L’ entrepreneur ne sort pas de l’université

Entrepreneur en devenir, cette réflexion pourrait vous intéresser. Non pas parce qu’elle est la vérité infuse mais parce qu’elle permet de comprendre les enjeux majeurs qui façonneront les prochaines années de votre processus vers la création de votre entreprise…
“Je vais à l’université pour apprendre comment devenir entrepreneur”. Cette phrase tristement trop souvent prononcée dans ses mille et une déclinaisons m’a longuement fait réfléchir. Et plus j’y réfléchi, plus elle semble n’avoir aucun sens. Il faut comprendre qu’ici je n’encourage aucunement l’abandon du circuit académique du parcours des entrepreneurs en devenir. Bien au contraire, l’Université est incontestablement la façon la plus certaine de réduire vos chances d’être au chômage et la plus efficace pour obtenir un emplois mieux rémunéré. Je dois également souligner que cette institution a pour grande qualité d’être un véritable incubateur à entreprises. Seulement, le papier, l’attestation, le diplôme qu’elle vous décernera est souvent un point de non-retour pour ceux qui étaient désireux de ce lancer en affaire et qui ne l’avaient pas encore fait. Tout n’est pas noir ou blanc, mais là est la critique que je porte.

PREMIÈRE NUANCE
LA DIFFÉRENCE ENTRE LES APTITUDES DURES ET DOUCES
L’Université est un lieu de prédilection pour apprendre ce qu’on appelle les aptitudes dures (Hard Skills), en bon français les connaissances techniques ou le savoir-faire. La comptabilité, la finance, le marketing et voire même les théories de gestion, de marketing et en ressources humaines en font partis. Seulement, savoir, comprendre et maitriser ce corpus est idéal pour obtenir un emploi, mais très insuffisant pour vous lancer comme homme ou femme d’affaires. Il vous faut également les aptitudes douces (Soft Skills) que certains appellerons du savoir-être ou des compétences générales. La dernière appellation est imprécise puisqu’il ne s’agit pas ici d’avoir des compétences transversales tels que savoir changer une poignée de porte ou nouer une cravate mais plutôt d’une manière d’être, de penser et d’agir bien particulière. La définition même d’un entrepreneur c’est de ce lancer ou d’entreprendre. Sans la volonté, la passion, la discipline, le dévouement et l’impulsion appropriés, vos chances de vous lancer en affaires comme d’y réussir s’amenuisent grandement. Ces qualités essentielles sont souvent innées ou se développent durant la jeunesse, mais peuvent aussi être amélioré par l’heuristique (méthode essai-erreur)[1] qui, a toute fin pratique, s’effectue dans le concret, directement par des activités d’entreprenariat.

DEUXIÈME NUANCE
LA PRESQUE-GARANTIE DU DIPLÔME D’ÉTUDES SUPÉRIEURES
Malgré que ce ne soit au final qu’un morceaux de papier attestant votre savoir-faire, le diplôme d’études supérieures est une presque-garantie de trouver un emploi stable et bien rémunéré. Les coûts d’opportunité à l’obtention d’un diplôme universitaire explosent soudainement. Évidement, se lancer en affaires au lieu de travailler au salaire minimum dans une chaine de restauration rapide est un choix nettement plus aisé que de le départager avec la possibilité d’être bien rémunéré comme comptable dans une grande firme. Autrement dit, être décerné d’un baccalauréat réduit grandement les probabilités d’être au chômage (passant de 8,4% pour un DES à 6,4 pour le DEC à 5.1% pour le bac.) [2] et augmente le salaire moyen touché (passant de 24 400 pour un DES ou moins à 34 300 pour le DEC à 57 600 pour les études supérieures)[3] d’une part, mais change peu le savoir-faire et surtout le savoir-être, tant nécessaire à l’entreprenariat.
De plus, dans la nature des choses, l’être humain est généralement riscophobe et préfèrera travailler pour une grande firme avec un salaire de base de 50, 60 ou 70 mille dollars, que de mettre sur la sellette plusieurs millier de dollars (en plus des dettes encourues pendant ses études) pour se lancer dans une aventure qui, statistiquement, a une chance sur deux (50,6%) de fonctionner pendant cinq ans et une chance sur cinq de passer la barre des neuf ans (20,4%) [4]. Aussi, n’oublions pas que l’aversion au risque est généralement grandissant avec l’âge. Autrement, à 18 ans les risques sont moins dérangeant qu’à 25 ans, entre autre par témérité mais aussi par nécessité de sécurité (afin de payer la maison, la voiture et assurer un niveau de vie décent à votre famille).

