Crinière vénitienne

Garry Valette
May 20, 2015 · 3 min read

La crinière vénitienne, c’est une couleur, qu’on aurait du mal à placer sur un nuancier car sa teinte varie, dégrade, tout comme je me dégrade à beaucoup trop la guetter. Ni blonde, ni brune. Ni rousse, ni châtain. Un peu jaune, un peu mate, un peu rouge, un peu scintillante.

Un champ de blé secoué par le vent, un jus d’orange en Andalousie, une chanson d’Ella Fitzgerald, une vue du ciel de Toulouse, une étale d’épices dans un bazar, une pièce cuivrée de 5 cents oubliée au fond d’un sac, une photo panoramique dans le Nevada, une fourrure de jeune renard, une peau berbère tannée par l’air sec du désert, un verre de moelleux, un bout de cigarette consumée d’une chaleur intense, une nature-morte d’un paysage d’automne.

La crinière vénitienne, c’est celle que je caresse dans mes rêves les plus tendres puis que je pointe du doigt une fois éveillé.

La crinière vénitienne se distingue dans la foule, se déplace dans cette jungle urbaine qui m’encrasse de l’intérieur chaque jour un peu plus.

La crinière vénitienne est partout et nulle part. Partout car je l’invente à chaque instant, nulle part car ces instants sont aussi courts qu’un battement d’ailes.

La crinière vénitienne est légère, elle se laisse facilement porter par le vent pour danser avec les courants d’air des couloirs et chaussées. Il arrive que mon regard se fige sur ce ballet étincelant, hypnotisé par une composition de couleur, faite de feu et de sang… “Pardon, désolé, je ne vous… j’étais…” dois-je me justifier auprès du passant à qui je viens d’écraser le pied.

La crinière vénitienne est belle mariée au noir, elle est plus belle que jamais. Je la préfère de dos, elle me laisse croire à un fantasme, me laisse suggérer une bouche pulpeuse, un nez laiteux et des yeux en amande.

La crinière vénitienne a la douceur de la mangue et l’odeur du raisin frais à la rosée du matin, tandis que je ne suis qu’un chat de gouttière qui puise son énergie dans des fonds de boîtes de conserve froides. Elle vient d’en haut, je suis en bas, je n’ai pas de pot, elle ne me parle pas.

La crinière vénitienne m’a arraché le cœur puis est partie se balader en ville… Cette quête pénible a donc certainement un sens, en plus de percer cette boule de remords qui m’encombre l’estomac, me tord l’intestin.

La crinière vénitienne, c’est la chevelure d’une femme que je passe mon temps à chercher parce que les remords ont aussi enfumé mon crâne. Ma stupidité passagère me force à croire que je la chercherai certainement toute ma vie.

La passion que je porte pour cette crinière vénitienne est devenue excessive. Je ne l’ai jamais autant aimé que depuis qu’elle ne m’appartient plus. Cette époque où je pouvais encore y tremper mes mains comme dans un océan au coucher du soleil. Le talent m’a manqué d’offrir chaque jour à mes doigts l’opportunité de prendre le large. Je suis à quai.

J’ai peur de ce jour ou la crinière vénitienne se retournera et je verrai ce visage… Un visage que mon imagination a passé tellement de temps à dessiner, que j’ai oublié avoir pu lui adresser la parole un jour. J’en rêve et, comme d’un cauchemar, je resterai sans voix.

Pygmalion pigmenté. Qui es-tu?

Je me désole de t’avoir fait douter.

Garry Valette

UX/UI Designer freelancer. Disruptive project seeker. Entrepreneur. Dreamer. Try to write stuff sometimes.

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade