Le journal d’un pèlerin — 61

Negreira

Et c’est reparti!

Je me suis réveillé un peu en sursaut à 9h15 ce matin. Je me suis encore couché tard pour finir mon journal. Le réveil était un peu comme mon état d’âme à l’idée de reprendre la route. À part pour l’heure de fou, mon corps et mon esprit était dans leur routine impreigné dans ma fibre. J’avais hâte de marcher, de continuer, de reprendre, mais ça feelait comme une première fois.

J’ai partagé le déjeuner avec Sonia et Sylvie et sa nièce, mais j’étais en mode pèlerin qui marche et elles en mode autobus. (sauf pour la nièce qui à fait la loop de Santiago/Fisterra/Muxía/Santiago). J’ai bien mangé, réservé mon lit pour mon retour le 26 parce que l’albergue est géré par des gens sympas, de coeur et je suis parti en disant au revoir aux gens. Peut-être pour une dernière fois.

Sur le camino, j’étais bien. Mon guide est dans mon sac et je n’ai pas d’itinéraire précis. Je ne regarde pas l’heure vraiment et je profite. Y’annonçait de la pluie, mais au final c’tait plus de la bruine que d’autre chose. J’avais ma capote de sac, mais je marchais en t-shirt. Les paysages sont super beaux, les couleurs ressortent avec le gris du ciel. J’ai pris le temps de m’arrêter dans les bois pour écouter le vent, de flater un cheval qui voulait manger mon linge et j’ai vu des ti-minoux. Y’en avait un ti-noir qui m’a vu de loin et qui m’a approché en miaulant. Il ressemblait à Domino, mais tout noir avec seulement quelques poils blancs. Il avait la même attitude aussi, il a sauté sur ma mochila (sac à dos) et se frottait sur ma tête. J’ai tellement hâte de revoir mon chat!

Je suis distrait. J’ai du mal à écrire. Y’a un couple de Québécois, une Américaine et une Sud Coréenne qui parle en profondeur du camino. Une Allemande est venu me voir pour que je lui parle du chemin du Puy. Ma bouteille d’albariño descend plus vite que mon cahier se remplit. Je trouve ça beau de les écouter. Ça me remplit de gratitude d’avoir 28 ans et de faire le camino. De l’avoir fait. De l’avoir fait pour moi.

Sophie m’a dit, quand on s’est parlé, que Simon m’avait surement écrit. Je n’ai pourtant rien reçu sur ma nouvelle adresse, mais j’ai pas pensé de checker ma vieille… Il m’a écrit un court mail qui m’a fait du bien. J’était content de le lire. Il dit qu’il a été touché par ma lettre. On a une si belle relation qui évolue tant avec les années. Il dit ne pas aller trop bien et dans un même souffle me dit qu’il sera là pour moi. C’est tellement une belle preuve d’amitié — d’amour. Je ferais la même chose pour toi. Les gars ont fait un chalet sur un lac et Simon m’a envoyé une vidéo d’eux. J’ai pensé à ce moment-là, qu’autant j’aurais aimé ça être avec eux, je vivais l’expérience unique du camino. De savoir qu’ils ont pris le temps de penser à moi me touche et j’envoie une belle pensé pour eux. Ils disent qu’on dirait que ça fait pas longtemps que j’suis parti et que beaucoup de chose ont changées. Je m’en doutais bien et j’ai encore plus hâte de revenir IRL (in real life) et commencer, recommencer… continuer mon chemin.