A Go board — Donar Reiskoffer / commons.wikimedia.org

Comment j’ai décidé de voter dimanche

TL;DR

L’avantage de s’assurer que la France ne sombre pas dans le fascisme est largement supérieur à l’inconvénient de devoir voter Macron.

J’entends tout autour de moi un tas de gens hésiter à aller voter dimanche prochain, au second tour des élections présidentielles ou se demander quoi mettre dans l’urne. Le résultat de la consultation de la France Insoumise indique que peu iront voter pour faire barrage à Le Pen.

Ayant voté pour Mélenchon et le projet de la FI au premier tour, je me suis moi même posé longuement la question de mon vote et même de ma participation au second tour. 
En débattant avec mes proches et en analysant mes propres motivations, je suis arrivé à prendre une décision qui me semble maintenant très claire.

Comme je pense que ce qui se passe est extrêmement important, j’ai décidé de sortir de mon trou pour partager mon analyse avec les indécis.es, dans l’espoir de faire changer quelques avis.
(Notez que le vote FN est inconcevable pour moi)

Les arguments avancés sont nombreux mais globalement ils se résument en trois points à prendre en compte et à évaluer.

1. La question morale, de la dignité

« Plutôt crever que de donner ma voix au banquier »

Si tel est votre choix, dites vous bien que personne ne saura jamais ce que vous avez fait dans l’isoloir, l’humiliation est ici purement personnelle. Et même s’il est important de respecter sa conscience et d’agir en fonction de ses convictions, on parle de manipuler un bout de papier ; l’humiliation supposée est purement intellectuelle.

Si ça permettait de sauver une seule vie, ne voteriez-vous pas Macron ?

Bon à ce stade, il n’y a pas de vie en jeu, du moins ça n’est pas démontré, je ne prend pas de décision, allons voir les autres arguments avancés contre le vote « barrage ». 
Je reviendrais plus tard à la décision avec une vue d’ensemble du problème. Admettons tout de même que pour ce premier point il est question de symbole uniquement et qu’il n’y a pas de désagrément concret à voter pour l’un ou l’autre des candidats.

2. Le mythe de la proportion des votes

« Si Macron est élu avec beaucoup de voix, alors il aura une plus grande légitimité. »

D’autres (pro Macron), argumentent au contraire que :

« S’il est élu de très peu, Le Pen sera considérée comme la seule vraie opposition.»

La réalité, c’est qu’il n’y a qu’un seul gagnant à l’élection présidentielle, la deuxième place n’a pas de valeur et ce, peu importe le pourcentage de votes.

Il est déjà acquis que Macron aura des votes qui ne seront pas des votes d’adhésion mais des votes utiles visant à faire barrage à Marine Le Pen. Cela nuancera les choses, même pour ceux qui veulent faire un lien entre score et légitimité.

Pour ce qui est de l’opposition, les cartes vont être rebattues aux prochaines élections, les législatives, qui se tiennent dans à peine deux mois. C’est là que va se constituer l’opposition.

3. La manifestation du désaccord

« De toutes façons, je ne vais pas les laisser gagner à bon compte, ça sera sans moi. »

La présidentielle ça n’est pas la guerre, c’est une bataille au milieu de la guerre.

Vouloir faire valoir le point de vue du «ni-ni» dans cette élection, comme un baroude d’honneur, c’est un peu ne pas admettre qu’on a perdu cette bataille dimanche dernier, mais même si les médias feront certainement l’impasse sur l’abstention et le vote blanc, c’est une option qui me plait.
Je voulais voter blanc dès le premier tour, avant d’entendre Hamon et Mélenchon faire campagne. À l’annonce des résultats du premier tour, j’ai tout de suite pensé que je voterait blanc au second.

Mais voter blanc ou s’abstenir, c’est aussi perdre de vue que nous avons encore d’autres batailles à livrer, dans cette guerre qui est loin d’être perdue, bien au contraire !

Le score de la FI, s’il n’a pas été suffisant, est très encourageant pour les prochaines élections, et permet d’espérer de nombreuses victoires. Nous pouvons encore influencer l’avenir de notre pays en élisant des députés, et dans le meilleur des cas, provoquer une cohabitation.

« Ok, mais du coup en quoi cela est-il important pour le deuxième tour de la présidentielle, puisqu’on a déjà perdu ?»

Le minimum de la stratégie, c’est de se demander, selon les options disponibles, quel sera notre prochain mouvement afin de se retrouver dans la meilleure situation possible pour le mouvement suivant.

