Pourquoi j’ai banni le verbe “Osez !” de mon vocabulaire

Le verbe oser est partout, c’est le leitmotiv de l’empowerment au féminin, la solution miracle ! Et pendant un temps cela m’a effectivement motivée, et inspirée sur le moment. Mais aujourd’hui, je sature. J’y vois une nouvelle injonction qui n’offre pas de clés d’action concrètes, car oser c’est bien joli mais comment ? Ai-je vraiment besoin d’encouragements qui sonnent souvent comme un ordre et qui m’ont amenée à culpabiliser encore plus que d’habitude, me faisant prendre conscience qu’en gros, je n’osais pas oser ? Alors j’ai dit stop. Retour sur mon histoire.

Le verbe “Oser”, l’époque où je le subissais… Et où je le pratiquais

Oui, il fut un temps où j’étais imprégnée de l’encouragement à oser. Inspirée, boostée par des conférences, ateliers, j’étais sous le charme des role models. Oui mesdames, Osez ! Il est possible de réaliser vos rêves, VOTRE ambition ! Et c’était gagné, je quittais la soirée la tête dans les étoiles : le champ des possibles, c’était pour moi et c’était tout de suite ! Mais le lendemain matin, la première question : comment faire ? Pas de réponse bien sûr.

Je ne me suis pas découragée. J’ai lu des livres, j’ai continué à assister à des conférences, j’ai travaillé avec un coach, j’ai cherché des réponses, en espérant sans doute trouver des solutions miracles. J’ai aussi observé mes pairs, je me suis comparée, j’ai essayé de comprendre les recettes du succès. Et là, j’ai eu l’impression que le monde se divisait en deux catégories de femmes : celles qui ont tout compris, c’est-à-dire les gagnantes… et les autres, celles qui rament, qui se cherchent et qui ne savent pas trop comment y arriver. Mais le jeu en vaut bien la chandelle, n’est-ce pas ? On nous parle tellement de nos ambitions et de nos rêves. Il faut payer de sa personne pour obtenir ce que l’on veut et atteindre ses objectifs. Alors oui, on avance en force. Mais à quel prix ?

Les limites du “Osez !”

Osez, le verbe vous colle à la peau. Vous êtes convaincue, mais pas convaincante. Votre posture, votre langage traduisent une autre vérité. Ce manque de confiance en soi, cette peur de l’échec, ce besoin d’être parfaite… la liste est longue. Une image pour la résumer : la bonne élève. Une lutte entre ce que l’on sent possible et ce que l’on attend de nous. Et la petite voix qui nous dit « Est-ce fait pour toi ? En es-tu capable ? » Et boum, voici la culpabilité.

Je voulais faire autrement mais ne trouvant pas les solutions, je me suis rendu compte que je n’osais pas oser. Et c’est reparti pour un tour, le cercle vicieux est enclenché. Et puis l’armure se fend : il est temps de renoncer à être parfaite et de vouloir plaire à tout le monde. Et si je m’autorisais à l’écouter vraiment, cette fameuse ambition, si j’écoutais ce qu’elle me dit ? Si je m’autorisais réellement à essayer, à me tromper ?

L’abandon du “Osez !” et le soulagement qui en découle

J’ai compris que chaque chemin, chaque parcours est différent. Que les solutions clés en main n’existent pas et les changements radicaux non plus. Avec soulagement et un immense sentiment de libération, je suis partie à la recherche de ma vérité (et de mon ambition donc). Et pas de façon théorique. En me mettant en situation de faire.

C’est là que j’ai progressivement pris confiance, en réalisant de petites choses qui, mises côte à côte, ont donné de belles choses. J’ai repensé aux échecs, aux obstacles franchis et je me suis souvenue de cette énergie. Je me suis dit « Puisque tu as déjà survécu à cela, tu devrais pouvoir te débrouiller ».

Cette prise de conscience, sans pour autant nier les difficultés de demain, m’a ouvert des portes que je pensais fermées. Des rencontres, des opportunités professionnelles, des choix concrètement ambitieux se sont révélés à moi, et m’ont poussée à passer de ma zone “de confort” à celle “de génie”, éclatant dans le même temps mon propre plafond de verre.

Par quoi j’ai remplacé le “Osez !”

Qu’est-il devenu, ce verbe “Osez” ? Il est devenu “se permettre”, “tenter”, “s’entraîner”.

Se fixer des objectifs ambitieux ? Oui c’est normal, on parle ici de mes rêves, de ce qui m’anime. Mais pourquoi ne pas les découper en micro-tâches plutôt qu’en grande ambition immédiate ? C’est très efficace, les micro-tâches : fini le découragement, les doutes, la peur, les résistances. Ce sont les petits pas chers au Kaizen japonais : l’amélioration continue, l’évolution permanente plutôt que les changements radicaux. Là, oui, ça fonctionne : nous pouvons toutes être prêtes à choisir et à déterminer notre premier petit pas pour initier le changement.

Le chemin de la réussite n’est pas facile, alors soyons fières de notre parcours : célébrons nos succès (c’est bon pour la confiance en soi !). Et les échecs ? Eh bien disons qu’ils font partie de notre vie. Parlons plutôt d’une culture de l’apprentissage, d’essayer, de rater, de recommencer. S’entraîner, c’est commencer, continuer jusqu’à “parfaire le geste”.

Ilios Kotsou, dans son livre “Éloge de la lucidité”, nous invite à la douceur envers soi, à vivre les situations difficiles sans jugement, en s’auto-observant avec bienveillance et douceur : “Cette compassion pour soi nous permet de renouer avec notre propre fragilité, de dépasser l’illusion de la perfection humaine et de vivre pleinement qui nous sommes”, écrit-il.

C’est cette bienveillance-là qui a remplacé pour moi l’injonction du verbe “Osez !”. Et j’ai tellement gagné au change.

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