Le journal d’un pèlerin — 46

Puente Villarente

Un beau moment de lucidité pour moi cette journée-là. En plus, Jérémi était là!

J’ai cru pour une raison quelconque que la journée serait tranquille. Finalement, j’ai eu de super belles conversations et somme toute, une bonne marche.

Je sais pas trop pourquoi, mais ma vitesse me reste en conscience. Certains me demande si je cours… et je crois avoir compris quelque chose. Je marche vite parce que j’ai l’énergie pour ça. On dit toujours de marcher à son rythme, pis le mien ben y’est rapide. C’est tout. Ça coordonne aussi avec le fait que je lise quatre livres en même temps. J’ai hâte de voir le changement au retour.

J’ai diné avec un couple français assez ouvert spirituellement. Le gars marche vite lui aussi, et m’a parlé que quand il marche vite son esprit s’immobilise, comme en méditation.

Il disait aussi que y’a quatre modificateurs de conscience — dont un est le temps. Quand le temps passe vite ou lentement par exemple. La femme du couple pensait y’a quelques jours que j’était peut-être soignant en médecine douce, j’avais trouvé ça flatteur. Aujourd’hui une dame irish m’a posé la même question. Je parlais de punaises de lit en partageant mon expérience et en donnant des conseils et elle me disait que j’avais l’attitude d’un médecin — de quelqu’un voulant aider, et prévenir — ça me parle. Cette même dame (Irish) pensant que j’était Irish également à cause de mon teint pâle. Je serais vraiment curieux de voir d’où mon bagage génétique peut provenir.

J’ai donné 50 centimes à un couple qui marchait maintenant Compostelle en sens inverse, en route pour la Hongrie. Ça avait l’air dur pour eux… une pensée pour eux.

J’ai eu une belle conversation avec Imca (spelling?) Elle marche pour la sixième fois un camino. Il lui est arrivé plein de chose… des belles et des moins belles. Elle semble être une personne qui apprécie la vie. Pour elle, memento mori (souviens-toi que tu vas mourir), elle sait concrètement ce que ça veut dire. Elle a été impliqué deux fois dans des accidents de voitures… dont même un sur le camino du Portugal… elle a été frappée par une voiture. Ça met les choses en perspective — elle dit que ça change tout. Je suis content qu’elle ait partagé autant avec moi. Je me suis vu en elle sur certains points… par exemple de vouloir aider à outrance et d’apprendre à let go. Pour elle, le camino est guérisseur. J’ai bien expliqué pourquoi moi je marchais moi-aussi et elle m’a dit que j’avais compris. Y’a rien à aller chercher sur le camino. C’est une question de le vivre. Un outil du moment présent — un équilibre... une aparté. Elle dit avoir vu beaucoup de monde marcher plusieurs fois pour essayer de retrouver quelque chose sur le chemin. Tout change tout le temps, y’aura toujours quelque chose de nouveau. Je suis content de voir ça pour moi-même. Il ne rien prendre pour acquis. The best is yet to come.

J’écris beaucoup dans l’incertitude aujourd’hui je trouve… j’écris des “peut-être”… des “quelque choses”… des “quelconque”… rien de précis — des à peu prêt. Mais pourtant les choses sont claires pour moi et se concrétisent. Peut-être que c’est une matérialisation du “The more you know, the more you know you don’t know.