« On a prédit la prise de pouvoir des robots supprimant et remplaçant le travail des “cols blancs” après celui des “cols bleus”. Avec la Blockchain on va assister au contraire à un retour de l’humain dans l’écosystème numérique avec de réelles opportunités de choix, de partages, de liberté d’achat ou de vente, de travail indépendant, avec en même temps la catalyse et le développement de la créativité collective. » Joël de Rosnay

I) Préambule : en sortant des frontières physiques, le numérique éloigne autant qu’il rapproche

Nous sommes issus d’une ère, pas si lointaine, où l’humain évoluait au sein du collectif. Un individu existait d’abord dans un groupe social au sein d’une structure organisationnelle. La vie du groupe était l’assurance de la durée de vie de chaque individu. Au fil du développement, nous sommes arrivés, dans le monde occidental en particulier, à une société dans laquelle l’individu prime : le début du XXIème siècle est marqué à l’aulne du numérique par une accélération de ce « chacun pour soi » corrélé avec l’ouverture mondiale de la communication.

En fait, plus que du chacun pour soi, la société est en train de déconnecter la solidarité de la contrainte charnelle, pour la transférer sur des groupes dématérialisés qui se regroupent plus par domaines d’intérêts que par proximité géographique.

Dans cette évolution, tous les critères de reconnaissance que nous avions dans les groupes humains se trouvent impactés, et nous rentrons dans un monde où l’appartenance à une société ne se définira moins par une règle géographique que par une règle logique, portée par des outils dématérialisés.

Pendant un temps, on a cru que l’ouverture au monde allait accroître la capacité collective, mais elle a accru l’individualisme, l’intérêt particulier et le sentiment d’insécurité. Pire, les performances techniques ont donné l’impression de mettre l’humain en concurrence avec la machine… et la question de la confiance a immédiatement émergé.

La fiabilité, la sécurité, la communauté ont été remises en cause depuis des années par une « dé-légitimisation » des tiers de confiance traditionnels. Après une dizaine d’années d’ouverture des réseaux, le besoin d’intermédiation, de fiabilité, d’authentification, de sécurité et de transparence… revient avec une logique démocratique par la technologie des blockchains.

II) Le passage du dématérialisé à l’intermédiation artificielle.

Depuis l’avènement du numérique, nous sommes passés par différentes phases.

1- Sortir de son monde : la numérisation
La première a été la dématérialisation : dans un monde qui était profondément contraint par la dimension, le temps, la taille ou l’état (solide/liquide/physique), le début des années 90 nous mettent dans une société dans lesquelles ces contraintes sont effacées. Les premières années, ces outils ont principalement servi à collecter et à gérer les données : les applications ont permis d’optimiser les coûts. Cette étape a donné la possibilité de partager la donnée, les idées, les projets sans se soucier des contraintes physiques : c’est le début des groupes d’échanges dématérialisés. La valeur ajoutée se limitait à la capacité démultipliée de transfert.

2- Collaborer avec les personnes dans un monde distant: ce que l’on a appelé la digitalisation
La phase suivante a reposé sur l’interfaçage des données. C’est l’apparition des groupes, des outils de travail collaboratifs… l’entrée dans une réelle logique d’innovation. La valeur ajoutée repose principalement sur la mise en relation, la mobilité, le changement des frontières : on sort de la juxtaposition pour entrer dans celle de l’addition. Pour exemple en formation professionnelle, cela correspond à l’apparition des mooc’s, et de façon plus élaborée tous les outils de suivi des individus. L’apparition du mot digitalisation marque en terme de stratégie la capacité à utiliser des données issues d’un univers, pour faire différemment ou faire autre chose, dans son environnement ou dans un autre.

Mais en parallèle, la conscience d’un monde non sécurisé commence à faire réellement surface : car au final on ne sait pas très bien ce qui est protégé et ce qui ne l’est pas.

3- Le calcul, un univers d’intégration de la valeur ajoutée : ce que l’on a appelé l’intelligence artificielle
L’intelligence artificielle (la mal nommée) donne une nouvelle puissance à l’usage des algorithmes, démarré dans les années 60, alors appelés « moteur d’inférences ». Leur développement avait été freiné par le manque de données, la faible vitesse de calcul et les capacités de transfert…. Ces points sont quasiment levés et, ladite intelligence artificielle permet d’avancer considérablement dans la capacité à fournir des outils de décisions reposant sur un croisement sans cesse démultiplié de données : on sort d’une logique où l’on travaillait par échantillon pour aller vers des outils qui sont capables de modéliser avec des données quasi exhaustives. Les outils de prédictions d’aide à la décision, d’accompagnement se sont considérablement développés, d’autant plus vite que l’on était dans des champs restreints : l’application des calculs algorithmiques trouve sa quintessence dans l’hyper spécialisation. Mais cette apparence d’intelligence a accru le sentiment de méfiance et d’insécurité, par une perte totale d’intermédiation : la machine donnant l’impression d’exclure l’humain.

