Françoise Berger
Feb 23, 2017 · 5 min read

Macron candidat des Médias? Vraiment?

J’ai souvent lu des articles de presse et même vu des commentateurs sur des chaînes d’information dire qu’Emmanuel Macron est le chouchou des médias dans cette campagne présidentielle. On lui a d’ailleurs prêté des relations très proches de certains patrons de presse et commentateurs politiques célèbres comme Christophe Barbier. J’ai donc essayé de suivre de près la couverture médiatique de la campagne présidentielle et j’ai été frappée par le fait que Macron, contrairement à ce qui est dit, concentre plutôt les attaques et paie son positionnement loin des clivages qui le privent du soutien d’une presse traditionnellement affiliée à gauche… ou à droite!

Les Unes de presse: faux soutien et opportunisme marchand

C’est vrai qu’on retrouve Emmanuel Macron dans pas mal de couvertures de magazines, non pas pour créer une bulle médiatique comme on a pu l’entendre ou pour favoriser sa candidature, et c’est ce que l’on comprend quand on lit les articles, mais tout simplement parce qu’il “vend” du papier. Paris Match a d’ailleurs reconnu que les couvertures avec Macron permettent de vendre beaucoup plus. C’est qu’il y a une attente, un désir, une envie de voir ce candidat jeune et brillant transformer le paysage politique et cette attente vient des lecteurs, et non des médias eux-mêmes. C’est la demande qui conditionne l’offre et pas le contraire. Ils ont certainement essayé avec d’autres, notamment François Fillon qui aimait se mettre en scène dans les émissions comme “une ambition intime” à laquelle Emmanuel a, lui, refusé de participer, mais les ventes ne suivent pas, les lecteurs n’adhèrent pas.

J’ai bien vu le numéro consacré à Macron dans L’Obs, par exemple… “Lui, président?”. Les articles ne lui étaient pas franchement favorables, bien au contraire… Et il y a même eu une discussion avec Michel Onfray, très à charge à l’encontre de ce que Macron représente. Il ne faut pas oublier que l’Obs est un média de gauche et c’est ce que l’on comprend quand on voit la bienveillance avec laquelle Benoît Hamon est traité.

Le Figaro et Libération: L’ennemi de leurs amis.

Le Figaro? C’est le Journal de la droite par excellence. Cherchez bien sur leurs pages d’analyse politique, c’est Macron qui consacre toutes les attaques, pas la gauche ou l’extrême-droite, ou même l’extrême gauche. Et c’est normal, c’est Macron le vrai danger de leur candidat favori, François Fillon puisque le prive d’une bonne partie du Centre droit, et cela risque de s’accentuer encore avec l’alliance de Macron avec Bayrou, que le Figaro n’a pas de mots assez durs pour désigner “l’alliance de deux faiblesses, le centre flou, etc.).

Pour Libération, bien entendu, c’est Benoît Hamon le favori de la campagne et le journal de la gauche n’a pas de mots assez sévères pour critiquer Macron, même quand celui-ci aborde des thématiques où il se place très à gauche (la critique de la colonisation par exemple), là où elle aurait pu choisir l’objectivité en donnant la parole aux nombreux historiens qui appellent, depuis longtemps, à une lecture auto-critique de l’histoire du pays afin de mieux enterrer les divergences qui reposent sur le passé.

Sur la question de la Manif pour tous, c’est encore Libération qui a épinglé un bout de phrase de la discussion à bâtons rompus à laquelle s’est livré Macron pour écrire un éditorial violent contre l’empathie dont il a voulu faire preuve pour certains participants à La Manif pour tous.

Les chaînes de télévision: Le sensationnel avant tout

Pour l’Histoire, chacun se souviendra que les médias français, et notamment les chaînes de télévision, auront participé, d’une manière ou d’une autre, à la “normalisation” et la “dé-diabolisation” du Front National, en choisissant délibérément de faire comme ci les atteintes répétées à la démocratie des sympathisants FN n’existent pas, en fermant les yeux sur la facho-sphère alimentée par les électeurs du Front National, en évitant de s’atteler à une lecture critique de son programme et en privilégiant de lui poser des questions sur les autres candidats et lui tendre des bâtons pour battre ses adversaires, en saluant sa campagne électorale en se basant sur les critères de l’efficacité et non sur ceux de l’éthique et de la morale.

En revanche, les chroniqueurs, analyseurs, commentateurs politiques se sont livrés à une guerre sans merci contre Emmanuel Macron sur sa critique de la colonisation, en évitant d’appréhender son analyse dans toute sa complexité. Ils ne cessent également de le critiquer sur son programme alors qu’il a proposé, sur la plupart des questions débattues, plus de choses et surtout plus détaillées que les autres, ce qui a même incité François Fillon à le copier sur certains points, notamment en matière de sécurité sociale où le candidat de la droite dure a fait un virage de 180°.

Pour comprendre cette indifférence des chaînes de télévision, y compris celles de l’information en continu, il suffit de voir la couverture médiatique qu’elles ont réservé à la rencontre de Macron avec d’éminents scientifiques français à Londres (passée inaperçue), son discours à Londres (le meilleur certainement), ses propositions concrètes sur l’éducation, la sécurité, la santé, l’écologie et j’en passe… rien ne semble les intéresser, à part les spéculations sur la “chute” de Macon qui aurait pris le “toboggan” dans les sondages, et autres titres à la recherche du sensationnel et non du constructif.

Un “bon client” sans ancrage dans le monde des médias.

La vérité, en effet, c’est qu’Emmanuel Macron est “un bon client” des médias sans en être le chouchou, loin de là. Il a la présence, le charisme, le sens de la formule et la répartie qui font que les gens ont envie de le suivre, mais tout en se servant de cette image pour “vendre” leurs papiers et leurs programmes, les médias ne cessent en effet de le prendre pour cible, puisque’il questionne les bases même de leur lectorat et de leur audience, un clivage droite-gauche qui laissait peu de place, jusqu’ici, au rassemblement, mais cela peut changer, si les électeurs le décident, en transformant le “rêve fou” en “évidence”.

Comme disait Nicolas Klein, “First they ignore you, then they laugh at you, then they fight you, then you win.”

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