Quel avenir pour l’éducation routière en France ?

Flavien LE RENDU
Mar 1, 2018 · 7 min read

Cela fait 4 ans que nous avons lancé Ornikar, c’était en 2014. Le chemin fut semé d’embûches car certaines organisations syndicales, peu lucides sur la réalité du marché, ont tout fait pour nous mettre des bâtons dans les roues, à nous et à toutes les autres initiatives qui ont à cœur de moderniser l’apprentissage de la conduite en France.

Certains voudraient par exemple faire croire que notre modèle est contraire aux lois, alors que les autorités compétentes ont enfin confirmé publiquement la parfaite légalité du modèle.

Ces personnes nous combattent car elles refusent de voir la nécessité de moderniser le secteur de l’auto-école en France. Désigner un coupable leur permet d’éviter un débat de fond sur l’avenir de l’éducation routière.

Notre volonté n’est pas de polémiquer mais de tenir un discours de vérité. Toute la profession en a besoin.

Un secteur à bout de souffle.

La réalité c’est que le secteur de l’enseignement de la conduite en France est à bout de souffle. La faiblesse des marges détruit les entreprises et sacrifie toute ambition de véritable politique de sécurité routière. Les auto-écoles font face à des charges élevées : une TVA à 20%, des véhicules, un loyer pour un local obligatoire, le carburant, les salaires du personnel enseignant et éventuellement les salaires du personnel administratif.

De l’autre côté, le pouvoir d’achat des français se réduit et de nombreuses familles ne peuvent plus consacrer la somme nécessaire à une formation au permis de conduire de qualité. Le permis est-il cher ? NON, si l’on considère le montant des charges auxquelles font face les auto-écoles. Mais, OUI si l’on fait preuve d’un peu d’empathie vis-à-vis de nos concitoyens. Il suffit de regarder le salaire moyen en France et les chiffres du pouvoir d’achat des jeunes. Personne ne peut prétendre que dépenser 1500€ dans l’obtention d’un permis de conduire est indolore, surtout pour des jeunes qui ont moins de 25 ans pour la plupart.

C’est ce ciseau qui tue la profession : d’un côté des coûts importants pour former à la conduite et de l’autre des candidats qui souhaitent légitimement ne pas se ruiner pour avoir le droit de conduire.

La croissance impossible

Une stratégie que les auto-écoles pourraient adopter est celle de la croissance. En grossissant, des économies d’échelle sur les coûts seraient possibles, les marges pourraient se rétablir, permettant aux auto-écoles de survivre. Cependant la croissance est impossible car le système défaillant du passage de l’examen pratique, avec sa pénurie d’inspecteurs, condamne les auto-écoles à rester des petites structures. Comment former plus de candidats si on ne vous attribue que 5 places d’examen par mois ?

Ces petites entreprises doivent survivre grâce aux avances de trésorerie à défaut d’être des entreprises profitables. C’est un gâchis pour tous les passionnés de l’éducation routière qui voudraient pouvoir gagner leur vie dignement.

Les enseignants de la conduite sont les principales victimes.

Les gérants des auto-écoles ne sont pas les seules victimes de ce modèle économique à bout de souffle. Les enseignants de la conduite sont les grandes victimes du système de l’auto-école, probablement ceux qui souffrent le plus de la situation.

Certains gérants d’auto-écoles adoptent la stratégie suivante : ils maintiennent des prix hauts et font en sorte que les élèves fassent un maximum d’heures de conduite avant de passer l’examen. Du côté des coûts, ils maintiennent les charges de leur auto-école au niveau le plus bas possible, à commencer par les salaires de leurs enseignants de la conduite. Comme nous l’avons dit, ces gérants n’ont pas vraiment le choix : il s’agit de la seule stratégie possible pour survivre.

Vous comprenez pourquoi cette profession d’enseignant de la conduite est sacrifiée et sans aucune perspective. C’est une réalité : le modèle économique des auto-écoles traditionnelles ne permet pas aux gérants d’améliorer les conditions salariales des enseignants de la conduite.

Cette précarisation des enseignants de la conduite est insupportable.

Comment justifier deux ans de formation pour obtenir le diplôme d’enseignant de la conduite, pour un coût total de formation souvent supérieur à 5000€, si la seule perspective que nous pouvons leur offrir est une rémunération au niveau du plancher ad vitam aeternam ? Comment justifier des rémunérations au noir généralisées, les condamnant à ne pas cotiser ni à la sécurité sociale ni pour leurs retraites ? Comment avoir de l’ambition pour la qualité des formations avec des conditions de travail si difficiles ?

Comment pouvons-nous avoir de l’ambition pour la sécurité routière et pour la formation de nos jeunes en acceptant des conditions indignes pour les enseignants de la conduite, en leur demandant d’effectuer toujours plus d’heures de conduite pour « faire du chiffre » au détriment de la qualité de la formation ?

Nous avons pu échanger avec des milliers d’enseignants de la conduite, qui regrettent la difficulté de leur métier malgré la passion qu’ils ont pour la formation et la sécurité routière. Ce métier demande rigueur, discipline et attention de tous les instants. Nous pensons qu’il est important que tous les professionnels de la sécurité routière bénéficient d’une meilleure situation financière et d’une plus grande souplesse dans l’organisation de leur travail.

