“May Day, May Day “
L’histoire du 1er mai et la journée de 8 heures.

François Bénard
Apr 26, 2018 · 4 min read

Le 1er mai de chaque année est célébrée la Fête du Travail. Cette journée est marquée historiquement par ses cortèges de revendications ouvrières, ses distributions de muguet ainsi que des récupérations politiques un brin douteuses. Mais qui connaît l’histoire de cet événement ? Pourquoi est-il célébré un 1er mai ? Tout commence aux Etats-Unis, avec en toile de fond la misère sociale et la répression du mouvement anarchiste. Cet événement qui s’est déroulé quelques semaines a connu un retentissement mondial qui perdure.


A la fin du XIXe siècle, les grands centres industriels du nord des Etats-Unis attirent les migrants venus d’Italie, d’Allemagne, de France, etc. La ville de Chicago propose des emplois dans les domaines du béton, de la viande ou de l’acier. Pour les ouvriers, la réalité sociale est terrible : journée de 12 heures, salaire misérable, condition de travail proche de l’esclavage.

Cette situation donne naissance à un foyer de contestation et une radicalisation de masse sans précédent. Au IVe congrès de l’American Federation of Labor de 1884, les principaux syndicats ouvriers des États-Unis se donnent deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Ils choisissent la date du 1er mai car il s’agit du premier jour de l’année comptable de la plupart des entreprises américaines.

Haymarket Square, le 4 mai 1886 — Gravure parue dans Harper’s Weekly.

Quand arrive le 1er mai 1886, nombreux sont les travailleurs à ne pas avoir obtenu la journée de 8 heures. Un mot d’ordre de grève générale est alors lancé et ce sont près de 340 000 travailleurs qui se rassemblent à Chicago. Au cours de la journée, différents leaders prennent la parole, sans incident notable. Mais au moment où la foule se disperse, une charge de 200 policiers fait un mort et une dizaine de blessés. En guise de protestation, un nouveau rassemblement est organisé le 4 mai 1886, et ce sont près de 150.000 personnes qui convergent dans le centre de Chicago, sur Haymarket Square. La fin de la journée est à nouveau marquée par des violences. Cette fois-ci, c’est une bombe qui explose au milieu des policiers. Il s’en suit un mouvement de foules et des tirs entre la police et les civils. Dans les jours qui suivent, les autorités font arrêter 8 anarchistes dont 5 seront condamnés à mort. Quelques années plus tard, ils seront tous innocentés par le gouverneur de l’Illinois qui avouera la duplicité du chef de la police de Chicago, commanditaire de l’attentat à la bombe pour justifier la répression anarchiste.

Les 5 “martyrs” de Haymarket Square. Juin 1886

Cette répression politique locale va connaître un retentissement social sans précédent, non seulement pour les ouvriers américains qui obtiennent la journée de travail de 8 heures, mais aussi pour les travailleurs du monde entier. Les martyrs de Haymarket vont devenir les icônes d’un mouvement social mondial : en Amérique Latine, en Grande-Bretagne, en Allemagne et surtout en France où les émeutes de Chicago impulsent un nouvel élan pour les revendications ouvrières. En 1889, l’International socialiste — réunie à Paris — adopte le 1er mai comme Journée Internationale des Travailleurs. La date deviendra la tribune pour réclamer les “8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs”. Contrairement aux Etats-Unis, le mouvement ouvrier français mettra plus de temps pour parvenir à ses fins.

La couverture de L’assiette au Beurre par Grandjouan — 1906

Ainsi, le 1er mai 1891, à Fourmies (Nord), une manifestation pacifique d’ouvriers réclamant les huit heures va essuyer les tirs de la troupe et ce n’est que le 23 avril 1919, le Sénat français ratifie la journée de 8 heures. Au fil des années, les symboles portés par les travailleurs vont évoluer : triangle rouge, fleur d’églantine, avant de devenir le fameux brin de muguet. Le 1er mai va constituer un moment clé dans l’évolution de l’histoire du travail, pour l’expression de nouvelles avancées sociales. Ce sont les grèves du 1er mai 1936 qui vont permettre l’obtention des deux premières semaines de congés payés et la semaine de 40 heures.