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De la société de consommation à celle du gavage.

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Il est lassant d’entendre toute une communauté d’économistes faire référence à des termes qui avaient cours dans l’économie physique s’appuyant sur l’offre et la demande. Dans l’économie matérielle, les effets étaient régulés par la durée de vie d’un produit. Un réfrigérateur une fois acheté dure plusieurs années, et ce n’est pas parce que l’offre, même en push, se fait plus forte que l’on va, sauf exception, le changer.

Avec les produits numériques la logique est différente : on peut changer quasi instantanément d’application, on a même plus besoin de penser aux mises à jour qui se font automatiquement, ni même aux évolutions de matériels que le fournisseur va nous financer. On peut changer d’opérateur d’un claquement de doigts puisque les concurrents vont faire des offres pour obtenir l’accès à la seule chose qui les intéresse… la donnée

On passe d’un principe de push à celui d’un gavage. Le premier, cherche à influer sur le libre arbitre du consommateur pour l’inciter à raccourcir les délais entre deux achats : si on fait abstraction de l’obsolescence programmée, le push est un principe encore respectueux de la volonté du consommateur. Le gavage se substitue au libre arbitre : on n’a pas d’autre choix que d’avaler ce que l’on nous impose et comme les produits numériques sont en grande partie invisibles, on ne s’en rend très vite plus compte. Mais posons-nous la question franchement : qui a besoin en 2018 d’un IPhone XS max ?

Dans le monde habituel celui qui veut acquérir un produit de valeur l’achète ou pire, le vole. Dans le monde numérique, c’est vous qui payez pour vous faire prendre votre valeur… et ce de façon continue. Parce que l’économie du gavage ne tolère pas les ralentissements, il ne se passe pas une journée sans que nous ayons des mises à jour à faire, des propositions nouvelles, des incitations à changer … à chaque fois en cédant un peu plus de nous-mêmes.

Aujourd’hui, le schéma est le pire que nous ayons créé : il nous faut acheter des biens ou des services dont nous n’avons pas besoin, dont nous n’avons jamais exprimé le souhait afin que le vendeur puisse s’approprier indûment ce qui nous appartient. Et si nous ne le faisons pas, la promotion se chargera de nous rendre ridicule auprès de ceux qui nous environnent. Nous voilà ainsi ramenés à des « Pinocchio » à l’entrée du pays des ânes.

Extrait de « société numérique : patrimoine humain ou crime contre l’humanité ? », l’harmattan, 2018