4- Intermédiation, l’arrivée des Blockchains
Dans un univers où les technologies nous ont donné, pendant une quinzaine d’années le sentiment de déstructurer les groupes, le début des années 2010 entame un virage : une prise en compte du besoin de lieux de confiance, transparents,sécurisés, rapides permettant à chacun de collaborer avec d’autres, où qu’ils soient, de façon libre : cela sera l’ère de l’intermédiation artificielle.

Dévoilé par les cryptomonnaies, l’usage des puissances de calcul a fait surgir un nouveau mode de « sociétés », ou plutôt d’intermédiation. Le monde qui nous semblait se déstructurer, ne plus obéir à aucune règle, a commencé à redéfinir des règles de vivre, ou plutôt de travailler, ensemble. La logique des blockchains repose, non sur une suppression des tiers de confiance, mais plutôt sur une vision différente de la confiance, partagée et démocratique (règle de la majorité).

Nous faisons nos premiers pas dans une phase nouvelle qui repose sur la création de « sociétés nouvelles » ou plus exactement de « sociétés multiformes », ne reposant plus sur une définition géographique, mais sur une définition de règles particulières, partagées par des membres qui se cooptent, se régulent et mettent en œuvre des projets communs.

III) La blockchain une formidable opportunité pour la formation professionnelle en France

1- La blockchain comme lieu de confiance
La blockchain présente de nombreux avantages. Financiers tout d’abord, puisqu’elle permet de réduire les frais liés aux coûts globaux bancaires et même de supprimer les banques comme tiers de confiance. Outre les paiements numériques, cette technologie peut servir au transfert d’autres actifs, comme par exemple des titres, des obligations, des actions, des droits de vote…

Par ailleurs, l’horizontalité du système et son architecture décentralisée lui confèrent un potentiel d’applications qui dépasse la sphère financière. La blockchain étant un registre, elle peut servir à établir une traçabilité sur toutes sortes de produits et services. Elle peut aussi servir à garantir l’application des contrats intelligents (en anglais smart contracts), des programmes qui exécutent automatiquement les conditions d’un contrat.

2- Le « bigbang » de la formation n’est pas encore achevé
Lorsque le gouvernement a décidé la mise à plat de la formation professionnelle et de ses flux, il n’a fait que la moitié du chemin : il a cassé des blocs que les années avaient fini par rendre inopérants et a repositionné les acteurs. Mais à bien y regarder, si la réforme a simplifié la gestion des différentes typologies de formation elle n’en a pas réellement diminué le nombre et surtout n’a pas constitué une base unique, un registre unique qui permettraient à chaque individu de gérer tout au long de sa vie ses besoins en formation : une mémorisation transparente, centralisée, sécurisée, validée, inviolable, disponible, agile… qui puisse alimenter les besoins d’individualisation, de modularisation et de formation tout au long de la vie.

Ces composantes constituent l’ADN d’une blockchain.

3- La blockchain de la formation : un enjeu innovant et partagé entre tous les acteurs
La formation repose sur un nombre important d’acteurs, de financements ou de reconnaissances…. Même si le bigbang mis en place par le gouvernement a (potentiellement) considérablement modifié l’environnement, on reste cependant au milieu du gué. Le nombre de circuits demeure trop important, et l’unicité de l’information n’est pas mise en œuvre : cela ne résout pas le problème de « la conservation et la sécurisation des preuves de l’acquis» qui est un des éléments clés de l’individualisation, de la modularisation et de la formation tout au long de la vie.

Un monde qui voit la démultiplication de site (ex : www.fauxdiplomes.org) fournissant de faux diplômes est le plus grand camouflet a la valeur des acquis réels.

La blockchain, de par ses caractéristiques ci-dessus présente toutes les composantes pour mettre en place un outil moderne, sécurisé, partagé pour assurer à chacun la transparence, la rapidité et la fiabilité d’un dispositif qui a brillé pendant des années par son opacité.

Pour l’usager, cette « blockchain formation » est le précurseur du celle du parcours professionnel.

