GRAND QUARTIER GÉNÉRAL DES FORCES ARMÉES D’HAITI,
HAUT LIEU DU COMMANDEMENT ET DU SAVOIR

J’ai commencé à fréquenter le Quartier Général, vers l’âge de 13 ans. Le lieutenant-général Jean-Baptiste Hilaire était chef d’Etat-major. Mon rôle précis, pendant presqu’une dizaine d’années, consistait à remettre à l’officier du jour, une enveloppe jaune contenant la traduction d’un document; dans la majorité des cas, urgent.

A l’époque, l’administration publique fonctionnait entre 8h am et 2h pm.

Dès que je parle du lieu, je me rappelle le tableau de Louverture Poisson, magistralement installé entre les premières marches et le palier de l’escalier en bois, conduisant aux bureaux respectifs du chef d’Etat-major et des assistants. Ce tableau, ayant pour sujet, une pièce d’artillerie dans une ancienne forteresse du 19ème siècle, constituait l’une de nos rares oeuvres d’art, se trouvant exactement à sa place.

Haiti et ses institutions publiques ont une histoire profondément complexe; l’histoire de nos institutions militaires est carrément dramatique. J’ai une fois essayé, de faire le bilan, de divers documents, échangés entre les états-majors latinoaméricains et le minuscule Grand Quartier général d’Haiti. Surprenant, en vérité, le respectueux positionnement de la petite république d’Haiti, à la table des grands, il y a quelques décennies.

Même avec un nombre limité d’officiers polyvalents, nous nous démerdions dans le vis-à-vis, ce délicat détail protocolaire qui permet aux petits de serrer, pour quelques minutes, la main des grands; au-delà des préoccupations et de leurs complexités respectives…

J’évite soigneusement de citer des noms, mais il convient de rappeler que cette version de l’Armée, pendant 60 ans (1934–1994), représentait la colonne vertébrale du fonctionnement de l’Etat haitien, toujours hautement politisé.

Quant aux fameux «amis» de notre pays, qui surent sélectionner, habilement, ce qui restait des archives du GQ général, ils savent très bien, qu’ils détiennent un considérable morceau de patrimoine.

Cerner l’histoire du GQ général et de toutes ses personnalités méconnues représente un défi séduisant, pratiquement impossible à relever, dans l’état présent de la documentation.

Sans exagérer, cela nous permettra un jour, de saisir la dimension et la portée des gesticulations fantastiques, parfois meurtrières et souvent dévastatrices, de l’autre bâtiment, presqu’en face: le palais national, siège du vrai commandement présidentiel, politico-militaire, en se rappelant les 
puissants bataillons suréquipés, Garde présidentielle et Casernes Dessalines.

Le Grand Quartier général a connu de vraies étoiles brillantes, bien différentes des «filantes», actuellement à la mode.

Gilbert Mervilus
Novembre 2015–29 février 2016

Notes: le père de l’auteur a été traducteur officiel du GQgle et professeur d’espagnol à l’Académie militaire pendant de nombreuses années.

Photos: Le GQgle en blanc, le Nouvelliste; hotel de la Gendarmerie,vers 1920–30; le général Cédras, au balcon du GQGle, le 1er janvier 1994, gettyimages

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