Une forêt de bandits

Dominique Jamet, vice-président de Debout la France depuis 2012 mais également journaliste depuis… toujours tient chaque semaine sur le site de Debout la France une chronique où il commente très librement l’actualité politique.

Distante de Paris de quatre lieues à peine, la forêt de Bondy traîna pendant des siècles une réputation détestable. Les rares voyageurs qui s’y aventuraient à la nuit tombée y étaient presque à coup sûr attaqués et détroussés par les brigands qui infestaient ces lieux mal famés.

Le temps a passé. Du massif forestier qui s’étendait jadis sur une grande partie du futur 93 — l’actuel département de la Seine Saint-Denis — ne subsistent que des vestiges. Mais si la forêt n’a cessé de rétrécir au lavage de l’urbanisation galopante, les bandits, eux, sont toujours là, aussi inquiétants, aussi nocifs, aussi sûrs de l’impunité et plus nombreux encore qu’au Moyen Age. Qu’on en juge…

Le 2 août dernier, à Gonesse, vingt-sept touristes chinois que leur autocar venait de déposer devant leur hôtel, étaient attaqués et délestés de leurs bagages et de leurs portefeuilles par une petite bande surgie de la nuit.

Le 6 août, quatre paisibles touristes coréens qui s’étaient fourvoyés à l’intérieur d’une cité de Saint-Denis étaient attaqués et dévalisés par des voyous locaux.

Le 8 août, en plein jour, aux portes de la capitale, dans une rue d’Aubervilliers, un tailleur chinois se faisait voler sa sacoche par trois jeunes garçons. Violemment frappé par ses assaillants, il est mort hier des suites de ses blessures et l’on apprenait à cette occasion que cette agression était la centième perpétrée depuis novembre contre un membre de sa communauté chinoise, particulièrement nombreuse dans la commune ! Pourquoi les Chinois sont-ils particulièrement ciblés par la racaille du cru ? On ne peut exclure que le racisme joue un rôle dans cette violence systématique. Ce qui est certain, et connu de tous, est que, comme la plupart des immigrés d’origine asiatique, les nombreux Chinois qui résident en France, laborieux et discrets, travaillent comme des forcenés et économisent comme naguère les Auvergnats montés à Paris Dans le regard des oisifs qui tiennent les murs, ce sont des coffres-forts ambulants. De là que, lorsqu’ils viennent à figurer dans la rubrique des faits-divers, c’est bien malgré eux, et plus souvent comme victimes que comme coupables.

La nuit sanglante du 13 novembre dernier, puis la tuerie de la Promenade des Anglais, le 14 juillet, ont eu comme on pouvait le redouter des suites catastrophiques pour notre industrie touristique. La France est désormais cataloguée, à juste titre, comme un pays à risque, et nos compatriotes sont les derniers à l’ignorer. Au moins notre gouvernement peut-il plaider que le terrorisme islamiste est un cas de force majeure, que nous sommes confrontés à la guerre que Daech a déclarée à l’Occident, ce qui est exact, et que la France fait le maximum pour gagner cette guerre, ce qui l’est moins.

Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici. Si l’image de la France à l’étranger s’est sensiblement détériorée ces dernières années et si les médias du monde entier ne se privent pas de le faire savoir à leur public, qui en tire naturellement les conséquences, le phénomène et les problèmes qui en découlent ne datent pas de ces derniers mois et ne relèvent que du droit commun et de la criminalité ordinaire.

La lutte contre l’islamo-fascisme est une chose, le maintien ou plutôt le rétablissement de l’ordre public dans les banlieues en est une autre, même s’il peut y avoir des imbrications et des articulations entre les deux, dès lors que les prisons sont devenues l’incubateur où les fanatiques endoctrinent, forment et recrutent les voyous. Nous payons aujourd’hui au prix fort des décennies de faiblesse et d’abandon des cités, des quartiers et de leur population à la délinquance et au banditisme, petit ou grand. Le combat que nous impose le terrorisme ne saurait nous dispenser de la guerre que nous devons mener contre les responsables de l’insécurité quotidienne. Cette guerre trop longtemps différée est une nécessité plus urgente que jamais. Il f déboiser la forêt de bandits.

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