Les revenus d’un freelance : du chiffre d’affaires au compte personnel, votre véritable salaire

François Vasnier
Dec 20, 2017 · 8 min read

Bravo ! Vous avez trouvé votre premier client, vous avez donc monté votre statut, bien étudié les frais auxquels vous allez faire face et maintenant : comment allez vous gérer vos revenus ?

L’ensemble de l’article sera basé sur un Taux Journalier Moyen (TJM) de 400€ HT, cela représente combien vous allez facturer chaque jour à votre client. Le nombre de jour travaillés sera de 19 jours par mois (ce qui correspond grossièrement à 1 mois et demi d’inactivité / vacances par an).

Au niveau des frais, je prendrai la tranche haute de l’article précédent, soit un total d’environ 600€ par mois.

Tout ce que je vais raconter ici est personnalisable pour votre situation : je vous mets à disposition un simulateur qui vous permettra de tester différents cas (niveau de facturation, frais, pôle emploi, etc.). Gardez en tête que cet article vise à vous donner des ordres de grandeur, il n’a pas vocation à être exhaustif.

(Comme pour les articles précédents, je pars du principe que vous êtes en SASU imposé à l’Impôt sur les Sociétés (IS))

La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA)

Nous payons tous les jours la TVA sur chacun des biens que nous achetons : du restaurant à l’ordinateur, tout (ou presque) est soumis à la TVA. Par contre c’est une taxe qui est indolore pour les entreprises. C’est à dire que vous allez en collectez (en facturant) et en payer (par exemple pour un ordinateur) et à la fin tout s’équilibrera. Vous reverserez l’excédent à l’état à la fin de chaque mois.

Votre premier virement reçu sera donc de 19 x 480€ TTC = 9 120€ TTC qui se transforment en 7 600€ HT. On retire ensuite les 600€ de frais mensuel (voir ici si vous souhaitez calculer vos frais) pour arriver à 7000€ HT.

Sauf que… ! Les 7 600€ HT ne sont pas du tout dans votre poche, rappelez-vous que cet argent appartient à la société et qu’il vous faut maintenant vous les verser via différents dispositifs.

⚠️ Attention : à partir de maintenant, dés que vous pensez entreprise, pensez toujours Hors Taxe (HT).

L’oxygène de votre société : le cash

Toujours garder un peu d’argent de côté pour les coups durs

Tout d’abord, il faut garder un point ultra-important en tête à chaque instant. Le cash est l’oxygène de votre société. C’est ce qui permet à votre société de payer ses charges et d’investir dans son futur (matériel, rendez-vous client, prospection, etc.)

Ainsi je préconise à chaque Freelance que je rencontre de bien penser à garder au moins 15% du Chiffre d’Affaires sur le compte de la société. Vous pouvez considérer que c’est une réserve qui vous servira bien un jour, dans l’année ou même plus tard : coup dur, nécessité d’investissement, absence de contrat, etc.

On arrive donc à un total restant de 7 000€ - 1 500€ HT = 5 500€ HT qui reste disponible pour vous rémunérer à la fin du mois. Et on passe maintenant à la méthode la plus classique que vous connaissez certainement : le salariat !

Votre salaire

« Allo ? Je souhaite me verser un salaire de 2800€ net »

Qui fixe votre salaire ? Lorsque vous êtes indépendant vous n’avez pas de contrat de travail ni de salaire fixé. Vous appelez donc votre comptable chaque mois pour lui demander de vous verser un certains montant, de votre choix.

Sauf que… l’état passe par là quand même 😉

Si vous convertissez entièrement les 5 500€ HT en salaire, vous vous retrouverez avec un revenu net d’environ 2 800€. Les charges que vous paierez se décomposeront en deux parties :

  • Les charges patronales : 1750 euros
  • Les charges salariales : 950 euros

Vous serez alors autant couvert qu’un salarié car vous cotisez de la même manière : la sécurité sociale, la retraite, etc.

⚠️ Attention cependant : vous n’avez pas le droit au chômage si un jour vous arrêtez votre activité. C’est en projet au niveau du gouvernement actuel mais il n’y a rien de garanti pour le moment.

C’est un peu simplifié et les montants ne sont pas parfaitement exacts mais l’ordre d’idée est là

L’impôt sur les sociétés

L’URSSAF, chaque année

Puisque vous avez choisi de mettre de côté 1 500€ chaque mois sur le compte de la société, vous vous retrouverez avec un résultat brut positif à la fin de l’année. Votre société a gagné de l’argent, vous êtes rentable ! 🙌

Sauf que… l’état passe par là encore ! 😁 L’impôt sur les sociétés est dû lorsque la société a un résultat positif. Pour faire simple, de 0 à 33 900€ vous êtes imposé à hauteur de 15% et au delà de 33 900€, l’imposition est augmentée à 28%.

Dans votre cas vous avez « seulement » 15% de 18 000€ à payer, soit 2 700€ d’impôt sur les sociétés.

