Écrire

Écrire. Après avoir couché sur électrons deux fois 75 mots à propos d’obligation et d’interdiction (pour parution en décembre 2016). Écrire à propos d’écrire. Faire référence à l’acte d’Écrire, avec un É majuscule, et éviter d’écrire tout simplement, avec un é minuscule. Minimiser mes mots parce que mes idées sont trop grandes (toujours).

Étirer. Étirer sa journée, ce soir, de quelques heures, dans les prochains jours, par le matin. Ajouter des heures à toutes celles qu’on a déjà au calendrier ou tout simplement à la vie qui coule, qui arrive, qui nous entraîne, qui nous berce. Comblé de mes journées, j’ai quand même encore besoin d’un peu d’extra, comme si j’étais gourmand de mes heures. Voler au sommeil des moments de solitude en réseau.

Comblé. Vraiment, souvent j’y pense, je le dis à voix haute même, chanceux. Toucher du bois. C’est précieux et fragile. Pas besoin de vous faire l’inventaire. Conscient d’être privilégié, peut-être un peu parce que j’ai passé par des bouttes pas mal plus rough par le passé. Voir évoluer ma famille autour de moi, mes amis, mes collègues de travail, c’est beau à voir. Avoir l’impression de vivre à une époque extraordinaire, même si à tous les jours les nouvelles peuvent me déprimer. Le défi du 21ème siècle: concilier idéalisme et réalisme, encore plus dur que le travail et la famille.

Allumé. Beaucoup de belles choses se préparent pour la rentrée. Évolution et continuité. Cette nette impression d’être dans le bon chemin, d’avoir fait les bon calls. Je me souviens clairement de ce moment, point de bascule, ou j’ai fait le choix de propulser ma vie personnelle et professionnelle avec un moteur qui carbure à l’intuition, l’espoir et mes convictions. Est-ce que je pouvais vraiment “prévoir le futur” quelques années d’avances? Me semblait. Me semblait aussi qu’il y avait un mécanisme assez clair de “prophétie annoncée”, que de le dire et de le faire c’était un des moyen de le faire arriver pour de vrai.

C’est pas comme si c’était vraiment magique, mais il y a un petit quelque chose de grisant dans cet acte de foi. C’est comme faire du skateboard, pour réussir la figure, pour lander le trick, faut avoir confiance qu’on peut le réussir. Faut aussi l’avoir pratiqué des centaines de fois avant d’y arriver. C’est pour ça que j’écris, finalement. À force de m’égratigner les genoux, de me cogner l’épaule, de saigner un peu, j’ai l’impression de progresser vers quelque chose. Sang fois sur le métier, retomber votre ouvrage. Et la mémoire du muscle est plus forte que celle du cerveau, après un bout de temps. À voir, Rodney Mullen the Art of Good Practice à Strata en 2014.

Écrire juste pour écrire, trop tard le soir, la musique dans les oreilles, les idées trop grandes pour les touches de mon clavier à travers mes doigts…

Vous promettre, me promettre, d’écrire plus et mieux. Je n’y crois plus. Mais avec grand plaisir, je continue de le faire. Peut-être pas si mieux, peut-être pas tant plus. Je jeter dans le vide, encore. Et atterrir quelque part, sûrement.

La lumière clignote. J’enlève mes écouteurs. Ma douce qui se relève me demande au loin: tu travailles? Non j’écris. J’arrive dans quelques minutes chérie. Dans quelques minutes…

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.