comme le prétend cet habile post Facebook censé créer une ruée vers les “dernières places”…

Ce n’est donc pas les indices d’un manque de public qui manquent, et ça devient inquiétant pour un festival qui en est à sa quatrième édition déficitaire. Les organisateurs du festival ont toujours reconnu ne réussir à le financer que grâce aux bénéfices qu’ils dégagent avec Concrete – et probablement sur les éditions «alternatives» du Weather (Summer en septembre, Winter en décembre), à mi-chemin entre le festival et la soirée classique.

Ces événements, et surtout leur récurrence, causent un problème d’image pour le festival : ils lui retirent sa dimension particulière, puisqu’au fond ils donnent l’impression qu’il y a trois Weather par an (par opposition à une majorité de festivals, qui deviennent des rendez-vous particuliers pour les fidèles parce qu’ils n’ont lieu qu’une fois par an). Là où ils réussissent à faire exister la «marque» Weather 365 jours/an, ils lui retirent au passage de son aspect exceptionnel.

Or, pour être pérennisé, le Weather ne peut pas continuer à se reposer uniquement sur d’autres événements que le festival. Dotée de grandes ambitions, Surpr!ze, l’entreprise derrière le festival, a réussi à obtenir le soutien financier des collectivités locales et le soutien médiatique des médias grand public (ce que peu de festivals dédiés aux musiques électroniques ont réussi à faire jusqu’ici), mais aussi le soutien de sponsors nombreux et importants. Ce soutien s’est a priori obtenu sur un gage de rayonnement qui, à la longue, ne suffira plus à faire signer des gros chèques qui permettent aujourd’hui au festival d’exister.

Prenons l’exemple de Burn (la marque de boissons énergisantes), par exemple, qui a lancé cette année une grande offensive contre son rival Red Bull. Là où RBMA (Red Bull Music Academy) était partenaire du festival l’année dernière, c’est donc Burn cette année, qui a eu l’honneur de nommer une scène (une pratique de plus en plus répandue, et pas uniquement chez les festivals). Si je n’ai évidemment pas eu accès aux chiffres, j’estimerai que sur les trois jours, il y a eu environ 1000 festivaliers devant la scène, qui était presque cachée au fond du site, auquel elle tournait le dos. Difficile de croire que la marque sera disposée à signer le même chèque l’année prochaine quand ils ne peuvent pas atteindre les retombées espérées.

À tout ceci s’ajoutent des problèmes de production qui ne sont pas si mineurs que ça, comme par exemple la publication sur Facebook d’horaires modifiés à 14h59 le samedi quand les portes ouvraient à midi…horaires se permettant purement et simplement de décaler le passage de deux artistes au lendemain (en plus de décaler de quelques heures l’ouverture de deux scènes). Pourquoi pas, après tout ?

Si le festival n’arrive pas à attirer assez de festivaliers, c’est dû à de multiples facteurs :

  • la pluie et l’ambiance morose de ce printemps (ça, ils n’y peuvent rien, mais ça ne vaut que pour cette année)
  • l’organisation de deux éditions “alternatives” par an retire tout le côté exceptionnel du festival, mais elle permet aussi de faire exister le Weather au delà du moins de juin…et de faire des rentrées d’argent, à des périodes où il faut taper fort (septembre) ou au contraire plutôt creuses (décembre)
  • le festival doit faire face à une concurrence chargée : en plus de We Love Green, qui avait donc lieu le même week-end, Marvellous Island & Peacock Society ont lieu à un mois d’intervalle du festival, ce qui est aussi le cas d’Astropolis et Nuits sonores, entre autres. À cela s’ajoutent les festivals européens comme Dimensions, Dekmantel ou TimeWarp, qui attirent le public cible du Weather, le tout sans oublier qu’à Paris comme ailleurs, tous les week-ends ont lieu des soirées en club (Concrete, Rex, Machine, pour ne citer qu’eux) où sont invités les artistes qui font le coeur de la programmation du festival, mais aussi des micro-festivals (OFF par exemple).
  • le festival peine à se renouveler : au-delà de la programmation, le festival a été contraint de revenir sur les lieux de sa deuxième édition, ce qu’il a utilisé comme un argument marketing, le spot étant (bizarrement) apprécié du public, mais qui semble aussi être un retour en arrière par rapport à l’utilisation du bois de Vincennes l’année dernière

Et maintenant ?

