La comète Fillon

François Fillon et son épouse lors du meeting du 29 janvier à la Villette (crédit photo : RTL)

“Mister Nobody”, “le collaborateur” a réussi deux exploits. Le premier fût de s’imposer contre toutes attentes à la primaire de la droite et du centre, et de montrer à tous ce que les électeurs de droite voulaient : du conservatisme, de la rigueur ! Le second est d’avoir mis seulement deux mois à tout faire voler en éclats malgré lui. Passer du statut d’archi-favori à celui de candidat par défaut contesté jusque dans son propre camp requiert du talent. En la matière, François Fillon et son entourage se sont montrés particulièrement performants en cumulant les erreurs, privant probablement la droite de l’alternance tant désirée.

Charge aux enquêteurs et aux juges d’établir la culpabilité ou l’innocence de François Fillon pour les faits qu’on lui reproche. La seule “faute” dont il sera question ici est politique. Erreurs de communication ou de stratégie, la défense Fillon se retrouve prise entre l’impossibilité matérielle pour la droite de se donner un nouveau candidat et le risque de voir l’actuel finir au pied du podium. Et c’est presque entièrement de son propre fait.


La campagne était pourtant bien engagée. Sûr de la légitimité conférée par la primaire, il s’agissait de ne pas paraître trop thatchérien en modérant les propositions les plus drastiques comme celle sur la sécurité sociale (rétropédalage/exercice de pédagogie, selon les points de vue consultable ici ), tout en donnant des gages à la base militante qui s’était affirmée. Outre les investitures confiées au mouvement Sens commun, le nouveau champion des Républicains a fait le ménage rue de Vaugirard, remplaçant certains trop proches de ses adversaires d’hier (Christian Estrosi et Eric Woerth notamment) tout en conservant les personnalités compatibles avec sa ligne conservatrice (Laurent Wauquiez, Gérald Darmanin). Ne restait plus qu’à tenir la longueur, égrener son programme et éviter les coups. Sans écrire que la prochaine présidentielle était alors jouée, il semblerait que Fillon et son équipe aient étés victimes du syndrome du favori : ils ont baissés leur garde !

De la pôle position à la lanterne rouge

C’est le sérieux et la probité de l’ancien Premier ministre qui ont fait son élection. Les soupçons qui pèsent désormais sur lui sonnent alors comme une promesse brisée aux oreilles des électeurs. Pourtant l’histoire de la Ve République comporte d’autres épisodes similaires qui auraient pu préparer le candidat Fillon à la déferlante qui s’abat aujourd’hui sur lui. Citons entres autres les impôts de Jacques Chaban-Delmas en 1972, les diamants de Bokassa qui ont affaibli Valéry Giscard d’Estaing en 1979, et bien sûr l’affaire du Sofitel en 2011. A chaque fois ces favoris dans la course à l’Elysée se sont heurtés au “lynchage médiatique” et, malgré leurs mea culpa, n’ont pu que concéder leur défaite. Et c’est peut être là que l’équipe Fillon a manqué d’intuition : être le favori c’est prendre des coups, gagner c’est réussir à les encaisser ! Force est de constater que l’exercice n’était pas du tout prévu par l’équipe de campagne qui a mis du temps à réagir et qui se trompe sur le fond, rendant le candidat inaudible.

L’honnêteté paye toujours ?

C’est là la première barrière de défense érigée pour protéger le soldat Fillon. Lors de sa conférence de presse du 6 février, ce dernier a fait acte de transparence et de contrition en affirmant que tout était légal et que les français trancheraient quand à la moralité des rémunérations perçues par sa famille. Or il se dessine dans cette rhétorique un entre deux peu confortable. Ce n’est pas le fait de travailler avec sa famille qui lui est reproché. La députation est exigeante et requiert un grande confiance en ses collaborateur et un soutien sans faille de la part de ses proches. Qui plus est la pratique est largement répandue au sein des deux assemblées. Ce n’est pas non plus le montant des sommes perçues, le député étant libre de disposer de son enveloppe comme il l’entend, quitte à rémunérer convenablement un collaborateur compétent.

C’est plutôt la conjonction de ces deux éléments qui pose question, à plus forte raison lorsque l’on sait que le salaire moyen des collaborateurs parlementaires (1500 euros mensuels) est bien en deçà des sommes qu’aurait perçues Pénélope Fillon (de 3900 à 7900 euros mensuels selon les périodes). Alors lorsqu’à fortiori celle-ci ne peut produire aucune preuve de son travail …

Cette erreur dans le diagnostic de ce qui est reproché à François Fillon rend la riposte inadaptée et peu susceptible d’atteindre son but, à savoir convaincre les français de la bonne foi du candidat. Ouvrir ses livres de comptes pour arguer de la légalité peut fonctionner sur le plan judiciaire. Mais ce n’est pas parce que les faits sont légaux qu’ils sont moralement acceptables. Francois Fillon l’a compris et mentionné, mais rien n’a été fait pour étayer sa défense sur ce point, le candidat préférant accuser “le système médiatique”.

Où est Pénélope ?

La grande absente des débats est sans doute Mme Fillon elle-même. Que son travail ait été extrêmement informel soit. Qu’il n’en existe que peu de traces passe encore. Mais alors pourquoi rester ainsi effacée dans l’ombre de son mari ? Il est compréhensible qu’en bon patriarche François Fillon s’érige en rempart pour protéger sa femme. Mais ce faisant il alimente la suspicion autour de la réalité de l’emploi qu’a occupé son épouse. Pas une seule interview, ni aucune déclaration, seules quelques apparitions muettes lors des meetings du candidat pour donner l’image d’un couple soudé dans la tourmente. Et pas un seul journaliste pour lui tendre un micro… Cet effacement volontaire ou subit de la principale protagoniste de cette affaire a surtout dessiné le triste portrait d’une femme de politique ayant tout sacrifié pour son mari et ses enfants, et aujourd’hui rongée par l’ennui. Et quoi de pire que de remplacer l’expression franche face au français par la valse des soutiens gavés aux éléments de langages, tantôt mensongers, tantôt contradictoires, mais toujours maladroits ?

La dernière perle en date nous vient de Virginie Calmels, un exemple de plus de la fragilité des arguments de la défense Fillon, ou de l’incurie des politiques toujours plus déconnectés des français. Ce n’est en effet pas tant le gâchis d’argent public qui est au centre de cette affaire, mais bien le fait que les sommes aient étés perçues indûment et au profit de l’épouse d’un homme de pouvoir !

“Un train qui ne s’arrêtera pas” … jusqu’à percuter le mur !

Cette formule du candidat illustre son intention d’aller jusqu’au bout en usant d’une stratégie dont Nicolas Sarkozy a pourtant démontré l’inefficacité : la victimisation à outrance. Poussé vers la sortie jusque dans son propre camp, François Fillon a posé l’ultimatum suivant aux députés de sa formation :

“Est-ce que vous m’aidez ou est-ce que vous me compliquez la tâche ?”

Une manière pour lui d’affirmer son choix de poursuivre ses incriminations contre le “tribunal médiatique” et “l’opération de calomnies” dont il s’estime la victime. Suspendu à un agenda qu’il ne maîtrise plus, il ne lui reste plus qu’a concéder ses erreurs, dénoncer … et attendre que les choses se tassent ! Agiter le spectre du Front National et le choix dévoyé des électeurs de la primaire comme ultime argument pour son maintient atteste de sa désormais trop grande faiblesse pour espérer se qualifier au second tour.


Qu’il perdure ou qu’il soit remplacé, la droite se trouvera de fait avec un candidat par défaut. Cette compétition présidentielle riche en imprévus pourrait me faire mentir. Il n’en reste pas moins que du point de vu communicationnel et politique, la bataille semble mal engagée. Un passage : voilà ce que l’on retiendra de François Fillon, un homme trop peu méfiant pour ce qu’il parait d’honnête.