Le retour…

Ceci n’est pas une métaphore.


Après l’énigme, le délire.

Je vous écris encore, un peu pressé ce soir, parce que je dois. Parfois, l’écriture est lente et posée, coule doucement au travers mes doigts sur le clavier, se prélasse du lobe frontal aux pixels, peut-être en passant par le coeur… Mais pas maintenant. J’écris un peu d’urgence, pas de vitesse, mais d’empressement certain, comme pour attraper un train ou un bus, pour s’envoler, comme un devoir de dire, de raconter. En filigrane, la musique dans mes oreilles.

Ça se passe aujourd’hui. En fait ça se passe demain, mais écriture oblige, ce soir c’est demain, ce matin c’était hier. Je suis d’une effervessence peu commune, tout posé que je pourrais prétendre être. I feel stupid and contagious. Pas idiot, mais juste un peu buzzé. Parce que c’est pas des petites affaires. Faut que je vous raconte, faut que je vous raconte, toute cette histoire d’aller et de retour, de partir, de revenir, de quitter, de retrouver. Ça me hante, un doux fantôme qu’on retrouve, c’est juste un peu épeurant, c’est rassurant. Well whatever, nevermind.

J’aimerais vous faire croire que c’est froidement calculé et mesuré. This is not a love song. Que je contrôle tout, que je sais tout, que j’espère et conquiert. Ce n’est pas un accident. Mais ce n’était pas prévu. Comme j’aime quoi. I am going over to the other side. Californie c’est fini. Pour un bon petit bout même. Je reviendrais à Montréal. Vous vous en doutiez. N’énigme pas qui veut, on ne se légère par le retour sans façon. C’est lourd de conséquences et de frais douaniers tout ça. Mais qui va me croire? This is not a love song. Ha! Quelle bêtise. Of course it is.

Mais qu’est-ce qui peut bien me prendre de me lancer sans cesse d’un océan à l’autre, au travers la frontière? C’est grave docteur? L’air me semble encore trop doux. Dans l’herbe écrasée, j’ai bien peu de regrets. Allumette craquée… feux d’artifices allumés. C’est quoi ce désir insatiable de plus, de mieux? Je suppose que j’aime ça. Désolé. Pas du tout, pas désolé, pas de supposition. Je sais. J’aime. Je cherche. Je veux trouver. Ce n’est pas un tourment, ce n’est pas une démence. Une obsession certainement. Un désir. Un possible. Un sourire en coin. Un défi. Un hack immense, reprogrammer sa propre vie de temps en temps. Juste pour voir ce que ça donne.

Aller. Outre. Plutôt que d’être ce passant qui traverse le temps, de temps en temps, alors je part à la dérive. Cette dérive, ou l’on choisit la rivière, l’embarcation, la journée idéale, juste assez de soleil et de vent, pas trop de courant, idéalement mais c’est toujours trop, faut pas faire ça plate, que non, alors plus de courant que prévu, mais ça va, on ne s’emporte pas au fil de l’eau morte, ça prends du mouton, du bouillon, du remous, assez d’incertitude pour se sentir plus vivant. Choisir entre tous les gens qui m’entourent. Parfois, on est chanceux. On revient à plus qu’on est parti. On trouve en chemin une fée, née une nuit avant un matin de brume, un petit miracle organique et magique de Californie. On retrouve au retour ceux qu’on aurait aimé amener avec nous. Ceux pour qui la déchirure du départ, ceux pour qui on ne serait pas parti, ceux qu’on ne voulait pas quitter, qui sont restés en nous, mais trop loin, mais si près, ceux pour qui tous les “mais” du monde ne comptent pas. Ceux pour qui on déteste les “mais”. Pour qui on accepte de ne rien avoir à expliquer, qu’à les retrouver. Ceux qui nous trouvent, pas comme si on était pas parti, mais presque.

J’avais ces mots d’une précision chirurgicale, un communiqué de presse à ma famille, à mes amis et à mes connaissances, le genre de mots classiques qu’on réserve pour annoncer des affaires très sérieuses, pour se pomper le pompon, pour même se convaincre que c’est ça qui est ça. Mais j’avais plus envie de vous fredonner un refrain. Je promet que la journée qui s’en vient est flambant neuve. Que j’aime ça. Ce n’est pas une histoire de brûler de ponts, au contraire, c’est d’embraser demain (juste un “s”, le feu pas l’étreinte). Je fais ça. Souvent. Quand même. Le vent qui est bon est le même qui arrache. C’est une célébration et un deuil. C’est un ironique retour, un boomerang de vie, un absolu d’idéal identitaire et personnel. Je ne me la fait pas dans la demi-mesure, à fond la caisse. Gave moi de ton amour pour chimer l’univers. Un hack ultime de vie, ensemble. Vous inviter à m’y joindre n’est pas fortuit: j’ai besoin de vous.