Prendre sa décision

Ici nous avons un premier niveau d’options :

Choix A : Abstention / vote blanc

On s’en remet au destin et on affrontera ce qui se présente.
(Le système médiatico-politique ne faisant cas d’aucun des deux, je ne fais pas trop de différence entre abstention et blanc.)

Glisser des insultes dans le bulletin ne dérangera que les assesseurs qui sont a priori plutôt des gens sympas et de bonne volonté.

Comme on est dans une démarche purement symbolique, je pense que je préfère quand même l’option vote blanc, qui montre de manière plus nette le désaccord et ne peut être interprété comme un manque d’intérêt.

Si les deux candidats me paraissent équivalents, alors c’est sans doute la meilleure option.

Choix B : Vote pour l’un des candidats

On se salit les mains mais on tente d’infléchir le destin dans une direction ou une autre.

Cette solution n’a de sens que si les candidats ne sont pas équivalents. Il faut donc comparer les deux issues pour voir si cela change quelque chose pour nos propres projets.

Souhaitons-nous combattre activement le candidat ou attendre passivement 5 ans ?

Entourer les bonnes réponses selon votre cas :

Macron : Je reste passif | Je combat
Le Pen : Je reste passif | Je combat

Cela nous mène à second niveau d’options.

Si je reste passif pour les deux :
Alors autant voter blanc, avec une nuance toutefois : si je reste passif, mais aimerais quand même que d’autres combattent pour moi, alors il me faut considérer les possibilités suivantes, pas pour moi mais pour les autres.

Si je reste passif avec l’un et combats l’autre :
Alors j’ai intérêt à voter pour celui qui me permet de rester passif et de ne pas avoir à combattre l’autre.

Si je combats les deux :
Alors j’ai intérêt à voter pour l’adversaire le plus facile à vaincre.

En d’autres termes, est-ce que je préfère être dans l’opposition face à Macron ou face à Le Pen ? Plus grossièrement, est-ce que je préfère affronter les néo-libéraux ou les néo-nazis ?

« L’art suprême de la guerre est de soumettre l’ennemi sans combattre. » — Sun Tzu

Mon opinion

Personnellement, je pense qu’être dans l’opposition face a un gouvernent tenu par le Front National n’est clairement pas la meilleure des situations.

Je pense que le FN mettra rapidement en place des mesures rendant le combat dans le cadre des institutions plus difficile.
Je pense que le combat contre le FN sera violent, physiquement violent et pas seulement lors des manifs. Je préfère les tirs tendus à la dioxine, au moins on voit d’où ça arrive.

Cette violence sera subie et demandera des réponses violentes à qui veut se battre pour son pays et ses idées.

Ce qui me motive, c’est d’œuvrer pour une société meilleure, pas de devenir terroriste, je privilégie donc la voie la plus pacifique.

Mes convictions à l’égard de la dangerosité du FN sont déterminantes dans mon choix et elles me poussent donc, de façon rationnelle, à vouloir éliminer Le Pen.

Je vais donc voter Macron au second tour, non parce qu’il est « le moins pire », mais parce qu’il est le moins dangereux, le moindre obstacle sur la route sinueuse du nouveau monde.

Je ne compte pas me résigner, alors, je choisit l’adversaire le plus faible pour le prochain combat et dans le même temps, je repousse le plus dangereux.

En conclusion

Étant donnée la situation, le vote pour Macron est le mouvement le plus intelligent, peut-être pas le plus fort symboliquement, mais le plus pertinent d’un point de vue stratégique.

Mais revenons enfin au premier problème, la question de la dignité :

Me voilà rationnellement convaincu de voter Macron, mais je n’ai pas envie de me soumettre au Système qui a orchestré cette situation.
À titre personnel, encore une fois, le simple fait d’être convaincu de faire la chose la plus intelligente est déjà une satisfaction en soi.
Mais en l’occurrence, le danger du FN au pouvoir me parait sans commune mesure avec celui de Macron au pouvoir. 
Au delà de la tactique politique, je pense que le FN au pouvoir va faire des morts, et que dans ce contexte, voter Macron peut, littéralement, sauver des vies.

Oui, le Système a gagné cette manche, mais vouloir le punir ne sert à rien, on a plus à y perdre que lui, sa résilience étant notre plus grande ennemie.

Si ça ne vous suffit pas, ceux qui ont voté à la primaire du PS peuvent vous conter le plaisir de sortir Valls. Faire la même chose à Le Pen, ça doit être pas mal, et cette fois c’est gratuit !

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