Mâle de mer

Bientôt tu seras la femme de l’eau.
Glacé à l’idée de la terrible aventure
Du fier océan qui chahute ta voilure
De ta pensée abandonnant mes coteaux.
De désirs amers la nausée noie ma poitrine.
Savoir ce corps d’eau courant sur ton arène marine,
Carène ondulant aux rythmes des marées salines.
Le doux visage de mes rêves me mord les tripes
Et m’inonde comme la lame que le rivage dissipe.
L’obscurité te recouvre, je ne peux plus te voir,
Tu affoles mon cœur battu par les flots noirs,
Je dérive, je bois la tasse, j’écume le flux.
Mon frivole oiseau de mer a disparu.
Je relève le front pour caresser l’horizon,
Je cherche ta route, déboussolé par la trahison.
Dans l’espace infini tu poursuis ton voyage,
Mon mat invitant les pires orages,
Je tangue ivre de mon naufrage.
Mon âme échouée sur un écueil fragile,
Je suis éperdu sans îlots fertiles.
Pâle, défait, je rame solitaire,
Je m’éteins, tu as a quitté ma terre.
Je rassemble mes malles et mes désespoirs
Le vent lourd jette la pluie, je n’affalerai plus ta voile
Le frêle esquif se cabre, je vais sombrer sans voir
Tes haubans qui dorment sous ma toile.
Mon étrave s’abîme dans l’onde d’un soir.