Bienvenue dans le PIRE DES JOURNALISMES… ou pourquoi George Orwell doit se retourner dans sa tombe.

Autant le dire tout de suite, ‘Bienvenue dans le PIRES DES MONDES, le triomphe du soft totalitarisme’ commis par Natacha Polony et le Comité Orwell auto-proclamé n’est pas un manifeste, encore moins un brûlot, ça serait éventuellement un torchon… mais c’est au fond surtout une belle entreprise d’escroquerie intellectuelle et marketing.

Oui, une escroquerie qui n’excelle véritablement qu’à une chose : un talent marketing indéniable pour se positionner comme un produit culturel à succès (j’en ai été la victime) un comble qui ne manque pas d’ironie vu la posture anti-consumériste affichée par les auteurs. J’ai d’ailleurs pu observer de manière empirique, par exemple chez ceux qui se prétendent marxistes (Marx le premier), que les pires consuméristes dans les faits sont généralement ceux qui tiennent les discours les plus anti-consuméristes.

En premier lieu, en qualifiant de ‘soft totalitarisme’ la situation actuelle des démocraties occidentales, ce livre est une véritable injure faite à toutes les victimes des véritables régimes totalitaires d’hier et d’aujourd’hui. Il fait également injure à l’intelligence du lecteur, en faisant oeuvre de mystification conceptuelle sur une notion aussi essentielle, et encore une fois bien galvaudée, que le totalitarisme. Les auteurs se posent d’ailleurs rhétoriquement la question : “n’est-ce pas une sorte de slogan journalistique vide de sens?”. Bonne question, la réponse est, manifestement : oui.

“En quoi notre soft totalitarisme possède-t-il des traits ou des caractéristiques totalitaires?”, une autre bonne question que se posent les auteurs. Rappelons que la notion de totalitarisme a été conceptualisée après guerre pour désigner l’Allemagne nazie et la Russie stalinienne (rien de soft donc) des régimes qui malgré leurs différences, présentaient un ensemble de caractéristiques communes. Parmi tous les intellectuels qui vont théoriser cette question outre Orwell, Hannah Arendt avec son oeuvre maîtresse ‘Les origines du totalitarisme’ est certainement la figure la plus connue. Il est à noter pour mémoire que tous ces intellectuels vont être mis à l’index par une grande partie de la gauche qui trouvait inacceptable de mettre les nazis et les staliniens dans le même panier (ce sont les mêmes qui aujourd’hui s’enthousiasment pour Cuba, ou vont nier la montée du totalitarisme islamique).

En substance un régime totalitaire c’est quoi? :

Un leader infaillible à la tête du Parti unique qui est l’objet d’un culte du chef permanent, l’absence d’élections libres autres que des simulacres référendaires à bulletin unique, un Parti unique qui contrôle l’intégralité de la vie d’un être humain sans aucun contre-pouvoir ou vie privée, la disparition de l’Etat de droit et la soumission de tout l’appareil judiciaire à l’arbitraire du Parti, la suppression de toute forme d’opposition (politique, sociale, culturelle, souvent religieuse), la désignation d’ennemis à éliminer physiquement (le juif, l’ennemi du peuple, le bourgeois, le rouge, l’anarchiste, l’intellectuel, le révisioniste, le chrétien, le non-musulman, le membre du Falun Gong en Chine, etc l’imagination des dictateurs est sans limite lorsqu’il s’agit de viser une population de bouc-émissaires à éliminer), un embrigadement généralisé de la population dès l’enfance (avec toujours beaucoup d’attention pour le système éducatif pour endoctriner au mieux), une police politique, l’usage de la torture, les camps, le goulag, la guillotine, la pendaison, le peloton d’exécution ou l’internement psychiatrique pour délit d’opinion, la terreur comme moyen principal de gouverner s’appliquant à tout le monde y compris les membres du Parti, le monopole sur les moyens de communication et d’information, une propagande constante qui n’est qu’un tissu de mensonges omniprésent, une idéologie unique qui supprime par la violence toute forme d’idées alternatives ou d’esprit critique, qui éradique toute liberté d’expression, de créativité ou de spontanéité. Et puis la peur, toujours là, d’être arrêté par des hommes en noir au beau milieu de la nuit, qu’on ait fait quelque chose ou non peu importe, et d’être éradiqué de la surface de la terre sans qu’il y ait la moindre trace de votre existence.

On le voit c’est quand même pas rien tout ça. Polony & co s’en sortent pour justifier le terme de soft totalitarisme en émettant l’hypothèse que dans nos régimes on aurait substitué un consentement volontaire et fabriqué à la violence physique. C’est quand même conceptuellement très léger, et très malhonnête, comme pirouette linguistique : qu’il y ait des formes d’oppression et de contrôle social qui existent dans nos sociétés (et je vais y venir) c’est indéniable, mais il est manifeste que le prisme du totalitarisme ne permet pas de rendre compte efficacement de la réalité qui est le nôtre. C’est un abus de langage caractérisé typique d’un journalisme à sensation. On pourra en revanche, comme les auteurs le font bien volontiers, parler de totalitarisme islamique tant le prisme totalitaire initial est là pour le coup pertinent.

Il est néanmoins à noter que les auteurs ne se posent strictement aucune question sur les autres totalitarismes contemporains, et c’est bien une des résultantes de cette vision relativiste et intellectuellement ‘hors sol’ du phénomène. On pourrait par exemple se demander si la ‘managed democracy’ de la Russie de l’ex-officier du KGB et kleptocrate notoire Poutine, visiblement bien parti pour être président à vie, avec des exécutions aléatoires de journalistes et d’opposants de temps en temps, n’est pas du soft totalitarisme. On pourrait surtout se poser la question d’un totalitarisme ‘hard’ concernant la Chine.

Les auteurs tiennent à cet égard des discours assez hallucinants sur le communisme et leurs déchets politiques. La chute du Mur de Berlin n’est pas décrite comme la fin des dictatures soviétiques à l’Est, mais ‘la fin de l’utopie communiste (…) qui socialisait encore beaucoup de jeunes d’origine immigrée en banlieue’. On ostraciserait injustement la Chine de Xi Jinping pour sa répression de sa minorité musulmane ouïgour : je ne sais pas ce qu’ils font à ces pauvres ouîgours, mais une chose est sûre, la répression politique et économique s’applique à plus de 1,5 milliards d’habitants. “Il faut cesser de faire la leçon à la Chine sur ce qu’elle considère relever de sa souveraineté”. “La Russie et la Chine n’entendent pas céder aux sirènes du néolibéralisme”. “Les deux pays ont une conception très traditionnelle de leur souveraineté et n’acceptent pas les ingérences des néolibéraux occidentaux, au nom de la démocratie et des droits de l’homme”. “La Chine et la Russie ne sont-elles pas les deux nouveaux ennemis du camp du Bien que prétend incarner la démocratie américaine”.

Une telle fascination et compromission avec des régimes a minima autoritaires, et franchement totalitaires en ce qui concerne la Chine, a de quoi laisser perplexe de la part de journalistes censés défendre la ‘vraie’ démocratie dont nous serions privés… et nous interroger sur ce qu’ils envisagent réellement pour nous comme régime ‘vraiment’ démocratique. Il y a par ailleurs une véritable haine viscérale, et assez glaçante, exprimée en continue à l’encontre de la liberté individuelle, avec toutes ces expressions employées dans un sens négatif : ‘primat de l’individu’, ‘hyper-individualisme’, ‘le règne sans partage et le caractère indépassable du bon plaisir individuel’, ‘la prééminence absolue de l’individu dont il s’agit de laisser s’épanouir les talents’, ‘l’individu comme mesure de toutes choses’… et la plus belle pour dénoncer l’idéologie prétendument soft totalitaire qui serait la notre : “une construction idéologique purement individualiste dans laquelle chacun oeuvre à l’affirmation de son moi en dehors de toute communauté nationale, de tout destin collectif”. Cette dilution prônée de l’individu au nous collectif, constitutive d’un régime totalitaire, a de quoi dérouter de la part de gens qui prétendent prôner “la liberté d’expression et le pluralisme des idées”.

Je crois qu’il y a déjà là suffisamment pour que ce pauvre George Orwell se retourne dans sa tombe, lui socialiste libertaire que l’on fait la figure de proue d’un ‘souverainisme identitaire’ prôné par Polony & co (je me demande où on pourrait trouver chez Orwell une défense de ce genre d’ idées?!), qui a fait du combat contre le totalitarisme tout le sens de son action et de son art. Mais il y a beaucoup plus pour perturber son repos éternel : et c’est celle, injure suprême faite à un auteur, de se réclamer de lui, de se servir de son nom comme caution morale et intellectuelle, non seulement à des fins commerciales mais pour vérouiller à la base toute objection… sans l’avoir lu. L’essai est saupoudré de citations pour donner un air d’érudition orwelienne, mais le verni est bien mince, et il est manifeste que les membres de ce prétendu comité Orwell n’ont ni lu ni compris Orwell, à commencer par son oeuvre maîtresse : 1984. Une oeuvre qu’il est pour le coup urgent de lire pour faire sens des despotismes à l’oeuvre aujourd’hui. Une oeuvre que les auteurs n’ont même pas la probité intellectuelle minimum d’analyser et expliciter, alors que ce fameux comité a pour prétention de diffuser ses idées.

1984 est bien sûr très largement inspiré par l’expérience que fait Orwell du stalinisme pendant la guerre civile espagnole. Volontaire au sein du petit parti socialiste libertaire POUM (qui sera physiquement éradiqué par les commissaires politiques communistes), Orwell n’aura à partir de là de cesse de dénoncer le totalitarisme. Pourtant si l’univers stalinien inspire 1984, il serait réducteur d’y voir essentiellement une satire du stalinisme. Orwell explique qu’il a surtout voulu montrer dans quel genre de monde aimeraient vivre les classes moyennes intellectuelles et managériales de son temps, consciemment ou inconsciemment fascinées (comme visiblement Polony & co) par les régimes totalitaires, où ils s’imaginent prendre enfin le pouvoir, un pouvoir absolu sans égal dans l’histoire…

Les sources d’inspiration de 1984 sont deux textes qu’on a pratiquement oublié: ‘Nous autres’ un roman satirique de science-fiction du russe Zamiatine (1920) et l’essai ‘La Révolution Managériale’ de l’américain Burnham (1941). ‘Nous autres’ est une satire de la Russie léniniste, et de l’introduction par Lénine du taylorisme, ou organisation scientifique du travail (la pire méthode de management capitaliste qui soit) dans l’économie et la société russe. Ce roman imagine un monde où, conformément aux fantasmes tyranniques de Taylor et Lénine, toute la société est taylorisée, ce qui conduit à un despotisme cauchemadesque. ‘La Révolution Managériale’ quant à elle énonce la thèse selon laquelle une nouvelle classe, la classe managériale, est en train de prendre le pouvoir, et voit dans l’Allemagne nazie et l’URSS l’avènement de ce nouveau pouvoir technocratique.

Orwell explique bien dans 1984 que la société qu’il décrit est en réalité une société ‘post-totalitaire’ (assurément un bien meilleur terme que ‘soft totalitarisme’) aux mains d’une nouvelle oligarchie despotique issue de ces classes moyennes intellectuelles et managériales qu’il observe finement:

“Quel type de gens allait contrôler ce monde était évident. La nouvelle aristocratie était composée pour la plus grande part de managers, scientifiques, techniciens, syndicalistes, publicistes, sociologues, enseignants, journalistes et professionnels de la politique. Des gens beaucoup plus affamés de pouvoir que les tyrans du passé et plus enclin à écraser toute forme d’opposition.” On notera la présence des journalistes dans la liste… et je ne peux m’empêcher de penser que des journalistes à la Polony & co sont en ligne de mire d’Orwell (j’y reviendrai en conclusion).

En d’autres termes, s’il y a idéologie dominante aujourd’hui, c’est d’une idéologie managériale qu’il faut parler, à la fois dans le respect des idées d’Orwell mais devant le constat que la révolution managériale s’est bien produite à partir des années 60/70 avec un capitalisme de plus en plus fragmenté. Prétendre, comme Polony & co, que l’idéologie dominante d’aujourd’hui est le néo-libéralisme, le libre-échangisme, la mondialisation, la financiarisation, c’est en réalité complètement dépassé comme grille de lecture. Et il est étonnant que le comité Orwell ait pour membres un directeur et un professeur d’une école de commerce, car c’et bien dans ces lieux que la véritable idéologie dominante est enseignée. Et pour le coup personne n’en parle.

Elle est enseignée, non pas ouvertement comme une idéologie, mais comme un ensemble de techniques de management ‘neutres’ — marketing, stratégie, comptabilité, finance, ressources humaines, etc — qui sont en réalité des outils de domination managériale au sein des entreprises — domination productiviste, quantitative, court-termiste — permettant au final un pressage de citron et une soumission maximales de la part des employés, avec également des techniques d’enrichissement maximal de cette nouvelle oligarchie (bonus, stock options, etc) . Cette idéologie qui ne dit pas son nom est de plus en plus déconnectée de la réalité, elle a des effets de plus en plus catastrophiques, avec pour conséquence un capitalisme managérial de plus en plus criminogène. C’est là qu’il faut regarder pour comprendre les crises financières à répétition que nous connaissons, et celle de 2008 ne sera pas la dernière : mon pronostic depuis longtemps, la prochaine viendra de Chine et de son système financier totalement vérolé et corrompu.

Ce livre n’est pas du tout un travail journalistique s’appuyant sur des investigations, des recherches, sur une expertise technique quelconque (on parle beaucoup d’économie mais aucun n’est économiste de formation dans le groupe, Polony est agrégée de lettres). Ses auteurs prétendent faire entendre “une autre voix dans un paysage médiatique trop uniforme sur des sujets souvent oubliés par les grands médias”. Or ses auteurs distillent jusqu’à la nausée (c’est réellement que j’ai fini par ressentir au bout d’un moment) des opinions qui saturent aujourd’hui les cafés du commerce, l’opinion publique, les urnes et la multitude de médias ‘alternatifs’ qui prospèrent tant dans la presse écrite que sur le Net.

Ce serait faire trop d’honneur à ces opinions ‘anti-libérales, anti-libréchanigistes, anti-consuméristes, déclinistes, technophobes, souverainistes, identitaires, politiquement incorrectes, anti-multicultaristes, anti-cosmopolites, anti-droitdelhommistes’ etc. que de les exposer en détail, ma critique est déjà assez longue. Je le dis sans jugement de valeur aucun ou tentative de diabolisation pour le coup, ce sont globalement des opinions qui rentrent parfaitement dans le discours d’une Marine Le Pen, qui elle aussi d’ailleurs, dans un exercice stupéfiant d’inversion des valeurs, se réclame de la pensée d’Orwell… Comment sérieusement imaginer qu’Orwell voterait FN? Mon pauvre Orwell, que de conneries ont dit en ton nom… pardonne-les, ils ne savent pas ce qu’ils font.

Quelques perles tout de même… Vous serez heureux d’apprendre que les primaires et la nomination de François Fillon sont une illusion de démocratie, et que seul Jean-François Poisson bousculait la ‘doxa européiste’. Que les excès du capitalisme ont conduit au communisme en Russie en 1917 (un pays largement féodal et agraire). Qu’Al-Qaida a surtout frappé le système financier américain et que défendre Wall Street devenait un enjeu patriotique. Que le modèle anglo-saxon mène un combat sans relâche contre le modèle français (on imagine bien qu’ils n’ont que ça à faire). Que les votes des électeurs ne changent pas grand chose (on pourra dire ça aux Américains, Britanniques, Polonais, Hongrois, Italiens, Autrichiens). Que la communauté homosexuelle possède ‘une culture de l’apparence et de la pulsion consumériste’. Que l’on a une ‘mesquinerie et du ressentiment exprimés par les revendications des gays, des partisans de la théorie du genre ou de la fierté noire’. Qu’il était inadmissible qu’ “une cantatrice noire-américaine, Jessye Norman, entonne l’hymne national La Marseillaise” aux célébrations du 14 juillet 1989. Que le libre échange c’est mauvais, mais que par contre l’agriculture fait la grandeur de la France en étant fortement exportatrice et créant ainsi des emplois.

Concernant les fameux GAFA, on apprendra surtout que le principal problème qu’ils posent c’est qu’ils sont américains et que nous devrions avoir des GAFA bien de chez nous, comme les Russes et les Chinois (rien n’est dit au passage sur l’utilisation totalitaire de ces clones locaux). Je vous laisse juger par vous même de la puissance de l’analyse : “Car, avec leur monopole sur le traitement des données, ces nouveaux trusts du numérique touchent à tous les domaines de l’activité humaine, à la vie privé, au comportement des individus. En développant une idéologie hyper individualiste, en valorisant le concept de communauté d’utilisateurs hors frontières, ils ont monté les populations contre les Etats et ceux qui sont censés les incarner, pour mieux asseoir leur domination”. Mais rassurez-vous, vous pouvez bien sûr écrire un mot sur la page Facebook du Comité Orwell ou acheter le livre sur Amazon, où il fait un carton… des actes forts courageux et cohérents idéologiquement, on le voit, de ‘soft résistance’ de la part des membres du Comité Orwell à un système de ‘soft totalitarisme’. Chapeau bas.

