Faisons avec le numérique une société plus humaine.

Depuis des mois on entend des discours plus alarmistes les uns que les autres qui nous plongent dans des contradictions uniquement portées par l’objectif du buzz.

Car à bien écouter, nous voilà noyés dans un immense paradoxe : pour la « bobo tech numérique » l’homme augmenté se verrait diminué… !!!!

Et mon grand-père n’a pas été « disrupté »

Mon grand-père, né à la fin de la voiture à cheval, a vu l’homme marcher sur la lune, et l’arrivée de l’informatique… il a vécu deux guerres, (avec 60 millions de morts pour la seconde) et 3 crises économiques : quasiment aucun des métiers, des modes de vie, des usages, des outils… de la fin de sa vie n’étaient imaginables à sa naissance…. Et pourtant il n’a jamais été disrupté !!!!

Aujourd’hui, on prédit des catastrophes pour la génération de mes enfants, tous les 3 nés après 1990. Nous avons un véritable examen de conscience à faire sur nos réactions de peur et de catastrophisme. Le monde, à chaque changement, est peuplé de gourous et autres Nostradamus dont le principal objectif est, pour tous, de se faire entendre et, pour certains, d’en tirer des revenus significatifs.

Il ne s’agit pas de nier que les évolutions sont majeures… mais de ramener du bon sens et de la quiétude. Ce n’est pas un déni technologique : la meilleure preuve est que je suis aujourd’hui actionnaire d’une blockchain des métiers de la connaissance. En revanche, je suis dans le refus du catastrophisme venant de gens qui, pour beaucoup, nous raillaient, quand dans les années 90 nous tirions les premiers signaux d’alarme.

Projeter les comportements et non les technologies

Le principal enjeu est moins la technologie elle-même que la cohésion des sociétés : l’impact sur les comportements est le facteur déterminant à prendre en compte. Le floutage des frontières, la mouvance de l’environnement, la confusion entre l’instantané et l’urgent, l’inversion des apprentissages, la déconnection des groupes virtuels de la réalité physique… et surtout l’hétérogénéité de l’appropriation des usages sont les véritables défis qui se posent à nos sociétés : surtout quand ceux-ci concernent aussi les écarts entre les nations.

Beaucoup de projections actuelles reposent sur un non-sens : faire des estimations de ce qui sera en partant de ce que nous sommes, n’amène qu’à la fiction. Les systèmes évoluent de façon continue : l’humanité évolue en même temps que les évolutions techniques et, à chaque moment, les hypothèses antérieures sont, par construction, fausses.

Cela n’empêche pas de se projeter : mais l’affirmation est toujours fallacieuse. Affirmer c’est refuser de poser les hypothèses, de dérouler des raisonnements pour arriver à des solutions, qui, de part la diversité de la question, ne sont jamais uniques. Affirmer c’est refuser de réfléchir et s’exonérer de voir que la projection des comportements prime sur celle des technologies.

Pas grand-chose de neuf sous le ciel des technologies : elles cassent les positions établies et accroissent les écarts.

Le numérique bouleverse l’ordre établi : ce n’est pas une découverte puisque l’on sait, de tout temps, que le principal effet d’une technologie est de redistribuer les cartes, de définir de nouveaux comportements, de créer de nouvelles économies.

Il n’est pas nouveau non plus que de voir, au démarrage d’une évolution technologique, les techniciens nous prédire un monde géré par la technique. L’homme s’est servi de chacune des évolutions pour asseoir une plus grande autonomie mais la banalisation de la technologie finit toujours par faire disparaître le poids des techniciens au profit des usages.

Cependant, lors des phases de croissance des technologies les plus impliqués creusent l’écart avec les moins concernés. Dans le cas des technologies de la dématérialisation, cet écart est accru par la viralité des développements. On assiste aujourd’hui à une segmentation profonde entre une toute petite partie de la population qui en tire un grand profit au détriment de l’immense majorité.

Reposant sur la dématérialisation, ces technologies ont la capacité d’avoir une part invisible extrêmement grande dont une partie significative est occulte. La capacité de ces technologies d’avoir une part invisible extrêmement grande avec une partie significative occulte. Outre le fait que cela accroît la différence entre les sachants et les autres, cela augmente aussi la confusion entre les activités légales et celles qui ne le sont pas.

Dans cette configuration, les dangers sont moins techniques que liés aux groupes d’intérêts qui orchestrent les développements. Ce n’est pas l’intelligence artificielle qui est à craindre mais, comme toujours, l’usage qu’en fait ceux qui ne cherchent que leur intérêt propre.

Retrouvons l’esprit de nos aïeux : « tout ce qui est à moi est à toi » et non « tout ce qui est à toi est à moi »

Si la génération de mon grand-père a redressé la tête, c’est qu’une immense solidarité des peuples s’est faite pour reconstruire. Certes, comme toujours, des intérêts particuliers en ont profité mais pendant des années la reconstruction a bénéficié au plus grand nombre. C’est l’esprit solidaire qui fait la force de l’humanité.

La société de partage consiste à mettre ses biens, sa connaissance, son énergie au service de tous, et non à s’approprier ce qui appartient aux autres pour son plus grand profit.

Il nous appartient de revenir à ces fondamentaux pour faire avec le numérique, une société plus humaine.

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