En mode survie avec le Walking Dead de José Saramago

Aujourd’hui je veux vous parler d’un livre qui plaira aux fans de “Walking Dead”. La lecture de L’aveuglement de José Saramago a en effet alimenté, comme la série télévisée, mon questionnement sur la survie quand le monde que nous connaissons devient hostile du jour au lendemain.

Tout commence quand un feu tricolore passe au vert, un homme au volant de sa voiture ne redémarre pas, il vient de perdre subitement la vue. Direction l’ophtalmologue, après un examen approfondi le médecin ne trouve pas la cause de son aveuglement. Une épidémie mystérieuse a débuté. Les premières victimes sont les personnes qui ont croisé ce patient zéro dans la salle d’attente du cabinet du médecin. La vue de chacune est, tour à tour, noyée dans une lumière blanche.

Ils se retrouvent naturellement parmi le premier lot de personnes mises en quarantaine. Ils sont accompagnés par la femme du médecin qui a le courage de suivre son mari malgré sa vue persistante. Etrangement, elle semble être la seule immunisée contre ce mal. Bonne idée, le gouvernement leur a choisi le lieu idéal pour une convalescence rapide et douce : un asile de fous désaffecté !

“[…] la peinture avait commencé à s’écailler il y a longtemps. […] des lieux d’aisances immondes, une cuisine qui n’avait pas encore perdu son odeur de mauvaise nourriture, […] les troncs semblaient avoir été écorchés.” p54

Sans les maigres rations quotidiennes, ils seraient livrés à eux mêmes. Les seuls soins qu’ils reçoivent sont les balles des soldats apeurés qui leurs sont administrées quand ils s’approchent trop près de la sortie. Je ne vous dévoile pas l’intrigue en annonçant que ça ira de pire en pire, surtout quand leur camp de concentration deviendra surpeuplé.

Quelle est la raison de ces aveuglements en série ? Pourquoi la femme du médecin est la seule personne à voir ? Pourquoi les néo-aveugles voient tout blanc alors que les aveugles “canal historique” voient tout noir ? L’objet du livre n’est pas tant la maladie en elle même, mais plutôt comment l’Homme y fait face. Vous le retrouverez dans ce qu’il a de meilleur et de pire. C’est en ce sens que ce livre m’a rappelé “Walking Dead”, outre le fait que la démarche des néo-aveugles qui y est décrite ressemble à celle de zombies.

Comme dans la série télévisée, José Saramago confronte le camp du bien à celui du mal, c’est les “Rick” contre les “Negan”. Heureusement l’intrigue n’est pas aussi manichéenne, la lumière rencontre l’ombre. Ce sont d’ailleurs ces zones grises qui sont les plus stimulantes. Elles m’ont poussé à m’interroger sur mes réactions éventuelles en pareilles circonstances. Ma conclusion est que la posture du héros est plus facile à défendre à priori. Pour paraphraser OSS 117: “le Général De Gaulle n’a-t-il pas dit que tous les français avaient été résistants ? “. Et je suis bien sûr à deux doigts de devenir un adepte du survivalisme. Un mode de vie initié aux Etats-Unis qui consiste à empiler les boîtes de conserve en prévision d’un holocauste nucléaire et par extension de toutes les catastrophes potentielles.

Mon introspection a été facilitée par une immersion totale dans le récit. José Saramago arrive avec brio à faire en sorte que son lecteur se projette aux côtés de ses héros. Les personnages et les lieux sont universels. Ils ne sont pas nommés, cela pourrait être n’importe qui, n’importe où et donc vous ou moi.

Ensuite, l’auteur parsème son récit de touches de philosophie propices à enclencher notre machine à réfléchir. Des touches qu’il faut parfois relire à deux fois pour bien les digérer. Accrochez-vous :

“Les bons et les mauvais résultats de nos paroles et de nos oeuvres se répartissent, sans doute de façon relativement uniforme et équilibrée, tout au long des jours futurs, y compris les plus lointains où nous ne serons plus là pour pouvoir le vérifier, pour nous féliciter ou nous excuser, d’ailleurs d’aucuns prétendent que c’est précisément ça l’immortalité dont on parle tant.” p96

Enfin, je me suis facilement pris au jeu parce que José Saramago manie formidablement bien l’ironie.

“L’étiologie du mal blanc, car c’est ainsi qu’avait été désignée la malsonnante cécité par un assesseur inspiré et débordant d’imagination” p51

Ce ton ironique m’a tellement plu que j’ai cherché à le retrouver dans d’autres de ses romans. Ces nouvelles lectures m’ont appris que José Saramago a récidivé dans le genre du roman traitant d’une réalité alternée. Dans Les Intermittences de la mort, publié 10 ans plus tard, il décrit un monde dans lequel la Grande Faucheuse ne veut plus faire son travail. J’ai préféré L’aveuglement, il faut croire la survie m’intéresse plus que la mort.

Si je ne vous ai pas convaincu, je ne vous conseille tout de même pas de voir le film qui en a été tiré, ce serait 2h de pure perte…

Infos Pratiques :

Titre : L’aveuglement
Auteur : José Saramago
Editions : Points / 2011 (première édition : 1997)
Nombre de pages : 366
Prix : Livre de poche acheté 3 € en occasion chez Gibert Jeune
Difficulté : Le mode transports en commun est envisageable. La lecture ne demande pas une concentration extrême.