Le journal d’un pèlerin — 42

Frómista

Une journée de tous les états d’âmes.

J’ai mal dormis la nuit passée. Mes nuits sont rarement complètes sans que je ne me réveille plusieurs fois, mais hier c’était des cauchemars qui en étaient la cause. Je sais que j’en ai fait au moins deux. Un avec mon chat (Domino) qui était infesté par plein de bibitte et qui pourrissait de l’intérieur tout en restant vivant… L’autres, je ne sais plus… En plus quand je me réveillais, y faisait super chaud et je vérifiais pour les punaises… J’ai hâte de passer à un autre appel… Anicca.

Le fait d’avoir bu autant hier à peut-être eu un impact. Je crois qu’on a ouvert six ou sept bouteilles de vin au total. La fête de Jean était l’excuse!

La journée a bien été quand même, une solide monté à 12% et une descente à 18% pour commencer et le tout dans les nuages… On peut pas tout avoir. J’ai bien marché. Étonnement, je garde le rythme de 6.5km/h… Ça me semble beaucoup. J’ai croisé Laura, l’Italienne, et j’ai vraiment pris conscience, en me mettant à son rythme pour une minute, à quelle cadence que je peux aller. Va savoir, faut juste suivre le corps. Mes pieds ont chauffés par contre. J’ai cru à l’ampoule, mais rien. Tant mieux! Demain c’est 20km seulement de toute façon!

Donc le corps va bien, c’est mon esprit qui se tracasse. Toute la journée, j’ai pensé à plein de chose: mes cauchemars, deux courriel que Mary m’a écrit, Sophie qui ne m’a pas répondu… beaucoup de tracas qui tourbillonnent.

Évidemment, pour Sophie, je me suis fait du soucis. À cause de la conversation passée qu’on a eu. Je trouve que ça l’avait super bien fini et donc je me demandais bien ce qui se passait. Je trouve ça dure de plus en plus la séparation physique. J’ai hâte à mon retour pour la serrer dans mes bras et construire notre futur à deux. J’ai fini par avoir un réponse après ma lesssive — short and sweet. Elle n’a plus internet à la maison à cause d’Ubi. Ça m’a mit un beau sourire, un baume sur la journée. Je t’aime!

Pour Mary, je ne sais pas trop, elle y va fort sur le catho et c’est limite du preaching. Je trouve ça bien n’empêche, parce que ça me fait comprendre des choses sur moi.

J’ai la flemme un peu pour le souper, depuis que je suis seul. Je me suis payé tellement de restos! Ce soir ce sera légumes et haricots! Aller, hop!

*

Bon, c’est fait. Le monde me disait que ça avait l’air beau et bon ce que j’ai mangé… du végane cheap qui fait de l’effet.

Ça m’a rappelé des choses de la journée.

J’ai rencontré une dame sur le chemin acoté sur sa voiture qui m’a demandé une faveur. Elle était en panne et a voulu que j’aille aviser un de ses compañero. C’était sur ma route, alors j’ai accepté! Je devais me rendre à la Mochila, une albergue. Devant la grande porte du gîte, j’ai cogné et fait du piquet quelques minutes… C’était fermé… Je suis donc allé me cherché du pain intégral (c’est ce qu’il faut demander pour avoir un pain décent en Espagne) et j’ai expliqué mon problemo — tout en español! La dame du supermercado m’est venu en aide et m’a guidé jusqu’à une autre porte du gîte. Je cognait au mauvais endroit… le bar… plutôt que l’accueil! Et finalement le monsieur (son compañero) a réussis à me comprendre et est aller aider sa compañera. C’tais un petit moment cool du camino!

L’église du village est vraiment belle. Sobre, mais impressionnante. J’ai eu droit à une visite guidé en français et gratuite de la place par la bande en plus! Ça fait voir les églises différemment. Y’a plein de symboliques et de raisons pour tout. Je me suis tenté et j’ai demandé à la guide: “Qui décide des symboles et des histoires qui sont sculptés dans la pierre?” Elle dit qu’on ne peut pas vraiment le savoir... Selon elle, ce sont les artisans eux-mêmes qui décidaient. À l’époque, au XIe siècle, tout le monde avait la foi et c’était très important (contrairement à aujourd’hui… la dame m’a aussi dit que ce qui nous manque pour bien comprendre les églises aujourd’hui, c’est la foi). C’était pour eux une façon de l’exprimer. Mais ils se permettaient aussi des folies dans les endroits moins visibles du sol apparement… quand même! Un exemple de symbolique: la pomme de pin représente l’éternité. Contrairement à la pomme, elle ne pourrit pas… la pomme est le fruit du pêché! La tour aussi était impressionnante. Elle avait une base carré, un milieu octogonal et un sommet sphérique — un tour de force pour l’époque! J’ai voulu la dessiner, mais je n’aurai pas su y rendre justice. Alors j’ai écris mon journal devant elle en l’admirant.

J’ai fini mon temps d’écriture avec 세희 (Se Hee) une Coréenne que j’ai rencontré hier. Elle aime regarder mon journal même si elle ne comprend que les noms de villes et villages et les dessins. Je regarde aussi quand elle écrit et c’est beau. Le chemin de Compostelle me donne envi de voyager!

Juste pour dire, j’ai passé la fin de la journée avec une Japonaise qui parlait español et trois Coréens. C’était vraiment un beau mixte de culture!


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