CONVERSATION AVEC GUY ALEXANDRE AUTOUR D’HAITI ET DE LA RÉPUBLIQUE DOMINICAINE, CE 16 AOUT 2016

Comme je te le disais, un an après ton départ, j’ai essayé mille formules pour maintenir l’esprit, la culture et les bons mots justes, dont tu avais le secret, quant à nos relations avec nos voisins, avec qui nous n’avons jamais appris, à convenablement exister. En fait, entre nous, mêmes-même (sagrada redundancia), les rapports demeurent désastreux.

J’ai pensé à la thèse doctorale; au grand roman historique et en vérité Cher Guy, à la revue spécialisée, aussi. Puis, je me suis rappelé que dire «Bonjour» n’a jamais coûté 1 million de dollars. Ceci dit, causons-donc.

Avec le plaisir de toujours, je te déposerai, en cette deuxième prestation de serment de Don Danilo et Doña Margarita, sur Medium et watsapp.

Ah, Mon Cher ambassadeur, quelle Histoire; de ce jour de 1979, lorsque Me. Guerrier nous faisait découvrir ton magistral ouvrage «Initiation à la dissertation historique» et la mémorable heure présente. Antoine Guerrier nous lisait parfois les courtes chroniques de ton père, Pierre Alexandre, sur Le Nouveau Monde.

29 mois, que nous débattons, sans la sage lumière de notre Guy Alexandre (Août 1945–28 février 2014). Il faut reconnaitre que d’autres essaient de maintenir le flambeau. Toutefois, j’évite de m’adresser à la plupart de ces autres-là; car sur «nos» histoires et notre actualité avec nos chers voisins dominicains, le choc des susceptibilités provoque souvent d’inutiles explosions salivaires.

[…]
Alors, Mon Ami, je me suis rappelé ce matin-là, de janvier 1998, lorsque tu m’as demandé de veiller sur les enfants, au cours du voyage.
J’essaie de déceler, si au cours de nos conversations d’hier, un détail, annonciateur de nuages, nous avait échappé. Je crois que c’est Price Mars qui a inscrit le mot «nuages» dans ces troublantes relations agitées.
Il m’est souvent arrivé de m’interroger, que ferait Lescot, si Hitler avait gagné la guerre ? Parce que, le double jeu de Trujillo, à un moment donné, était bourré de sinistres calculs explosifs. Certainement, le nazisme d’alors, mêlé à l’éternelle négritude de salon, offrirait à l’humanité à genoux, un nouveau «produit».

Comme je te l’avais dit, suite à ma première visite à notre ambassade, longtemps avant ton premier séjour, notre mission ressemblait à tout; sauf à une représentation diplomatique. Très patiemment, je me suis récemment permis, une nouvelle lecture, autour de ce haut lieu de pouvoir. L’ambassade est restée un noble iceberg de façade. Au dessus et à côté, nagent des supers commissaires intermédiaires et des papes financiers, beaucoup plus puissants que l’ambassadeur et sans rapport réel avec notre chancellerie.

Pourtant, de Rafael Leonidas Trujillo à nos jours, les partitions chez le voisin sont respectées et chaque musicien maitrise la sienne; parfaitement, au-delà des prétendues querelles de partis et des feintes idéologiques.
Tout le monde sait que la question est d’abord économique, depuis toujours. Cependant, notre guérilla politicienne et ses faiseurs de cartouches semblent bien défendre les intérêts de la fratrie, cela arrose et arrange, de temps à autre, «tout le monde».

Il m’arrive de me promener dans certains quartiers et de visiter nos chantiers de Port au Prince. Le ciment (pour ne citer qu’un produit!) du Cibao est en tête de statistiques, dans nos constructions; grandes et petites.

Le nationalisme de salon et ses variantes radiophoniques se trouvent à un carrefour fort complexe. L’hypocrisie a aussi ses limites. Surtout, lorsqu’on constate, de plus en plus, que le fardeau de la «nationalité» haitienne a fait de l’acte de naissance, de la carte d’identité et du passeport, des documents prohibitifs!

Comme si cela ne suffisait pas, un docteur dernier modèle a décidé de faire «authentifier» l’inexistant, à l’Office National d’Identification !

En fait, Mon Cher Guy, disons en peu de mots; en ce 16 août 2016, il y a sur l’Ile, une élite qui marche; en avançant à petits pas, les dominicains. L’autre, celle de Port au Prince, historiquement atteinte de dépression nerveuse chronique, en quête de tous les prétextes, pour justifier son incapacité, à la fois coupable et cupide.

Qui ne saisit rien, risque de sombrer autour des accolades présidentielles. 
S’il existe un homme d’Etat qui a su, convenablement, exploiter les problèmes de classes, la cupidité politicienne, l’individualisme outrancier de la caste militaire, les inimaginables atrocités inégalitaires et la présomption intellectuelle; la fatuité de l’ancienne classe politique haïtienne, c’est bien le généralissime Benefactor Rafael Leonidas Trujillo y Molina (1930–1961) .
Cette partie de son système est restée intacte. Tout simplement, parce que son coeur se trouvait bien placé dans sa tête: Un jour, Santo Domingo de Guzmán sera la vraie capitale de l’Ile, officiellement reconnue.

Il suffit d’observer comment se dessine l’agenda, pour assister à une prestation de serment, dans le voisinage de l’ancienne résidence du vice-roi des Indes, Don Diego Colón.

Avec l’arrogance caractérielle et les préjugés que tu sais, les castes intellectuelles (?) haitiennes n’ont pas encore décidé de placer, bien placer, la République Dominicaine, dans le curriculum scolaire.

A suivre…
Gilbert Mervilus
23 février 2015–16 août 2016

Photos: ambassadeur Guy Alexandre;«Initiation A La Dissertation Historique» de Guy Alexandre — Wilhem Romeus, www.priceminister.co

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