Nous proposons des solutions pragmatiques pour améliorer les choses.

Beaucoup de détracteurs nous accusent de paupériser les enseignants avec le statut d’auto-entrepreneurs, alors qu’ils n’ont jamais proposé de solutions pour revaloriser ce métier. Depuis 30 ans, le métier d’enseignant de la conduite est celui qui compte le turn-over le plus important, toute profession confondue.

Le modèle d’Ornikar permet à des enseignants de la conduite ambitieux d’améliorer significativement leurs revenus. Un document détaillant les revenus effectifs d’un enseignant travaillant 35h par semaine avec Ornikar est disponible ici.

Notre stratégie consiste à offrir une formation au code de la route à un prix très agressif pour assurer à nos partenaires un flux d’élèves pour remplir leurs plannings. Nous investissons massivement pour créer une plateforme en ligne qui permette d’optimiser la mise en relation avec les candidats sur tout le territoire. Une équipe de 30 personnes est mobilisée pour assurer à chacun un taux de remplissage maximal.

Beaucoup de membres de la profession pensent qu’Ornikar n’est qu’une plateforme de mise en relation et qu’elle ne se soucie pas des conditions de travail de ses partenaires. Tout au contraire, nous continuerons à nous battre pour que les enseignants de la conduite diplômés puissent exercer leur métier de formateur dans les meilleures conditions et bénéficier d’une compensation financière à la hauteur de leurs compétences.

Personne ne peut s’improviser enseignant de la conduite et cette compétence ne peut qu’être évaluée à sa juste valeur.

Notre réseau est notre force

Nous sommes très fiers de nos enseignants partenaires qui sont passionnés par leurs métiers et voient Ornikar comme un tremplin pour évoluer dans leurs carrière. Ils peuvent continuer à faire le métier qu’ils aiment, sans créer de nouvelles auto-écoles dont le marché n’a pas besoin, tout en continuant à s’impliquer dans la sécurité routière.

Dans le réseau d’Ornikar, vous pourrez trouver des BAFM, gérants, formateurs poids-lourds, salariés, animateurs de la sensibilisation routière, des anciens syndiqués ou encore des anciens enseignants qui reviennent dans le métier qu’ils affectionnaient particulièrement. Tous se différencient par leurs parcours, mais ils partagent tous la même envie de former leurs élèves à une conduite sûre, moderniser l’apprentissage de la conduite ainsi que de changer la perception de la profession auprès du grand public.

Que faire alors ?

La seule solution est une réforme d’ampleur, aussi bien économique que politique, pour redonner du souffle au secteur de l’enseignement de la conduite et de la sécurité routière. Pour sauver nos ambitions pédagogiques. Il faut reconnaître que les vrais professionnels de l’enseignement de la conduite sont…les enseignants eux-mêmes. Il est donc urgent de:

(1) favoriser l’exercice de leur métier en tant qu’indépendant ;

(2) réformer le système de l’examen pratique pour faire sauter ce « bouchon », qui constitue la racine du mal du secteur. La réforme de l’examen du code de la route montre la voie ;

(3) baisser la TVA pour les auto-écoles et les indépendants, afin d’aligner ce secteur sur les autres activités d’enseignement. Cette mesure donnera un bol d’air frais à l’ensemble de la profession ;

(4) continuer à reconnaître qu’une formation de la conduite ne peut qu’être assurée par des vrais enseignants diplômés et sensibles à la sécurité routière.

Contrairement à ce que beaucoup prétendent, nous ne sommes pas contre les auto-écoles traditionnelles. Beaucoup d’auto-écoles se tournent vers Ornikar pour trouver des solutions. Tous nos outils sont désormais disponibles gratuitement pour les auto-écoles qui souhaitent moderniser leur façon de travailler.

Nous créons une communauté de gens pragmatiques et optimistes, convaincus que l’éducation routière a de beaux jours devant elle.

En avant !

Ornikar, avec d’autres, se bat depuis 4 ans pour faire émerger un nouveau paradigme de l’enseignement de la conduite en France. Nos deux piliers, qui sont les enseignants indépendants et le candidat libre, permettent de répondre de manière pragmatique aux difficultés : rendre le permis plus accessible à nos concitoyens tout en permettant aux enseignants de mieux gagner leur vie.

Notre entreprise ne s’est jamais aussi bien porté. Nous sommes présents dans plus de 250 villes françaises dont la totalité des grandes agglomérations. 2500 nouveaux élèves s’inscrivent au code de la route sur notre plateforme chaque semaine et une centaine d’enseignants entrent en contact avec nous chaque mois pour rejoindre le réseau.

Nous construisons la plateforme qui alliera flexibilité et encadrement pédagogique rigoureux. Nous avons encore du chemin à parcourir et beaucoup de choses à construire, mais le chemin est tout tracé pour redéfinir en profondeur l’organisation de l’éducation routière en France grâce à la puissance des nouvelles technologies. Nous annoncerons dans quelques semaines une grande nouvelle qui nous permettra de réaliser ces ambitions.

Nous apportons des solutions pour, qu’ensemble, nous gagnions la bataille de la modernisation de l’auto-école. Il est temps de s’unir, pour nos jeunes et pour tous les passionnés qui les forment chaque jour à devenir des conducteurs responsables.

    Flavien LE RENDU

    Written by

    DG @Ornikar