Accouche qu’on baptise. Ça dit dans ma tête. Sylvain, Sylvain, Sylvain. Jude. Cré moé, cré moé pas. Quelque part en Californie, y’a une grenouille qui s’ennuie en maudit. Était parti gagner sa vie, dans une startup aux États-Unis. Ça vaut pas la peine, de laisser ceux qu’on aime, pour aller faire tourner des ballons sur son nez. Ah ben. J’étais pour vous la faire, vous jouer ça mélo et m’en sauver. Maudit. Cheap pareil. Trop c’est comme pas assez. Ben oui, j’allais pour me sauver, vous dire comment faut être indépendant, des sentiments de ceux qu’on aime, pour sauver le monde, de ses problèmes. Ce n’est pas simple. Mais ce n’est pas compliqué. Je suis parti. Je reviens. Pas de sucre. Pas d’acide. Je t’aime tellement que j’hallucine. Demain, quelle journée, demain, tout ça, demain, oh boy. Et pourtant, je n’arrive pas à fermer l’œil.

Alors, demain. Aujourd’hui. Je vais vous dire que je reviens. On va me le redemander. Tu reviens? Je reviens. Tu quittes? Je quitte. Comment, pourquoi, quand, le retour? Mais vraiment? C’est fou. C’est fou. C’était fou de partir. C’est fou de revenir. C’était logique de partir. Le retour, aussi. Grouille, grouille, grouille toi l’cul. C’est une question de mouvement. C’est une question d’espoir. C’est une question d’identité. De destin. Oh j’aime ça. Le destin.

Aux limites de la ville, mon coeur a flanché. Revenir d’exil comporte des risques, comme rentrer une aiguille, dans un vieux disque. Y’a eu ben du progrès, ben d’l’asphalte, ainsi d’ suite; J’me demande qui j’serais, si j´étais resté icitte…

C’est ça. Je ne suis pas resté. Je suis parti comme un, je reviens un autre, un peu le même, un peu pas le même. Je reviens. Par en avant. Étourdi de tant de possible. Pareil. Pareil comme quand je suis parti, je veux dire, pareil tout autant excité et rempli d’ivresse de nouveau, de rêves. Retrouver. Renouveler. Une rentrée, un automne, comme à 5 ans. Comme à 20 ans. Ou à 40 (42). Parce que, finalement, c’est toujours le futur qui me titille le présent, c’est le possible de demain qui m’a empêché de dormir hier, c’est ce désir d’être plus que moi, de multiplication, d’idéal, d’un certain nationalisme teinté d’immigration, de collaboration, d’art, de remise en question. Pour changer le monde, faut laisser le monde nous changer.

Oui, oui, j’ai une version qui donne des détails, qui explique le quand et le comment, mais avant j’avais envie de vous délirer juste un peu de pourquoi… Je sais, je sais, on va titrer “la grenouille qui devient dragon”, ou même, “le retour de l’enfant prodigue”, ça va donner dans la métaphore localocassesque “Allez, allez, allez, Montréal” pis toute ça, ça va me faire faire des sourires et des faces un peu pas sûre, ça va m’ironiser le citron, ça va m’allumer le feu sacré, ça va me faire fier et ça va probablement être “la grenouille qui voulait être aussi grosse que le boeuf”, ou quelque chose d’aussi pire.

Et je vais être vraiment fier. Non sérieux. Vive le feu. Québec en feu. Give me fuel, give me fire, give me what that I desire… Je vous laisse sur une conversation. Julien me demandait récemment (probablement un dimanche matin ou j’aurais pas dû répondre à son courriel): “Sylvain, c’est quoi ton affaire avec les startups?” (si vous le connaissez, vous pouvez même entendre les intonations de sa voix). C’était une franche et honnête question comme je les aime. Je vous laisse sur ma réponse (en franglais).

Hehe, c’est une bonne question. Maybe because for me startups are to business as independent bands are to music. There’s a certain sense of liberty. It’s kinda punk. Of course, I am saying this while I work at the Green Day of startups. http://hickox.org/punk-money/ embodies a lot of how I think.

J’ai été très inspiré par ce que les gars de God Speed You Black Emperor ont fait à Montréal (découvert via le film de Yannick). Après un succès (très pointu) international post-rock, ils ont ouvert des salles (dont la Casa Del Popolo), un label de musique (Constellation) et un studio (Hotel2Tango) à Montréal… ils ont contribué à bâtir les éléments nécessaires à l’émergence d’une culture, d’un son, d’une musique, from Montréal. Si je peux réussir à faire arriver une petite partie de ça pour les startups et le techno internet, je vais m’estimer, très, très, heureux…