Souhaitons-nous une nouvelle année numériquement et économiquement équitable ?

Il aura fallu une chute vertigineuse des cryptomonnaies pour, qu’enfin, on s’inquiète collectivement de la perversité de leur concept. Mais c’est un peu tard car de nombreux concitoyens peu avertis ont été floués par les projections enflammées des chroniqueurs, experts financiers ou autres faiseurs d’opinions.

Pourtant depuis leur entrée dans l’économie visible chacun sait que les cryptomonnaies ne sont que des outils hautement spéculatifs qui n’ont eu que deux objets :

- Servir de lessiveuse pour rendre propre l’argent d’échange du web caché

- Obtenir des valorisations instantanées

De nombreux « adeptes », entrepreneurs, médias ou politiques ont enfourché ce cheval… au dépit des alertes répétées qui ont été faites : alertes qui n’ont jamais été reprises, car il ne fallait pas ternir cet élan qui au final se résume à une forme traditionnelle des arnaques financières. Ce que l’on a oublié est que le numérique permettant des accélérions jusqu’alors inconnues, allait démultiplier considérablement les effets. Pourtant cela fait des années que l’on alerte… comme dans cet extrait du livre « société numérique : patrimoine humain ou crime contre l’humanité ? »

« Cette accélération semble alimentée par la confusion croissante entre l’argent irréel et l’argent « virtuel » : si l’explosion de cryptomonnaies se traduisait par une explosion de la valeur ajoutée générée, cela se saurait. Non l’explosion des cryptomonnaies génère une course à la position financière : prendre des positions, les quitter avec plus-value … et tant pis pour les suivants.

Serions-nous entrés à nouveau dans l’économie de la patate chaude : je passe la patate chaude encore plus chaude à quelqu’un qui va m’en donner plus d’argent… qui la lâchera ? Mais lorsque la patate est lâchée, il y a derrière des faillites réelles, des drames réels, des morts réelles. Derrière l’apparence aseptique des échanges dématérialisés, les conséquences sur le monde vivant sont profondes : les subprimes ont détruit infiniment plus de personnes ordinaires que de grands financiers… »

Si cette chute était prévisible, il n’en reste pas moins que personne ne relaie ces alertes : elles sont pourtant visibles, logiques et indéniables. Plutôt que mettre en place les garde-fous, tout ce qui compte dans le monde des médias, des finances ou des politiques, n’a eu de cesse de se persuader de l’avènement d’un miracle économique. Il est tellement plus simple de croire que le miracle, l’imprévisible, l’incroyable…, loto vont apporter la solution. Mais franchement, n’est-il pas, au contraire, dramatique de constater que nos décideurs financiers croient encore à « la pierre philosophale ».

Notre société se complaît dans la perception que la richesse pourrait venir du non travail : c’est oublier que ce concept ne fonctionne que si le travail réel n’est pas ou peu rémunéré. La société que l’on voudrait nous faire adopter repose sur une inversion des valeurs : la personne qui travaille peine à joindre les deux bouts, tandis que ceux qui s’en sortent profitent du travail des autres, sans création de valeur autre que spéculative. Ce principe est dramatiquement posé aux deux bouts de l’échelle de la richesse : les très pauvres à qui on apporte, solidairement et humainement, de plus en plus d’assistance tandis que les très riches jouent avec les exonérations. Au milieu l’immense majorité de nos concitoyens travaillent, ou ont travaillé toute leur vie, pour gagner peu et se faire taxer beaucoup, ce que le numérique, une nouvelle fois, amplifie. Ne nous étonnons pas si nos concitoyens descendent en colère dans la rue et font l’amalgame entre ceux qui nécessitent la solidarité et ceux qui s’en extraient…