Proof of Failure

J’ai créé une agence de développement avec 3 associés en février 2016. M’occupant de la partie commerciale, j’ai entendu de nombreux pitchs de startups. Une majorité de ces startups me disaient vouloir réaliser leur Proof Of Concept (POC).

Le terme se traduit plutôt facilement par preuve de concept. On peut donc se dire qu’il n’y a pas besoin de l’expliciter. Tout le monde comprend qu’une preuve de concept permet de réaliser une première ébauche qui va nous permettre de prouver que notre idée est bonne.

Beaucoup d’entrepreneurs se font cependant avoir par ce terme. Ils imaginent qu’ils vont sortir une première version un peu bancale de leur projet, que des utilisateurs vont l’essayer et qu’ils vont faire des retours pour valider plusieurs mois d’efforts.

La réalité est souvent un peu différente.

Le cas le plus probable :

  1. Je travaille sur mon projet
  2. Je lance une première version que j’estime un peu crade
  3. Les gens ne s’y intéressent pas plus que ça
  4. Je me dis que mon projet est bancal et que les gens pourraient accrocher si je rajoutais une nouvelle fonctionnalité
  5. Je développe la nouvelle fonctionnalité
  6. Je retourne à l’étape 3

L’entrepreneur est pris dans un engrenage.

Pourquoi on se retrouve facilement embarquer dans cette situation ? Tout d’abord, l’entrepreneur est par nature plein d’espoir. Il crée sa startup car il veut changer le monde. Il est persuadé d’avoir une idée qui va bouleverser la vie de milliers, voir millions, de personnes.

Pour que son ambition se réalise, l’entrepreneur tente de suivre un chemin : POC, MVP, V1 …

Du POC au POF

Le terme POC me gêne. Car on donne une première étape à atteindre qui est bien trop complaisante avec l’entrepreneur. Quand aucun de mes utilisateurs ne s’intéressent à ce que je fais et que je cherche à atteindre ma preuve de concept, je vais naturellement continuer à chercher ce qu’il manque pour y arriver. Je ne mets donc pas de limite de temps pour atteindre mon POC (ou je décale cette limite assez facilement).

En général on peut résumer le POC par un temps d’exécution court, un prix faible mais un produit plutôt moyen.

Si nous changions ce terme par Proof of Failure, nous nous retrouvons automatiquement dans un paradigme où nous cherchons à optimiser 2 ressources : le temps et le produit.

L’objectif de la preuve de l’échec consiste à réaliser le produit minimum ayant tout ce qu’il faut pour qu’on puisse prendre la décision radicale d’arrêter le projet.

Je sais que la preuve de concept est déjà censée être réalisée de cette manière. Cependant, dans les faits, l’ambition et l’espoir de l’entrepreneur ne sont pas adaptés pour faire face à ce terme. La Proof of Failure me semble bien plus correspondre à cette première étape.

En effet, la définition du scope du projet est primordiale lors de la création du POC. Or celui-ci est souvent balayé d’un revers de la main par les entrepreneurs au profit de l’itération. On se retrouve donc facilement embarqué dans une boucle itérative dont on ne ressort pas car le périmètre ne cesse de s’élargir.

La Proof of Failure nécessite de bien définir son scope et de se plonger dans l’expérience utilisateur. Après tout, on se donne le couperet d’arrêter le projet si cela ne fonctionne pas. On va donc avoir tendance à penser en profondeur le projet. Ceci permet de travailler sur les interactions avec les utilisateurs.

Il est en effet plus intéressant de construire un outil qu’un petit nombre aime profondément plutôt qu’un outil qu’un grand nombre de personne apprécie.

La Proof of Failure sert donc à définir le scope d’une première version de notre solution avec pour objectif de lui apporter toutes les interactions qui vont apporter le maximum d’attention à l’utilisateur avec le moins d’efforts possible.

En conclusion, la sémantique peut sembler sans importance, mais après avoir vu des dizaines de projets rentrer dans des boucles itératives infinies, il me semble important de changer de terme. En effet, si l’entrepreneuriat se démocratise, il faut rendre les termes suffisamment clairs pour qu’ils soient appliqués par le plus grand nombre.