Ecritures

Tandis que je lui contais le pays des secrets

Polyne mon amie s’est tendrement endormie.

J’ai baissé la flamme sur le langage de ses traits,

J’ai tiré le calame de mon écrin d’ivraie

Pour traduire le chapitre de son anatomie.


A l’index ma plume bave, vire et survolte,

Ma hampe ouvre une large boucle à la marge

Guidant un doigt sûr vers le prolongement d’une ligne de pied.

D’un geste furtif l’encre coule sur son grain désinvolte

Dessinant les courbes pleines de ses jambages

Mes lettres courent sur le feuillet de son corps copié.


Plus l’inspiration me sidère, plus la frénésie opère,

Je pompe Eros, Sapho, Salammbô et Circé,

Les pages ne sont plus sages, je la couche sur le papier

Pour décrire les rondeurs de son Q et imprimer de vils caractères.


Je gratte l’épître endiablée de ses cambrures dévoilées

Toute idée prétexte à vagues à bondage.

Je gribouille, je barbouille, je vais tâcher l’effeuillée.

J’écrivasse, j’écrivaille, d’égarements en caviardages.

Quand une perle d’encre vient souiller le cahier

Je vois Polyne s’agiter et rêver.

Instant de reddition avant la ré-édition.