EUROPACITY, le bétonnage de trop

Beaucoup a été dit sur EUROPACITY. Pour ceux qui n’en ont pas encore entendu parler, il s'agit d'un gigantesque projet d'aménagement du territoire au nord de Paris dans le triangle de Gonesse, une zone située entre les aéroports de Roissy et du Bourget.

Maquette 3D du projet Europacity. Source : http://www.europacity.com/fr/decouvrir-europacity

Pourquoi parle-t-on de ce projet comme du futur Notre-Dame-des-Landes ?

Parce que dans un contexte où le changement climatique devient chaque jour plus préoccupant et palpable, EUROPACITY est l’exemple emblématique d’un modèle de développement dépassé. Ce mégapole de commerce et de loisir doit en effet recouvrir près de 300 hectares de terres agricoles parmi les plus fertiles d’Europe, pour y ériger des boutiques, une base de loisir, des bureaux, parkings, cinémas et autres salles de spectacle… sans oublier une piste de ski — il fallait y penser ! L’ambition de ce projet à 3 milliards d’euros : accueillir plus 30 millions de visiteurs par an.

Ramener du commerce et des activités dans une zone en proie au chômage, c’est très bien direz-vous…

Le hic, c’est que ce complexe doit sortir de terre dans une zone déjà saturée par l’offre commerciale, comme l’illustre cette infographie réalisée par le Monde :

Monsieur Chang, directeur d’EUROPACITY, veut démontrer l’attractivité d’un concept qui doit permettre, selon lui, la création de 10 000 emplois. Nuance, on parle ici d’emplois bruts. Car une fois soustraites les destructions d’emplois collatérales dans les zones avoisinantes — il y en aura — nous serons certainement loin du chiffre annoncé. Mais qu’importe, le béton aura eu le temps de sécher d’ici là.

Et que dire de la durabilité de ces activités, à l’heure où les centres commerciaux se désertifient… il est permis d’en douter sérieusement.

On ne peut pas jeter la pierre aux promoteurs du projet d’aménagement le plus important d’Ile-de-France depuis Eurodisney — en l’occurrence le groupe de distribution AUCHAN et le conglomérat chinois WANDA. Ils font ici ce qu’ils savent faire, avec une conception de l’aménagement du territoire qui leur est propre. Et ça ne s’invente pas, le pilotage de ce méga projet architectural a été confié… à l’agence BIG.

Les regards se tournent plutôt vers les élus locaux et les responsables publics favorables à ce chantier. En ouvrant la voie à EUROPACITY, ils tuent toute idée de développement durable et tuent littéralement leur territoire en enterrant sous l’asphalte une terre réputée pour sa fertilité, dont la profondeur exceptionnelle retient l’eau comme nulle part ailleurs. Une pure aberration alors qu’on mesure chaque jour les effets dramatiques sur la nature et la santé publique de l’artificialisation des sols.

Monsieur Chang a beau expliquer que le bilan carbone d’EUROPACITY sera neutre, qu’il y aura des arbres et qu’ils vont créer la plus grande ferme urbaine d’Île-de-France sur 7 hectares (LOL), cette histoire ressemble à une gigantesque mauvaise blague.

Surtout, quelle révolte quand on prend conscience du formidable potentiel qu’offre cette zone située dans un axe stratégique entre Roissy et Paris !

À l’heure où l’agriculture urbaine connaît un boom spectaculaire, où les produits bio cultivés en circuits courts s’arrachent sur les marchés, où les fermes conduites en agro-écologie expérimentent des rendements supérieurs aux fermes conventionnelles tout en créant des emplois plus nombreux et durables… On s’apprête à liquider 300 hectares de terres agricoles d’exception pour faire un centre commercial. Vous aussi, ça vous donne envie de pleurer ?!?

Une étude récente de l’ONU rapporte que 95 % de la population mondiale pourrait être nourrie à partir de l’agro-écologie.

Ce lieu idéalement situé aux portes de Paris pourrait devenir la vitrine d’une nouvelle agriculture et traduire de manière concrète le discours volontaire de la France en matière d’écologie.

Ce lieu idéalement situé aux portes de Paris pourrait pourtant devenir la vitrine d’une nouvelle agriculture et traduire de manière concrète le discours volontaire de la France en matière d’écologie. On imagine déjà les contours d’un projet qui créerait de la richesse en valorisant la ressource plutôt que de la détruire, sans appauvrir les secteurs alentours. Avec à la clé une dimension éducative et touristique non négligeable.

Du gagnant-gagnant de bout en bout de la chaîne…

L’agriculture urbaine : un rêve de bobo ?

Saviez-vous que jusqu’en 1900 il existait plus de 1500 exploitations maraîchères en plein Paris ? Leur surface moyenne : entre 500 m2 et 1 hectare (à peu près l’équivalent d’un terrain de foot). Ces petites exploitations prospères étaient prisées des parisiens qui venaient y chercher des fruits et légumes frais produits en bas de chez eux.

Alors l’agriculture urbaine, une lubie de bobos ? Bien au contraire : cette agriculture de proximité a toujours été conçue comme une agriculture populaire de subsistance, guidée par le bon sens : en effet à quoi bon importer des produits que l’on peut produire localement pour un moindre coût ?

En Allemagne, dans la ville de Heidelberg, on peut se rendre à vélo chez les maraîchers qui bordent la ville pour acheter en direct de la ferme les fruits et légumes de saison. Un véritable choix politique pour cette ville de 160 000 habitants.

L’émergence de l’agro-industrie après la seconde guerre mondiale et la formation des mégalopoles ont fait oublier ces principes de base et de fait, les petites exploitations maraîchères n’ont cessé de reculer face au rouleau compresseur de la ville, à tel point qu’en 10 ans 70% d’entre elles ont disparu d’Ile-de-France.

Depuis quelques années elles font un retour remarqué sur les toitures parisiennes, mais ces petites exploitations doivent absolument garder une place centrale sur le plancher des vaches, où elles remplissent des fonctions vitales : absorption des eaux de pluie, protection des sols et des nappes phréatiques, préservation de la biodiversité, limitation des hausses de température, captation du carbone, …


L’agriculture urbaine permet d’entretenir le lien filial entre la terre et les hommes, dans un environnement où la nature fait souvent défaut.

Elles permettent surtout d’entretenir notre lien filial avec la planète tout en assurant notre santé alimentaire.

Il y a tant de raisons de s’opposer à EUROPACITY en s’inscrivant dans une recherche de progrès ! Si les humains ont pu se hisser au sommet de la chaîne du vivant grâce à leur intelligence et à leur pragmatisme, misons sur cette intelligence pour changer le cours des choses.

Aujourd’hui c’est un fait, une dynamique est en train de s ’enclencher sous l’effet du changement climatique. C’est l’aspect positif du problème : nous vivons dans une époque de craintes et d’incertitudes, génératrice d’opportunités pour tous ceux — ils sont nombreux — qui veulent changer le monde.

Adopter des poules pour produire ses oeufs frais, installer une ruche ou un mini potager… c’est déjà changer le monde.

EUROPACITY peut devenir le symbole d’un changement de paradigme.

Aujourd’hui symbole d’absurdité avec la destruction programmée d’une ressource naturelle aux conséquences irréversibles — Véritable antithèse de la notion de développement durable — Symbole par sa situation aux portes de la capitale — Symbole enfin par l’occasion qu’il donne à nos politiques d’engager avec force un changement de cap.

Pour toutes ces raisons, mobilisez-vous contre EUROPACITY. Vous éviterez peut-être à des projets similaires de voir le jour et surtout, vous contribuerez activement au changement.

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À propos de Farmili…

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