4- Le module de formation : élément de base de la blockchain de la formation
Que ce soit en formation initiale ou en formation continue, les blocs de compétences (ou les blocs d’acquis) reposent sur des concepts modulaires. Le grand atout de la formation pour s’appuyer sur une blockchain est que celle-ci dispose d’une unité de référence : « module de formation ». Celui-ci est la base de l’assemblage qui permet à chacun de construire son parcours dans la forme qui lui convient, dans le temps qu’il peut y consacrer. Le séquestre est très important, car il permet et surtout apporte la preuve d’acquisition indispensable à la modularisation, l’individualisation… et à la construction de son parcours tout au long de la vie.

Ce module est porteur de tous les attributs nécessaires :

  • Le contenu pédagogique
  • Les prérequis
  • Les compétences attendues.
  • La validation des acquis
  • Ses modes d’acquisition (en particulier pour la VAE (validation des acquis de l’expérience))
  • Le coût…

Il intègre aussi :

  • Les différents acteurs intervenants
  • Les financeurs
  • Les références qualités
  • Les certifications….

Et tous les éléments qu’il peut être nécessaire de lui lier pour être la « pièce d’identité » assortie à une compétence.

De fait il fait intervenir et concerne tous acteurs :

  • Organisme de formation
  • Entreprises
  • Individus
  • Certificateurs
  • Contrôleurs
  • Les financeurs
  • Les organisations paritaires
  • Les services de l’Etat

La première version proposée reposera sur la blockchain Ethereum et utilisera les SmartContract ERC20. Ces SmartContract seront déclinés sous trois formes :

  • Un SmartContract gérant le token : la monnaie « locale » de la connaissance CTY (token de la plateforme CONNECTY.io).
  • Un SmartContract gérant les modules formation : il aura une fonction centrale et permettra de gérer les flux financiers entre les différents acteurs et de valider le passage des formations pour l’utilisateur
  • Un SmartContract gérant l’historique de formation des utilisateurs : il aura pour vocation d’enregistrer l’historique complet de la formation des utilisateurs depuis l’école jusqu’à la retraite de la personne.

5- un comité d’éthique
Comme on s’adresse à l’individu, à son patrimoine compétence, le respect de l’individu doit être sauvegardé.

C’est la raison pour laquelle un comité d’éthique sera constitué, avec les représentants des entreprises, des salariés, de l’état et d’association pour donner son avis sur les options prise sur le champ de la formation.

L’enjeu de ce projet est de s’inscrire, comme le souligne Joël de Rosnay dans la remise de l’intérêt humain au cœur de la technologie : valeur que partagent tous les acteurs du projet (FX Marquis est en particulier auteur de « Pensée ou Intelligence Artificielle ? » publié chez l’harmattan).

IV) pourquoi prendre appui sur la dynamique de la plateforme « Connecty »?

Il est utile dans un monde ouvert de rapprocher des initiatives qui relèvent de la même logique. Pour la formation, utiliser la plateforme Connecty.io présente au moins quatre grands atouts :

  • La plateforme Connecty.io a été construite pour faciliter le transfert de connaissances entre le monde de la connaissance (recherche, savoirs) et celui de l’innovation (start-up, PME, grands groupes). Cette connaissance prend en fait deux formes : le savoir créé par nos chercheurs ou les solutions innovantes imaginées par nos entreprises innovantes et en deuxième, la formation. La formation et le transfert de technologies sont ainsi deux faces de la même pièce (« La technologie aux portes des PME », FX Marquis l’harmattan.)
  • Il s’agit d’une initiative 100% française : dans un univers encore très peu investi par les compétences nationales, c’est une occasion de marquer la volonté française de jouer un rôle significatif dans le champ de la connaissance et de l’innovation des entreprises.
  • La plateforme Connecty.io a une ambition internationale : pour la formation c’est une opportunité de sortir de l’offre de compétences « franco-française ». Les dispositifs actuels, tirés par le financement transforment l’univers de la compétence en un village gaulois, vivant en autarcie. Par ailleurs, cela représente également une opportunité d’ouverture des formations française à l’international, sur le marché francophone d’abord, mais également bien au-delà.
  • Et surtout, la plateforme Connecty adresse l’importante question de relier deux mondes, celui de l’innovation et celui de la connaissance, qui ne se parlent pas, qui n’utilisent pas le même langage, qui souvent s’ignorent (voire se méprisent) alors qu’ils sont des éléments indissociables de l’intelligence, de la connaissance et de la performance collectives.

La formation, en appui sur CONNECTY.io, blockchain de la connaissance Accélérateur de connexion entre la recherche et l’entreprise, entre la formation et l’individu

www.connecty.io

François-Xavier Marquis

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Le numérique n’est pas révolutionnaire, il est systémique.

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