L’année prochaine, le festival organisera donc sa cinquième édition. Il devrait donc être temps pour lui de se remettre en question.

Avec de telles ambitions (le festival tient à être un “grand festival européen”), il est nécessaire qu’il puisse être rentable et atteindre son break (le point d’équilibre, souvent en pourcentage de remplissage de la jauge, en deça duquel un festival perd de l’argent), qui doit être situé aux alentours de 95% si ce n’est plus (c’est haut, oui). Lorsque le festival démarche des partenaires, il présente un dossier qui contient ces informations; et si pour l’instant le festival a pu exister grâce à la confiance de certaines institutions, l’argent ne tombe pas du ciel dans la culture, un secteur toujours plus confronté à une exigence de rentabilité.

Or, le festival semble brûler ses plumes à vouloir voler trop haut, là où il gagnerait peut-être à voir plus petit et atteindre ses objectifs. Il va donc falloir que le Weather change de direction, puisque le créneau actuel semble insuffisant. À moyen terme, le festival peut donc choisir :

  • de se diriger vers des festivals plus petits, moins grand public, plus cohérents : on peut citer le trio Freerotation/Dimensions/Dekmantel, qui s’ils ne partagent pas tous les mêmes valeurs ni tout à fait les mêmes objectifs, sont tous les trois rentables en ayant une programmation un poil plus “underground” que le Weather
  • de se diriger vers des festivals plus grands, plus “mainstream” : citons ici le trio TimeWarp/I Love Techno/Awakening, qui réunissent une programmation plus connotée “gros clubs” & Ibiza, où la scénographie est composée de lasers, pour résumer.

Car, ce n’est pas nouveau, c’est la programmation qui fait le festival et son esprit : il suffisait, dimanche à 22h00, d’être devant Hessle Audio au soleil couchant pour vivre un festival bien différent que ceux qui étaient dans un hangar devant Len Faki. Le souci ? Il n’y avait pas grand monde devant Hessle Audio (pour le plus grand bonheur des festivaliers présents), car le festival n’arrive pas (plus) à attirer ce public là.

On reproche beaucoup au Weather de ne pas assez renouveler sa programmation, je crois en fait que le problème est inverse : il y a très peu de headliners dans la scène techno/house, et on peut difficilement faire sans eux, ils sont donc effectivement invités régulièrement, alors que le renouvellement a lieu au sein des “plus petites lignes” : c’est alors moins visible. Là où le Weather se plante, c’est pas en ne renouvelant pas ses têtes d’affiche (pas facile de programmer un festival techno d’ampleur sans inviter Marcel Dettmann, Ben Klock ou Len Faki, quoi qu’on en pense), c’est en refusant de trop s’aventurer auprès de middle names moins estampillés #techno (Four Tet, James Holden, Caribou, par exemple, voire Optimo ou Kangding Ray pour partir de deux côtés du spectre), et surtout en restant à distance de la scène UK portée justement par Hessle Audio (où sont Hemlock, Livity Sound & Houndstooth ?) ou dont l’esprit s’en rapproche (où sont The Trilogy Tapes, PAN, Berceuse Heroique ?). Ce ne sont là que des pistes que j’aimerais voir explorées par le festival, mais qui me semblent pertinentes et qu’aujourd’hui il serait le seul à inviter en festival en France — voilà donc un créneau à ouvrir.

L’autre pan du festival, c’est le lieu : après le Palais des congrès de Montreuil (une catastrophe logistique car pas adapté), le Bois de Vincennes (une fortune à investir et des riverains mécontents) et le Parc des Expositions du Bourget (une solution de facilité), il faudrait trouver un nouveau lieu en Ile-de-France qui puisse accueillir le festival ; ce lieu doit exister quelque part (encore faut-il aller le chercher) et permettrait d’ancrer le festival dans une certaine identité (comme Nuits sonores l’a fait à l’Ancien marché de gros, par exemple).

Je sais pas comment conclure ce petit papier, alors je vous laisse sur le meilleur morceau de l’année dernière mais comme c’était la fin de l’année on a qu’à dire que c’est le meilleur morceau de l’année, voilà, bisous à vous.

https://www.youtube.com/watch?v=IDc9w43kI68

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