Une lycéenne française explique pourquoi il est temps de révolutionner l’école
Elsa Cohen
20215

Il est bien difficile d’effectuer un commentaire sans information sur les ouvrages scolaires utilisés aujourd’hui. Ma génération (je suis un soixante-huitard) avait par exemple eu la chance d’étudier dans des ouvrages de français exceptionnels, les Lagarde et Michard, qui sans que nous nous en doutions alors, nous donnaient les clés qui nous permettraient d’orienter nos lectures des classiques dix ans plus tard, parfois quinze. Je m’efforce d’en reconstituer une collection complète aujourd’hui. Y compris le volume “19ème siècle”, car à l’époque, si on suivait une terminale mathématiques, on n’avait pas le droit d’y faire du français de la même façon que les autres années.

Ma génération a également — le temps d’une fenêtre de quelques années, goûté des mathématiques dites alors “modernes” et qui m’ont fait brusquement comprendre que les quatre opérations ne tombaient pas du ciel comme ça, et qu’on pouvait s’intéresser aux relations entre ces opérations elles-mêmes.

Mais cette génération avait comme illustrés “Spirou”, “Tintin” et “Pilote”, qui participaient tout autant à sa formation culturelle. Avec la fin du baby-boom, les deux derniers ont bu le bouillon et le premier a perdu un peu de ses ambitions didactiques pour essayer de garder un lectorat.

Nous ne savons rien de la vôtre. Nous savons juste que nos enseignants étaient issus d’une France majoritairement de petits patrons (petits commerçants, artisans, exploitations agricoles familiales) où les notions d’engagement, responsabilité, correction vis à vis d’autrui, autorité, responsabilité étaent considérées comme des aides essentielles à la survie, voire à la prospérité. Nous savons que celle qui l’a suivie était issue d’une France majoritairement de salariés, où ces outils étaient au contraire perçus comme une contrainte à laquelle il fallait échapper autant qu’on le pouvait.

Peut-être ce texte vous aidera-t-il, à supposer que vous ne le connaissiez pas déjà : http://skhole.fr/paul-valéry-sur-les-diplomes-et-le-baccalauréat

Terminons par une anecdote significative. Une amie dont le fils était au lycée près de la Bastille avait un professeur de mathématiques faisant passer chaque semaine un QCM. Principe du QCM : tout le monde avait 20 au départ, et chaque réponse ou absence de réponse faisait perdre deux points. Or il n’y avait que 5 questions !

Elle s’en est ouverte à une réunion de parents d’élèves, précisant que cela lui paraissait n’avoir aucun sens. Réponse générale autour d’elle : “Nous sommes très contentes de ce professeur. Avec lui, nos enfants ont de bonnes notes” ! Ce qui semble suggérer que le problème, loin de se limiter à l’école, concerne la mentalité des parents eux-mêmes.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.