Rencontre avec Nolwenn Febvre, fondatrice de l’association Les P’tits Doudous

D’infirmière à présidente d’une association qui ne compte pas moins de 67 centres en France, il n’y a qu’un pas… Ou plutôt une idée. Tournée vers les autres Nolwenn Lefebvre a révolutionné la prise en charge des enfants hospitalisés, par des peluches d’abord, puis en développant un jeu immersif dont le patient est le héros. Retour sur son parcours.

Gaëlle Breton
Nov 6 · 5 min read

Les cris, les pleurs de jour comme de nuit, parfois sans faire de pause. Donner au point de s’en oublier, Nolwenn Febvre le sait depuis le début : le métier d’infirmière n’est pas de tout repos, encore moins quand on travaille au service pédiatrique. « Vous avez face à vous des touts petits qui ne comprennent pas pourquoi ils sont là, parfois séparés de leurs parents, ils sont effrayés et vous devez, en plus des soins, les rassurer », décrit l’infirmière de 47 ans de l’hôpital Sud, à Rennes. Un quotidien compliqué d’autant plus quand on devient maman. Insoutenable même. Elle pense à démissionner. « Je devenais de plus en plus sensible à la détresse des enfants, sans ne rien pouvoir faire de concret. Ça me rongeait de l’intérieur.» Puis, vient le point de non retour.

« Je me souviens très bien. La journée me paraissait interminable, les pleurs des enfants étaient encore plus durs à supporter que d’habitude, j’avançais à reculons. Puis, un petit garçon en larmes m’a dit qu’il ne pouvait pas aller au bloc sans son doudou, qu’il avait besoin de lui mais qu’il l’avait oublié à la maison. » Nolwenn Febvre réalise alors que, malgré un plateau technique compétent, trouver un simple doudou pour rassurer un enfant est hors de sa portée. « Ça peut paraître dérisoire mais ça m’a achevée. Je me suis sentie si impuissante, je ne trouvais plus de sens à mon métier. On passait d’un patient à un autre sans vraiment les aider. » Lasse, ce soir là en rentrant chez elle, elle annonce à son mari qu’elle ne peut plus continuer et qu’elle va démissionner. La décision est prise : « Je ne savais pas ce que j’allais faire, mais je ne pouvais plus continuer. » Avant de partir, dans un dernier élan d’altruisme, Nolwenn Febvre décide d’envoyer un message à Moulin Roty, une manufacture de peluches de la région nantaise, pour les enfants de l’hôpital. « Ma sœur m’avait offert des peluches de cette marque à la naissance de mes enfants. » Le hasard fait bien les choses.

« Le lendemain, j’ai reçu chez moi plusieurs doudous à distribuer aux enfants de l’hôpital. » Nolwenn Febvre se prête au jeu et entraîne ses collègues avec elle. Chirurgiens, anesthésistes, tous se réjouissent de cette action qui replace l’humain au cœur de tout. Certains patients reçoivent la peluche en récompense de leur courage, d’autres avant d’entrer au bloc comme gri-gri. « Cela m’a fait un bien fou de voir concrètement un changement sur le visage des enfants grâce à ce petit geste. Mais le plus fou, c’est que cette action a aussi permis de délier les langues. » En effet, Nolwenn Febvre n’est pas la seule à souffrir d’un mal-être, ses collègues aussi. Rien d’étonnant quand on sait la loi du silence qui règne dans les hôpitaux. « Le patient, ce n’est pas nous, on n’a pas le droit de se plaindre. » L’initiative a fait du bien à tout le monde. Au point de donner l’idée d’une action pérenne en créant une association en 2011 : Les p’tits doudous.

Les premiers retours sont positifs mais ne suffisent pas à rassembler suffisamment d’argent pour tirer avantage de cette nouvelle situation. Nolwenn Febvre doit rapidement trouver une idée pour avoir des fonds. « Un jour, après une opération, je voyais tout ce que l’on jetait comme le fil en cuivre, des bistouris électriques, même s’ils ne sont pas utilisés, c’est le protocole. Je me suis dit “ça vaut de l’or, on doit pouvoir en faire quelque chose”. » Et, effectivement, pour une tonne de matériaux, l’association reçoit 1 500 euros. Problème ? La fondatrice de l’association fait cela sans autorisation. « Je n’avais pas le droit, mais j’avais peur de demander et que l’on m’enlève cette entrée d’argent. » Sauf que les supérieurs de Nolwenn ont vent de ses activités. « L’un d’eux m’a convoquée et m’a dit : « Vous volez l’hôpital ». Ce qui dans les faits était vrai. Par chance, l’hôpital a été compréhensif, m’a laissé rédigé un protocole de sortie. » Résultat : rien que l’année dernière, 6 tonnes de déchets ont été récolté à Rennes.

L’initiative a progressivement fait de nombreux émules auprès du personnel hospitalier : 67 autres associations existent un peu partout dans les établissements de l’Hexagone. Un engouement qui a permi de réaliser d’autres projets comme un jeu sur tablette depuis 2014 : Le héros, c’est toi. « Nous avions fait de nombreux progrès, mais ce n’était pas suffisant les pleurs des enfants continuaient. On a décidé d’aller plus loin en créant un jeu. » Au début, il s’agissait d’une simple chasse au trésor dans les locaux de l’hôpital. Puis Nolwenn Febvre et son équipe de bénévoles ont décidé d’utiliser les nouvelles technologies pour séduire davantage les enfants. 78.000 euros ont été levé sous la forme de dons sur la plate-forme de financement participatif Ulule. Une fois de plus, c’est un sans faute. Le jeu a permis de réduire de manière considérable le stress des enfants pris en charge à l’hôpital. « La médication de nos petits patients pour calmer le stress a baissé de 90% grâce à nos tablettes. Maintenant, il y a même écrit « tablette » sur les ordonnances », explique en riant Nolwenn Febvre.

Le plus impressionnant dans le parcours de la fondatrice : depuis qu’elle s’est jetée à corps perdu dans ce projet, tout semble lui réussir. Dernièrement, Les P’tits Doudous sont devenus une entreprise solidaire pour créer et vendre des produits dérivés comme des sacs à dos et des tee-shirts illustrés par le logo de l’association pour permettre de financer d’autres projets. L’infirmière doit donc jongler entre son poste à l’hôpital et celui de dirigeante. « Mes deux fonctions sont totalement différentes. Un jour, je suis invitée à rencontrer Emmanuel Macron à l’Élysée et, le lendemain je suis de garde toute la nuit à faire une pause déjeuner à la cantine. » Deux visions que Nolwenn Febvre souhaite conserver : « C’est important de garder pied avec la réalité. Je ne saurai pas comment faire avancer nos projets sans le terrain. » Elle le reconnaît, c’est n’est pas tous les jours simple. Surtout pour sa famille, qu’elle voit peu, notamment ses enfants. Mais pas question de s’arrêter. Nolwenn Febvre a des tas d’idées, comme un jeu pour les adolescents voire même les adultes. En France, et pourquoi pas à l’étranger.

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