Si vous n’êtes pas végane, j’ai une question simple pour vous : Pourquoi ?

Gary L. Francione
Feb 23 · 8 min read
Photo by Simon Matzinger on Unsplash

Vous pensez peut-être qu’il est étrange que certaines personnes soient véganes — c’est-à-dire qu’elles ne consomment pas, ou n’utilisent pas, les animaux. Vous considérez même peut-être le véganisme comme extrême.

Mais, si la vérité doit être dite, ce qui est étrange et extrême c’est que, étant donné que la plupart d’entre nous croient en nos obligations morales envers les animaux, la plupart d’entre nous ne sont pas véganes. Pour dire les choses d’une autre façon : ce que la plupart d’entre nous croient devraient faire du véganisme la position normale.

Avant que vous ne rejetiez en tant qu’extrême mon affirmation que le véganisme n’est pas extrême, réfléchissez à ce que vous pensez des animaux. Vous ne considérez probablement pas que les animaux sont justes des choses qui n’ont aucune valeur morale, sinon vous ne seriez pas en train de lire cet article.

Vous partagez probablement l’opinion qui est si commune et sans controverse de ce que nous appelons notre sagesse conventionnelle quant aux animaux : les animaux comptent moralement, mais ils ne comptent pas autant que les êtres humains, et nous pouvons utiliser les animaux dans notre intérêt aussi longtemps que nous ne leur imposons pas des souffrances et une mort inutiles. Un aspect de cette opinion est que, si la notion de « nécessité » peut avoir un quelconque sens dans ce contexte, le fait est que le plaisir ou l’amusement ne peuvent justifier d’infliger des souffrances et la mort aux animaux.

Parce que nous rejetons l’idée d’imposer ds souffrances aux animaux pour le plaisir, nous réprouvons les personnes telles que le joueur de football américain Michael Vick, qui organisait des combats de chiens ; ou Mary Bale, qui a jeté un chat dans une poubelle à Coventry ; ou Walter Palmer, le dentiste de Minneapolis qui a abattu le lion Cecil.

Notre conviction largement partagée qu’il ne faut pas imposer souffrances et mort aux animaux pour des motifs de plaisir ou de divertissement explique les résultats d’un sondage effectué en mai 2017, qui montrait que près de 70 % des votants britanniques étaient opposés à la chasse au renard, et que la moitié hésitait à voter pour un candidat pro-chasse aux élections. Cette opposition ne se limite pas à la chasse au renard. Un sondage de 2016 indique, en sus de l’opposition à la chasse au renard, de nombreuses personnes au Royaume-Uni étaient aussi opposées à la chasse au cerf (88%), à la chasse au lièvre (91%), aux combats de chiens (98%), et à la traque des blaireaux (94%). La plupart des britanniques désapprouvent le fait que la famille royale tirent sur des nuées d’oiseaux le lendemain de Noël, juste pour s’amuser.

Si vous êtes d’accord avec la position qu’il est moralement mal d’imposer des souffrances inutiles aux animaux et que vous n’êtes pas végane, alors, j’ai une question simple pour vous :

Pourquoi pas ?

Nous tuons chaque année 70 milliards d’animaux terrestres et une estimation d’environ mille milliards d’animaux marins pour la nourriture. Et la seule justification pour cela est qu’ils ont bon goût. Nous retirons du plaisir du fait de manger des animaux et des produits d’origine animale.

Cela n’est pas une nécessité.

Bien que, dans un passé encore récent, nous pensions que nous avions besoin de nourriture animale pour être en bonne santé, il n’y pas de soutien médical sur ce sujet et, de toute manière, plus personne ne maintient encore qu’il est nécessaire de consommer des produits animaux pour avoir une santé optimale. L’Académie de Nutrition et Diététique déclare que les régimes végétaliens « sont bons pour la santé, adéquats au plan nutritionnel et sont bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies ». Le « National Health Service » britannique dit qu’une alimentation végane peut être « très bonne pour la santé ». Des professionnels de santé partout dans le monde prennent de plus en plus position sur le fait que des produits animaux sont nocifs pour la santé humaines. Il y a même de grandes compagnies d’assurance qui font la promotion du véganisme.

Nous n’avons pas besoin de trancher le débat pour savoir si il est plus sain de vivre avec une alimentation composée de fruits, de végétaux, de graines, noix et semences (bien que l’évidence empirique puisse pointer dans cette direction). Le fait est qu’une alimentation végane n’est certainement pas moins saine qu’une alimentation à base de chairs décomposées, de secrétions bovines ou d’ovulations de poules. Et c’est le seul point important pour déterminer sir la souffrance et la mort sont nécessaires ou pas.

De plus, l’élevage constitue un désastre écologique. Il est responsable de plus d’émissions de gaz à effet de serre que la combustion de carburants fossiles pour les transports, et génère déforestation, érosion, et pollution des eaux. Les céréales utilisés pour les animaux d’élevage aux États-Unis pourraient à eux seuls nourrir 800 millions de personnes. Face à ces éléments, quelle est la meilleure justification que nous avons pour infliger souffrance et mort aux animaux ?

La réponse st simple : nous pensons qu’ils ont bon goût. Nous tirons du plaisir à les manger. Manger les animaux et des produits animaux est une tradition, et nous suivons cette tradition depuis très longtemps.

Mais en quoi cette justification est-elle différente des excuses invoquées pour ces utilisations des animaux que nous réprouvons ? En quoi le plaisir éphémère du palais est-il différent du plaisir que certaines personnes tirent de leur participation à des divertissements sanglants ? La chasse au renard, la traque des blaireaux et les combats de chiens sont aussi des traditions. En fait, quasiment toutes les pratiques que nous critiquons — qu’elles impliquent des animaux ou des êtres humains — correspondent à une tradition à laquelle quelqu’un accorde de la valeur. Le patriarcat est aussi une tradition qui existe depuis très longtemps, mais sa longévité ne signifie pas que c’est moralement acceptable.

Beaucoup de personnes s’opposent à la chasse au renard parce qu’elle ne voit pas de différence significative entre le chien qu’elle aime et le renard pourchassé et tué. Mais quelle est la différence entre les animaux que nous aimons et ceux dans lesquels nous plantons fourchette et couteau ? Les chiens et les chats sont des êtres sentients — tout comme les poulets, vaches, poissons, et les autres animaux que nous exploitons. Ils ressentent tous la douleur et font l’expérience de la détresse ; ils ont tous un intérêt à continuer à vivre.

Alors, si vous pensez que nous ne devons pas infliger souffrance et mort inutilement aux animaux, et que vous vous opposez aux combats d chiens, à la chasse au renard, et à d’autres divertissements cruels, pourquoi n’êtes-vous pas végane ?

Il y a 4 réponses que j’obtiens habituellement à cette question.

La première réponse émet la remarque que les personnes pratiquant la chasse au renard ou qui aime assister aux combats de chiens ou aux corridas participent par elles-mêmes à ces actes violents alors que la personne qui consomme simplement des produits animaux va innocemment dans un magasin acheter ces produits.

Il n’y a pas de différence morale entre la personne qui organise un combat de chiens ou chasse le renard et la personne qui achète un poulet au supermarché local et le fait griller. Dans ces trois cas, la souffrance et la mort de l’animal n’est pas nécessaire. Dans ces trois cas, la seule raison à cette souffrance et cette mort est le plaisir. Ceux qui organisent des combats de chiens ou chassent le renard le font parce que ça leur plaît ; cela leur procure du plaisir. Ceux qui achètent et mangent le poulet le font parce que ça leur plaît ; cela leur procure du plaisir.

Il y a peut-être une différence psychologique du fait que l’organisateur de combat de chiens ou le chasseur aiment participer à une activité mortifère — juste comme il existe une différence psychologique entre la personne qui paie pour commanditer un meurtre, et la personne qui commet le meurtre. Mais, dans le dernier cas, la personne commanditaire et la personne ayant commit le meurtre sont toutes deux punies en tant que meurtrières parce que la loi ne reconnaît pas de différence morale entre elles.

La seconde réponse dit quelque chose comme : « oui, je comprends ce que vous dites mais j’achète seulement les nourritures animales les plus « humainement » produites, comme des œufs de poules en plein air ou du cochon hors cage de gestation. »

Cette réponse est tout à la fois absurde et insatisfaisante.

Elle est absurde parce que les animaux traités le plus « humainement » restent traités d’une manière que nous qualifierions aisément de torture si des êtres humains étaient concernés. Si vous consommez des produits animaux supposément « heureux » et pensez que ces animaux ont vécu des existences raisonnablement plaisantes et des morts relativement sans souffrance, vous vous mentez à vous-mêmes.

cage-free eggs (credit: New York Times)

La réponse est insatisfaisante en raison du principe moral que la plupart d’entre nous partagent et qui veut que nous devrions pas infliger souffrance et mort inutiles aux animaux. Bien sûr, moins de souffrance est mieux que plus de souffrance, mais ce n’est pas la question. Aucune personne opposée aux combats de chiens ne va déclarer que cela deviendrait une activité tout-à-fait acceptable si les chiens étaient mieux traités avant leur combat. Aucune personne opposée à la chasse au renard ne penserait que cette activité ne pose plus de problème si le temps attribué aux chiens pour attaquer le renard était mieux régulé et plus limité.

La troisième réponse est que des animaux sont aussi tués dans les cultures de végétaux.

Il est certainement vrai que des animaux sont accidentellement et non intentionnellement tués, par exemple, lors de moissons. Mais des êtres humains sont aussi accidentellement et non intentionnellement tués dans des productions industriels. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas faire la distinction entre des morts accidentelles et non intentionnelles, et des meurtres. De plus, si nous consommons directement les végétaux, il y aura moins, beaucoup moins, de surfaces utilisées pour les cultures et donc bien moins de morts accidentelles et non intentionnelles d’animaux.

La quatrième réponse consiste à déclarer que les plantes, comme les animaux, sont des êtres vivants et, donc, sentients.

Les plantes sont de toute évidence des êtres vivants et elles ont développé des réactions complexes à leur environnement. Elles réagissent; elles ne répondent pas. Personne ne maintient que les plantes disposent d’une forme d’esprit qui leur permettrait d’éprouver des intérêts. En fait, aucune personne ne pense à déclarer cela sauf au moment où lors d’un dîner avec un végane cette personne estime que l’argument « Hitler était végétarien » n’aura pas vraiment de succès.

En somme, si nous pensons réellement que les animaux comptent moralement et que nous nous sentons obligés de ne pas leur imposer des souffrances inutiles, cela n’a aucun sens de ne pas être végane. Compte tenu de ce que la plupart d’entre nous déclare, c’est le fait de ne pas être végane qui représente une position extrême.

Gary L. Francione est végétalien depuis 36 ans et n’est pas encore mort.

Cet essai a été traduit par Francis Allouchery

    Gary L. Francione

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    Gary L. Francione is Board of Governors Distinguished Professor of Law at Rutgers University & Honorary Professor (Philosophy) at the University of East Anglia