👏 Bravo, votre entreprise a fait un résultat net positif de 15 300€ 👏

Les dividendes

Et non, ce n’est pas réservé aux grandes sociétés du CAC40 !

En théorie, les dividendes ont pour vocation de récompenser le capital engagé. Lorsque vous avez formé votre société, vous avez choisi un capital social : c’est ce montant que vous allez récompenser en versant chaque année une certaine somme (un peu comme des intérêts sur un PEL).

En pratique, c’est un mode de rémunération relativement accepté qui sert à compléter les salaires que vous vous verserez. Les dividendes peuvent être versées à la fin de chaque année, sur la base du résultat net positif que vous avez réalisé. Vous pouvez donc choisir de vous verser les 15 300€ précédemment calculé afin de « vider » les comptes de la société.

L’imposition des dividendes est beaucoup plus intéressante, vous avez remarqué que l’impôt sur les sociétés a été payé (15% dans la première tranche) et ensuite c’est seulement 15% qui seront à payer sur les dividendes versés. Vous toucherez donc sur votre compte bancaire personnel 13 005€.

⚠️ ATTENTION : les dividendes sont versés lorsque le bilan est prêt (au moins 1 an après le début d’activité)

Pour conclure, gardez en tête que les dividendes ne doivent pas récompenser le travail, ce n’est pas leur objectif et même si c’est toléré aujourd’hui, cela pourrait changer. Attention donc aux dividendes trop élevés 😉

Un savant mélange pour optimiser

Vous l’avez remarqué, il y a tranches d’impositions très différentes. L’impôt sur les sociétés double quasiment une fois passé un seuil. Ainsi le versement des dividendes devient beaucoup moins intéressant.

Il faut donc savoir manier les différents leviers pour verser le bon montant de dividende et de salaire afin d’optimiser votre fiscalité. Par exemple verser plus de dividendes (24000€) et le reste en salaire pourrait vous faire économiser jusqu’à 5% en charges/impôts.

Pôle emploi est aussi un très bon vecteur d’optimisation : vous pourriez avoir envie de garder l’argent dans l’entreprise afin de monter une “vraie” boîte ensuite. Il peut alors être intéressant de maintenir vos droits pôle emploi et ne pas vous verser de salaire.

L’Aide au Chômeur Créant ou Reprenant une Entreprise (ACCRE) permet de bénéficier de baisse de cotisation sur les salaires que vous vous versez, aucune charges patronales ou salariales si vous vous versez moins de 24 000€ / an.

J’ai réalisé un simulateur qui va vous permettre de bien comprendre ces différents enjeux : il est disponible ici.

One more thing… l’impôt sur le revenu

Vous le connaissez certainement déjà très bien, chaque année vous payez l’Impôt sur le Revenu (IR). Le revenu net que vous avez touché est d’environ 4 000€ nets chaque mois, soit environ 48 000€ sur l’année.

Si vous étiez salarié avant, il est probable ce soit un gros changement et que vous sautiez quelques tranches d’impôt. Votre revenu net imposable ne sera pas de 48 000€ car il sera diminué de 5 200€ grâce à une optimisation sur les dividendes (60% seulement est imposable), vous aurez à payer environ 5500€ d’impôts.

Sauf que… avant vous étiez salarié : si vous aviez la chance d’avoir un bon salaire, c’était naturel de payer votre impôt sur le revenu. En tant que Freelance, dirigeant d’entreprise, c’est tout aussi normal de payer l’IR vous avez toute liberté de choisir les salaires/dividendes que vous vous verserez. Vous pouvez très bien lisser sur plusieurs années vos revenus et ainsi éviter de trop augmenter votre impôt sur le revenu.

Il faut mieux gagner 25 000€ deux années de suite plutôt que 50 000€ puis 0€.

Dans ce cas je préconiserai certainement d’arriver à un revenu mensuel avant impôt d’environ 3000€ afin de garder un bon « matelas » dans l’entreprise. A vous de voir ! 👌

L’air de rien… c’est plutôt rentable !

Eh oui ! C’est un statut précaire, plus complexe MAIS c’est plus intéressant financièrement. Généralement un développeur junior avec un salaire de 2000€ net va pouvoir obtenir au moins un TJM comme celui de cet article, 400€ HT / jour.

Il ne reste plus qu’à trouver une mission, n’hésitez pas à envoyer un email à Baptiste Alexandre (baptiste@alxdr.com). Il a un très bon réseau de client et ne peut pas répondre à toutes les demandes !

Je serai ravi de vous accompagner dans vos démarches et si vous avez des questions, n’hésitez surtout pas à m’envoyer un email sur francois@dataheroes.fr, promis : je répondrai ! 👍

Le lancement de la Falcon Heavy, c’est dans moins d’un mois 😉 (normalement !)

Spoiler, le prochain article aura pour titre : La Régression Linéaire expliquée à mon père, stay tuned !

Voir mes précédents articles :

François Vasnier

Written by

Freelance Node.js / Data Science

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade