Le réseau et ses idées reçues : tour d’horizon et bonnes pratiques

« Je n’ai pas de réseau », « Il faut que je travaille mon réseau »… Qui n’a pas entendu ces phrases prononcées au détour d’une conversation professionnelle ? C’est d’ailleurs souvent lorsqu’une amie ou collègue se trouvent dans une situation délicate qu’on les entend. « Ne pas avoir de réseau », ça sonne comme un vrai problème. Mais en fait c’est quoi, « avoir du réseau » ? Des contacts en veux-tu en voilà, du bruit, des sorties, de la vénalité, du piston ? Et si le réseau c’était d’abord une façon de nouer, d’entretenir et de développer des relations certes professionnelles, mais avant tout basées sur la confiance ? N’est-ce pas là une vision plus constructive de ce terme trop souvent galvaudé ?

Ce que le réseau n’est pas

On associe souvent le mot réseau à un groupe de personnes qui se connaissent et qui se « pistonnent » les unes les autres, indépendamment de leurs compétences réelles : on pense que pour réussir, il faut en être. Et dommage pour les autres.

Ou alors, on voit le réseau comme une catégorie fourre-tout et très opportuniste : c’est tout le monde et personne. Et là, fièrement, on exhibe le nombre de cartes de visites, le nombre de contacts LinkedIn.

Le réseau, c’est également perçu comme un ensemble de comportements opportunistes, qui rendent pénible la personne rencontrée il y a quelques minutes ; cela commence par du namedropping et se poursuit par une attaque commerciale en règle.

Le réseau, le bon, n’est rien de tout cela. Est-ce pour autant du bavardage et du copinage ? Non, pas vraiment. « Faire du réseautage » implique une démarche volontaire en vue de nouer des liens durables et de les entretenir. Pourquoi est-ce souvent compliqué pour nous, les femmes ? Parce que cela suppose d’apprendre à parler de soi, et de mettre en avant ses réalisations et ses attentes.

Et cela suppose surtout d’apprendre à demander. Ce n’est pas ce que nous préférons car nous avons souvent peur du refus, ou de devoir quelque chose quand nos demandes sont entendues. Et si le réseau, c’était avant tout le fait de savoir écouter, poser des questions, rendre service et se rendre service ? S’intéresser aux autres c’est créer de la valeur. Pour les autres et pour nous.

Le réseau en chiffres

Une étude réalisée en 2015 sur les facteurs de réussite des réseaux professionnels met en avant une pratique quotidienne différente de la vision idéale du réseau. 66 % des personnes interrogées estiment qu’entretenir un réseau professionnel est indispensable pour progresser. Pour 85 % d’entre elles, le réseau se construit également au gré des opportunités. 15 % ont en revanche une démarche construite.

L’étude révèle des différences dans la façon dont les hommes et les femmes réseautent. D’abord, elles ont un réseau plus petit, préférant la qualité à la quantité. Ensuite, elles entretiennent des relations de confiance. Les hommes mettenten avant le fait de rendre et de demander un service. Enfin, l’étude met en évidence le fait que les femmes sont aussi moins satisfaites de leur réseau : elles n’en maitrisent pas les codes etelles ne savent pas trop comment s’y prendre.

Donner et recevoir

Ces deux verbes magiques pourraient constituer une belle amorce de solution. Adam Grant démontre dans son livre « Donnant et donnant, quand générosité et entreprise font bon ménage » que donner et réussir sont compatibles.

Les donneurs sont ceux qui réussissent le mieux à long terme, ils devancent les preneurs et les échangeurs. Le réseau, c’est donc d’abord une façon de vivre, un savoir être plutôt qu’un savoir faire. Penser aux autres pour qu’ils pensent à nous, les aider pour qu’ils aient envie de nous aider. Contrairement aux apparences, ce n’est pas de l’opportunisme mais un échange gratifiant.

Ce savoir être repose aussi sur des valeurs communes : l confiance d’abord, le respect des engagements pris ensuite. Faites ce que vous avez dit, tenez vos promesses, donnez suite aux propositions que vous avez faites. Une mise en relation, un article à envoyer… Si vous n’avez ni le temps, ni l’envie, ne proposez rien !

Le réseau, utile quand ça va mal… mais construit quand ça va bien

Un réseau n’assure pas le succès d’une carrière, ce serait trop simple. Pourtant, son absence peut être un frein à notre développement professionnel. Le réseau, on y pense souvent par réflexe quand tout va mal.

Pourtant, c’est quand tout va bien qu’il se construit. Et ses retombées positives seront précieuses en période difficile : être recommandée, visible, mais aussi, avoir accès à une information de qualité sur un marché, une entreprise ; être contactée lorsqu’une opportunité se présente.

Un bon réseau , c’est surtout avoir des contacts de qualité, qui permettent d’atteindre un objectif rapidement. Oui, vous avez bien lu : la qualité plutôt que la quantité, et aussi des contacts diversifiés. Cette richesse vous ouvrira les portes d’autres secteurs, métiers et générations.

Et maintenant, on fait quoi ?

« Osez, ayez de l’audace ! » : ce discours, qui constitue une forme d’injonction, vous l’avez probablement déjà entendu. C’est motivant sur le moment mais cela ne recouvre aucune réalité concrète. Quand l’énergie retombe viennent les questions : oser, d’accord, mais comment faire ? Et si on oubliait l’injonction à l’audace pour avancer tout simplement étape par étape ? S’entraîner, pas à pas, sans avoir pour objectif immédiat de renverser des montagnes, c’est déjà une excellente chose.

Pour ce faire, partons sereinement àla chasse aux mauvaises habitudes et au lot de culpabilité qui les accompagne. Un exemple concret ? La pause déjeuner doit cesser d’être le moment où l’on s’avance dans son boulot en mangeant un sandwich devant son ordinateur. Un déjeuner réseau est une bien meilleure option ; et c’est aussi un moment de travail. Alors organisons notre semaine pour déjeuner utile et agréable un ou deux midis.

Apprenons aussi à parler réseau : par exemple, formulons clairement nos demandes. Entre nous, vous verrez que la majorité des personnes sollicitées répondent présentes une fois qu’elles sont en face d’une demande claire et précise. Contrairement à ce que vous pouvez penser, exprimer vos attentes ne vous met pas en position de faiblesse. Au contraire : cela valorise votre interlocuteur ou interlocutrice, qui pourra mettre son expertise au service de votre demande, et cela vous met en situation de professionnalisme assumé.

Alors, ni une ni deux, foncez ! Avec un bémol cependant : choisissez plutôt des demandes faciles à satisfaire, qui ne demandent pas trop d’efforts à votre interlocuteur. Plutôt qu’un nouveau job, demandez par exemple, un avis sur votre futur projet professionnel. Et vous serez surprise des mises en relation pertinentes qui pourront vous être spontanément proposées.

Et puisque que le réseau est aussi une affaire de temps, organisez ce temps et planifiez les activités liées au réseau comme n’importe quelle autre activité. C’est le moment où vous prendrez soin de votre carrière, de vos ambitions actuelles et futures. Reprendre contact, féliciter l’un pour sa promotion, mettre en contact un autre avec votre ancien patron, c’est une activité à part entière qui contribuera à construire des relations durables, basées sur une confiance mutuelle et non sur un opportunisme avide, qui de toute façon serait contre-productif.