En 2002, la présence de 16 candidats au 1er tour avait été vue comme un problème. Nous nous dirigeons pourtant vers la situation inverse, bien plus préoccupante: l’impossibilité de voir certaines options politiques représentées à l’élection la plus importante de notre système politique.

La loi de “modernisation” de la présidentielle est un grand bond en arrière

Il faut savoir dire “non” au verrouillage de la démocratie

Jeudi 24 mars, dans un relatif silence médiatique, la proposition de loi organique dite de “modernisation des règles applicables à l’élection présidentielle”, a été adoptée par l’Assemblée nationale. Ou plutôt, par 11 députés contre 7, sur 577.

  • Une collecte des 500 signatures rendue plus difficile. La récole de ces fameuses 500 signatures de maires était déjà une épreuve du combattant pour quiconque ne dispose pas des réseaux disciplinés des plus grands partis. Désormais, au lieu de les donner au candidat qui les dépose ensuite au Conseil constitutionnel, un élu devra devra les faire parvenir lui-même. Le risque: qu’une promesse de parrainage faite à un petit candidat qui ne dispose pas de moyen de pression sur les élus ne soit pas tenue le moment venu.
  • Un contrôle renforcé sur les maires décidant de parrainer un candidat. Auparavant, le Conseil constitutionnel publiait un échantillon choisi aléatoirement d’élus ayant parrainé un candidat. Désormais, toute la liste sera publiée. Sous couvert de transparence, bien inutile dans ce cas, il s’agit d’un moyen pour les partis de contrôler le comportement de leurs troupes, et d’empêcher les élus qui envisageaient de parrainer un autre candidat que celui de leur parti de le faire.
  • Davantage de moyens de campagne pour les élus sortants. Le contrôle des comptes de campagne sera effectué sur les 6 derniers mois avant le scrutin, contre 12 auparavant. Avant ce délai, le président en place pourra utiliser les moyens de l’État en toute légalité à des fins électorales, sans que cela ne soit inscrit dans ses comptes de campagne.

Terrifiée par le rejet dont elle fait l’objet dans la population et qu’elle découvre peu à peu, l’élite politique cherche à tout prix à protéger la rente sur laquelle elle vit — quitte à ce que cela nécessite de changer les règles du jeu pour éviter l’entrée en politique de forces nouvelles et de visages neufs.

Preuve de cette panique: la proposition de loi passe en procédure accélérée, ce qui permet de limiter le nombre de votes sur un texte par les différentes Chambres, et de réduire le temps dédié au débat parlementaire.

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