L’énigme du retour


Je vous écris ceci, non pas parce que je dois, mais parce que je peux. Ne vous méprenez pas, on me l’a demandé, quelques fois, plusieurs fois. Qu’est-ce qui me ferait revenir à Montréal? Pour comprendre comment, pourquoi, quand, le retour, le chemin passe nécessairement par le comment, pourquoi et quand du départ…

On ne part pas tous pour les même raisons. Certains partent par un désir d’ailleurs. Pas moi. D’autres par un refus d’où ils viennent. Non plus. J’aime d’où je suis, d’où je viens, j’ai découvert avec les années que ce que je suis est profondément teinté, marqué, d’où j’ai été. Mes racines sont plus fortes que mes branches. Mais l’idée de ne pas être obligatoirement enraciné, d’explorer les possibles, d’ouvrir les fenêtres et de sentir le vent d’ailleurs, c’est en moi aussi.

Alors, partir, c’est toujours une option. Partir n’est pas renier. Partir c’est grandir. Ajouter. Découvrir. Se contextualiser ailleurs, c’est obligatoirement se remettre en question. J’aime. C’est sain. Être immigrant dans une autre ville c’est apprendre ce que vivent les immigrant dans la nôtre. Mettre une partie de ses avoirs dans un camion pour l’autre bout du continent, ça remet en perspective nos avoirs, nos désirs, nos espoirs. Se permettre d’être déplacé, c’est se permettre de se dépasser. Le statut quo, bien que loquace, est quiproquo.

Je suis Montréalais. Être ailleurs ni change rien. Je suis un Montréalais à San Francisco. Dans mon appartement trop cher (genre 2 fois moins grand et deux fois plus cher que mon appart d’Outremont précédent) j’écoute du Leonard Cohen et du Charlebois pareil, je vous écris en français au travers internet et je ne suis pas si loin quand même. Mais la distance, sans effacer, au contraire, met en lumière, souligne et surligne des idées, des mots, des envies, des besoins.

La distance, sans effacer, quand même, révèle, soupçonne, égraine, les mots, les envies, les idées. Parfois, les mots me viennent en anglais avant d’arriver en français. Je déteste. J’en suis conscient. Ça me ronge. Je sais que c’est dangereux. En même temps, quand l’actualité m’énerve trop au Québec, d’être loin ça m’apaise. Ça me conforte. Les élections, c’est moins déprimant à distance. Je vote orange, vous comprendrez. Les petites victoire aussi, quand même, ça se savoure. Ou les palmes de Cannes. Merci Xavier Dolan. Être fier, ça n’a pas de frontières.

Mais revenons à partir, si possible. Je suis parti parce qu’à ce moment, ce n’est qu’ailleurs que je me projetais. Ce n’est qu’ailleurs que je pouvais être bien. J’ai fait la paix avec ça. Ce n’était pas pour renier, pas pour rejeter, que non, pour embrasser, pour accueillir, pour découvrir, pour retrouver, ailleurs, ce que j’étais. Mon identité n’est pas soustractive. Je suis du réseau et d’internet autant que du Québec et que de Montréal. L’un complémentaire à l’autre. Jamais complètement satisfait de l’incarnation présente de l’une ou de l’autre. En recherche d’équilibre de valeurs, d’aspirations, d’inspirations.

Partir pas pour se trouver, mais pour ajouter à ce qu’on est. Partir pour un mieux du moment. Pour une étape à franchir, pour cette invitation à tourner la page, pour croître, pour découvrir, je me répète. Alors je reviendrai, un jour, pour les mêmes raisons. Pas parce qu’obligé, pas par déni, ni par refus. Pour mes racines. Pour explorer un nouveau possible, enfourcher mon vélo et sentir un vent d’hiver au travers mes os, comme une conclusion évidente, en moi.

Alors, revenir, c’est toujours une option. Revenir n’est pas rejeter son départ. Revenir, c’est maturer. Ajouter. Découvrir. Se re-contextualiser d’où l’on vient, c’est obligatoirement se remettre en question. C’est sain. Revenir, c’est autant que partir. Mettre une partie de ses avoirs dans un camion pour l’autre bout du continent, ça remet en perspective nos avoirs, nos désirs, nos espoirs. Se permettre d’être replacé, c’est se permettre de se dépasser. Le statut quo, bien que confortable, est inquiétant.

Le retour ne se calcule pas en argent sonnant. C’est plutôt un coût d’opportunité. On revient quand rester loin fait moins de sens. Le chemin du retour est le même que celui du de l’aller, finalement. C’est une longue boucle qui nous amène, fortuitement, au point de départ. On ne revient jamais sur ses pas. Ou du moins, pas pour moi. Je pourrais comprendre ceux qui le font. Mais pas pour moi. Quand je reviendrai, c’est parce que c’est par là que sera l’avant. On ne recule pas, on ne retrouve pas, on avance, on découvre. Parfois, c’est un chemin qui nous ramène d’où on vient…

Vous pouvez lire la suite “Ceci n’est pas une métaphore”.