Ma préférée est celle de la récupération de la minute de la haine dans 1984, où les membres du Parti se déchainent contre l’image d’Emmanuel Goldstein (le grand résistant à Big Brother dans le roman, qu’on apprend être en fait une construction du pouvoir pour canaliser les opposants)… où ce sont aujourd’hui Jean-Marie et Marine Le Pen qui ont pris la place d’Emmanuel Goldstein (sacré honneur qu’on leur fait!) les auteurs fustigeant au passage les ‘fascismes imaginaires’. Sans commentaire, autre toutefois que Polony &co permettent un décryptage du fond autoritaire et liberticide de ce fascisme lui aussi ‘soft’ (?) dans ses nouveaux habits post-totalitaires.

On apprendra avec soulagement que ‘les journalistes, à titre individuel, font leur travail avec conscience et dévotion’ Ha bon, vraiment? Je me fous royalement du vote des membres du Comité Orwell, ils peuvent voter FN, UPR, ou Poisson ou pour qui bon leur semble, ça m’est complètement égal. Même si leurs idées ne sont pas les miennes, ils ont bien sûr parfaitement le droit de les exprimer… et on mesurera d’ailleurs dans l’existence et le succès commercial de ce livre toute la férocité de ce ‘soft totalitarisme’ (imaginaire lui aussi peut-être?).

Ce qui est vraiment désespérant, je crois, c’est que ce type d’ouvrage est surtout un révélateur, pour le coup très inquiétant, d’un véritable rétrécissement démocratique : à savoir la disparition d’un certain journalisme se voulant objectif et celui d’investigation… au profit d’un pur journalisme d’opinion, produit par des gens qui n’ont strictement aucune expertise et légitimité technique sur les sujets couverts. Nous assistons au final à l’instauration d’une dicature d’opinion ‘hard’ que cette caste prise d’hubris post-totalitaire nous impose chaque jour un peu plus. Cette dictature d’opinion qui caractérise le journalisme contemporain est la généralisation de la propagande idéologique indissociable de tout contenu journalistique, où que l’on se tourne, à droite comme à gauche.

Le seul choix qui soit offert c’est de pouvoir choisir le type de propagande qui nous convienne le plus d’entendre, ou (ce que je fais) de croiser plusieurs sources de propagande pour essayer tant bien que mal de reconstituer les faits et de former une opinion. Nous sommes tous devenus des soviétologues, lisant entre les lignes de nos Pravdas contemporaines pour deviner ce qui se passe réellement dans le monde. Ou comme ces allemands sous le nazisme qui comprenaient que l’armée battait en retraite… vu que les lieux des victoires remportées se rapprochaient inexorablement de Berlin.

Alors oui, comme le prophétisait bien Orwell malheureusement : bienvenue dans le PIRE DES JOURNALISMES POSSIBLES. CELUI DE L’ART DE LA PROPAGANDE ET DU MARKETING QUE REPRESENTE BIEN CE LIVRE.

Post-scrimptum pro-européen

Je retiendrai toute de même, en positif, de ce livre cette définition de l’Europe, qui est censée être négative pour les auteurs, mais que je trouve paradoxalement en fait très belle, et que je fais volontiers mienne :

“Plus profondément, si l’on pousse la logique de la construction européenne jusqu’à son terme, si l’union de l’Europe devait être parachevée, un Italien pourrait se sentir chez lui en Pologne et un Polonais à la maison en Italie.”

C’est exactement ce que j’ai ressenti avec joie au UK pendant 7 ans, où je fus accueilli chaleureusement comme un des leurs, comme un cousin germain avec juste un drôle d’accent français. C’est d’ailleurs au UK que je me suis senti le plus Français de ma vie, car pour la première fois dans ma vie personne ne me renvoyait à la figure mes origines espagnoles.

Je n’aurais pas dit mieux concernant la noblesse du projet européen : comme quoi c’est aussi en lisant la pire des propagandes qu’on peut au final se faire sa propre opinion!