Gouvernance numérique pour société en réseau.

Début de réflexion.

J’ai ce billet en tête depuis longtemps. Pas été facile à écrire parce qu’inspiré d’intuitions (et de pratiques) qui sont l’apanage des gens qui sont sur le réseau depuis longtemps (et souvent). Donc en contre-partie, pas facile à expliquer pour ceux qui ne sont pas du réseau. Formaliser l’intuition demande du temps et un certain recul. Pas évident.

C‘est un premier jet, je tente de poser les premières pierres de l’édifice. C’est incomplet mais c’est dans la bonne direction, j’en suis certain.

Si vous connaissez des sources qui documentent et qui expliquent ce que je tente d’expliquer ici, merci de partager les hyperliens. Un des bon liens que j’ai trouvé est celui sur 21siecle.quebec ou Michel Cartier partage sa synthèse sur le citoyen.

Poser le constat, l’expliquer ensuite.

Plus on est sur le réseau, plus ce qui se passe sur le réseau est “plus vrai” qui ce qui se passe “hors réseau”.

Au 20ème siècle, the Medium is the Message

Ce phénomène n’est pas nouveau. À une certaine époque, pour la plupart des personnes, c’était l’histoire qui était la référence. Ensuite avec la médiatisation au 20ième siècle (journaux, radio, cinéma, télé) c’est ce qui est médiatisé qui est la réalité partagée. Si c’est écrit dans les journaux, si ça arrive à la télé, c’est vrai.

Le 20ème siècle aura été celui des médias de masses, d’une certaine homogénisation. Mais aussi celles des œillères, ma télé n’est pas ta télé, mon roman-savon n’est pas le tien, surtout pas au delà des frontières, les média de masse sont nationaux au mieux.

Pour gouverner au 20ième siècle, la maîtrise des médias de masse s’est avéré essentielle. Être de son temps ou ne pas être (élu).

Les hyperliens renversent la hiérarchie (depuis 1999)

L’internet, c’est le trans-média, qui est journal, radio, télé et cinéma à la fois. Et aussi autre chose, des forums aux blogues aux média sociaux. C’est intime et c’est de masse. C’est hyperlocal et international. C’est instantané et c’est pour toujours (ou presque).

Pour gouverner à l’ère de la société en réseau, à l’ère numérique, il faut exister (communiquer et agir) du réseau vers la société (plutôt que l’inverse).

C’est probablement ce qui est le plus difficile à comprendre, pour tous ceux qui n’ont pas cette culture ou ces réflexes. C’est tellement évident pour les natif (ou immigrants reçus) du numérique.

Les médias ne sont pas soustraction. Ils sont addition. Mais internet, le méta-média, englobe et amplifie ses précédents. Non seuleument est-il super-média, il est aussi bi-directionnel, par défaut (et par design). La liberté de presse appartient au réseau.

Ceci n’est pas un plan

J’ai déjà déclaré que je ne croyais plus en “un plan numérique”. Je n’avais pas encore réussi à expliquer pourquoi. Je comprends mieux maintenant que je peux articuler l’essentiel sous ces termes.

Le plus grand défi, c’est que ça ne s’accélère pas, ça ne s’improvise pas. Si on est pas du réseau, impossible de faire semblant. À Rome, il faut faire comme les Romains.

Ce constat n’en est pas un qui aurait pour objectif de “convertir” les anté-réseaux en post-numériques. Le but n’est pas de convaincre, il est d’élever. Le siècle du réseau est le nouveau siècle des lumières. Rien de moins.

Si ça n’existe pas sur internet, ce n’est pas vrai.

Partage, collaboration, participation et amélioration progressive (pourquoi)?

Les premiers penseurs du réseau, les hackers et les sorciers de l’internetworking, ont établis les principes du réseau. Le partage, la collaboration, la communication ouverte, la participation et l’amélioration progressive (itérative). Ces choix ont été impératifs et conscients.

S’il est une des vertus du réseau que j’apprécie, c’est ce pragmatisme d’ingénieur, doublé de cet idéalisme qui anime ceux qui veulent faire avancer les choses. Un peu, maintenant, c’est mieux que beaucoup, peut-être un jour.

Si on comprends la loi de Metcalfe, la valeur du réseau est proportionnelle au nombres de connections au carré, on comprends l’effet de réseau.

Quatres personnes en réseau, plutôt que trois, ce n’est pas une de plus, c’est 4 fois plus. C’est la différence entre 3X2X1 (6 connections) et 4x3x2x1 (24 connections). Imaginez à l’échelle d’une ville, d’une province. Chaque nouvelle personne sur le réseau ajoute des millions de connections. C’est niaiseux sur le réseau de se priver de nouvelles connections.

L’autre loi du réseau, qui n’a pas de nom à ma connaissance (corrigez-moi si je me trompe), c’est celle de l’artéfact. Les actions sont définitivement plus marquantes que les mots. Les mots sont importants, très importants, surtout s’ils sont écrits et commis sur le réseau. Comme moyen d’avancer. Pas comme diktats, mais comme “Request For Comments”. De conversations et d’échanges, on déclare les standards. Et l’inter-opérabilité qui s’ensuit.

Ou autrement dit: sur le réseau, si on fait tout seul, on ne fait rien du tout.

Pour avancer sur le réseau, il faut construire le réseau, il faut y contribuer, il faut y participer. Si on ne sait pas échanger sur le réseau, on n’y existe pas vraiment.

Et si c’est plus vrai sur le réseau, s’il faut passer du réseau à la société, s’il faut exister sur le réseau pour que ça soit vrai, s’il faut faire ensemble pour faire tout court

Gouverner en réseau (sur internet), c’est exceller en réseau.

La suite: être sur le réseau ce n’est pas publier sur le réseau, c’est communiquer sur le réseau (ce qui implique: écouter et répondre).