TROISIÈME NUANCE
DES EXEMPLES QUI FONT RÉFLÉCHIR
Si nous pensons à de grands entrepreneurs américains: Bill Gates, Steve Jobs, Warren Buffet; ou ceux d’ici: Guy Laliberté et Alexandre Taillefer, tous ont une similitude qui semble démontrer que l’âge de leurs débuts fût critique à leur réussite.
Bill Gate abandonne ses études universitaire à Harvard pour se consacré à Microsoft; Steve Job connait ses débuts à l’Université et lâche ses études qu’il avait entamé en 1972 au Reed College pour fonder Apple en 1976; Warren Buffet commence à faire ces premiers investissements à sa dernière année de lycée grâce à un “flipper”. Guy Laliberté n’a jamais vraiment pu terminer ses études alors qu’il a fuit le domaine familial à l’âge de 14 ans pour finalement aboutir à performer son art dans les rues de Montréal et fonder le Cirque du Soleil. Alexandre Taillefer a fondés première entreprise à l’âge de 22 ans alors qu’il étudiait en administration[5].
Encore une fois, je tiens à mettre l’emphase sur deux points extrêmement important. En aucun cas l’abandon des études supérieures est une avenue à préconiser si vous désirez vous orienter vers l’entreprenariat. L’objectif dans cette dernière section est de démontrer que le démarchage vers l’entreprenariat doit justement commencer en parallèle aux études et non à posteriori. Le second point vise à démontrer comment l’Université est une mine d’or en ce qui concerne les partenariats et les ressources disponibles et qu’il vous faut en profiter pleinement pour maximiser vos chances de réussir en affaires.
Bref, l’entrepreneur ne sort pas de l’Université, il y entre.
COMMENT POUSSER L’ENTREPRENARIAT SI CE N’EST PAS TANT DU RESSORT DE L’UNIVERSITÉ?
Le savoir-faire est sans aucun doute une affaire relativement classée puisque de toute façon la génération X a bien démontré comment ce savoir pouvait être acquis en cours de route, sur le tas, dans les livres comme sur la toile. Cependant, là où presque tout est à faire, c’est dans le savoir-être. La réforme scolaire de 2008 avait justement cette noble raison d’être. Pousser les jeunes du primaire et du secondaire à s’épanouir par ce qu’on appelle communément le système D (la débrouillardise). Malheureusement, le manque de ressources en éducation, particulièrement dans les premiers paliers du système québécois d’éducation, est la cause première du niveau particulièrement élevé d’échecs, tant académiques que d’entreprises.
Finalement, pour vous qui lisez et qui êtes désireux de savoir si vous avez ce qu’il faut pour y arriver: arrêtez d’en parler, d’y penser et de repousser à plus tard. Prenez ces deux mots qui changent tout: “Lancez-vous!”
SOURCES
- Wtterwulghe, Robert. (1998) La P.M.E.: une entreprise humaine. De Boeck Supérieur
- 2. Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations – CIRANO (2015) Taux de chômage selon le niveau de scolarité atteint, 2014
- 3. Santé et Services Sociaux Québec (2012) Revenu d’emploi, selon le niveau de scolarité et selon le sexe
- 4. Ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec (2008) Taux de survie des nouvelles entreprises au Québec
- 5. L’infopresse (2015) Alexandre Taillefer: la revanche des créateurs